samedi 28 mars 2009

Education nationale mon amour

En ce moment je suis très préoccupée par ma mutation, et ce fameux mouvement intra-académique. J'esplique : à la rentrée je suis mutée dans la fameuse académie de Créteil, (le purgatoire des profs) qui comprend trois départements : Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Seine-et-Marne.
Là en gros il faut que je "choisisse" (c'est un mot optimiste) l'endroit où je "veux" être affectée l'an prochain. Tous ceux qui vont bouger dans Créteil font partie du "mouvement" et disposent d'un certain nombre de points en fonction de l'ancienneté, de la situation familiale, du type d'établissement dans lequel on travaille etc...
On doit faire 20 voeux. Evidemment, celui qui a le plus de points passe en priorité. A égalité de points c'est l'âge qui départage (le plus vieux gagne).
Comme je suis nouvelle, que je n'ai aucun points de Pacs, et que je suis une des plus jeunes de l'académie, je dispose du nombr
e minimum de points (21) sauf sur mon tout premier voeu (71). Pour faire simple, si mon premier voeu n'est pas accepté, je suis bais*** et je me retrouve remplaçante dans un endroit tout pourri où personne ne veut aller. C'est aussi facile que ça. C'est pourquoi mon premier voeu est décisif. Il ne faut pas que je sois trop ambitieuse sinon il ne sera pas accepté, mais il ne faut pas non plus que ce soit un voeu suicidaire sinon j'aurai gâché mes points pour que dalle.
En ce moment je change de stratégie toutes les heures. Une fois je me dis que je veux être remplaçante en Seine-et-Marne, une autre fois que je veux avoir un poste fixe en Val-de-Marne...

Je suis une girouette. Une fois je veux être loin de Paris (question de loyer), une fois je veux être plus près de Paris (question sorties), une fois je me dis que j'accepterais d'être en ZEP, une autre fois je me dis que je craquerais vite en ZEP.
Sachant que si je choisis un établissement classé merdique, j'accumulerai rapidement des points qui suffiront à me barrer d'ici trois ou quatre ans, mais si je suis dans un établissement qui craint moyennement, je devrais attendre dix ans avant d'espérer avoir mieux.

Je déteste l'idée de n'avoir aucune prise sur mon desti
n, l'impression qu'on mettra tous nos noms dans un sac et qu'on tirera au sort. Alors on me dit "être prof c'est la belle vie". En attendant, des gens vont décider de mon avenir à ma place, et daigneront m'en informer à peine quelques semaines avant la rentrée, me laissant moins d'un mois pour trouver un appart en Ile de France (faciiiiile) et déménager illico presto. On me dit "tu verras, y a une super ambiance parmi les profs de ZEP" ou "surtout il ne faut pas le prendre à coeur, il faut avoir vachement de recul" ainsi que "n'espère pas faire cours : l'objectif c'est que l'heure se passe bien, si t'arrives à les garder en classe sans que ça dégénère tu as gagné". J'ai aussi entendu "Quand tu entres dans ta salle, tu as 10mn pour marquer TON territoire. Ca ne doit jamais devenir le territoire des élèves. Si les élèves gagnent ce combat, tu vas souffrir pendant un an".

Viennent ensuite les questions habituelles "Eh, t'as vu Entre les murs ?" et "Eh, t'as vu La journée de la jupe ?"
Nan j'ai pas vu ces putains de films, foutez-moi la paix. Ce que j'ai vu, c'est la liste de tous les collèges classés "plan violence" d
ans l'académie, et là je peux dire qu'il y en a un paquet...


dimanche 15 mars 2009

Des journées comme ça

Hier Alain Bashung meurt, au même moment j'achète une voiture et tombe amoureuse du vendeur. Il y a des journées comme ça, tout va de travers.
Ça avait pourtant bien commencé. J'ai fait le tour des concessionnaires, journée portes ouvertes oblige. Je sers les habituels "Ahlalala je sais pas, j'hésite... Vous savez, c'est ma première voiture, et vous concurrents me font une meilleure offre...." Puis je vais chez le concurrent et je redis la même chose, jusqu'à faire baisser les prix.
Et là, je tombe sur un jeune-homme charmant dans tous les sens du terme. Je pourrais passer des heures à trouver des qualificatifs, mais pour faire simple on pourra dire qu'il correspond à 100% à mon idéal masculin. En fait, jusqu'à présent je ne pensais pas avoir d'idéal masculin et trouvais même l'idée stupide. Mais je n'avais pas encore rencontré "Machin". Quand il m'a
vue, il a vite compris qu'il lui serait utile d'user de tous ses charmes pour me convaincre.
Oh, il n'avait pas grand chose à faire de toute façon. Un sourire modeste et une petite blague et c'était gagné. Tout l'art du commercial : faire croire qu'on laisse une liberté totale au client, aller jusqu'à vanter les mérites de ses concurrents, le meilleur moyen pour que le client vous estime "honnête" et revienne vers vous au final.
Faire croire au client qu'on lui fait une fleur exceptionnelle, qu'on va se faire engueuler par le patron mais qu'on lui fait quand même la remise... Et quand on est au téléphone avec ledit patron, flatter le client en disant des choses comme "Et la cliente est charmante, elle est étudiante, il faut
l'aider !" ('tain j'ai une gueule d'étudiante... tu m'étonnes que mes élèves soient familiers avec moi)
Et là j'ai honte mais je n'ai pas réussi à ne pas me faire avoir. C'en était trop. Le sosie français de Wentworth Miller mais en moins poseur qui vous qualifie de "charmante", il m'était impossible de ne pas craquer. Seule avec le beau gosse dans la concession illuminée par le soleil qui a enfin fini par percer, je me sentais apaisée.
C'est un peu comme le syndrome de Stockholm : je tombe amoureuse du tortionnaire qui vide de façon cruelle mon compte
en banque. Mon côté masochiste qui ressort encore une fois. Après il a fallu choisir la couleur de la voiture. Alors on a fait un tour dehors pour regarder les différentes teintes au soleil, mais le nuancier en mains, c'est la couleur des yeux du jeune-homme que je redécouvre. Ils avaient l'air bleus mais en fait ils sont verts. Avec un sourire en coin, je glisse "ah oui, au soleil c'est autre chose quand même". Dehors il fait bon. On parle de météo. Le jeune-homme est détendu, il a fait une affaire aujourd'hui. Quant à moi, je fonds comme un côné glacé sorti du réfrigérateur.
Retour dans son bureau, on plaisante, puis je signe et me dirige vers la sortie, il m'accompagne dehors, je suis éblouie pa
r le soleil. En baissant les yeux vers la flaque poisseuse que je devenue, il dit qu'il ira peut-être faire du vélo après avoir fermé boutique. Moi aussi j'aurais aimé faire du vélo par ce temps-là. Là je me dis que si je ne m'étais pas liquéfiée j'aurais déjà tenté quelque chose, ou au moins jeté une perche, mais je ne suis pas assez audacieuse pour me lancer à la conquête d'un commercial charmeur et manipulateur qui a été recruté pour ses beaux discours et son physique avantageux, qui selon toute probabilité doit vivre depuis six ans avec une fille au physique de top model qu'il a rencontré à son club de gym.
Alors il me dit "à bientôt !", me tend une main que je m'empresse de saisir. C'est l'heure de le quitter, alors je m'en vais mais me retourne une dernière fois pour le saluer en secouant la main comme je le ferais si c'était un ami, et lance "bonne soirée !" avec un grand sourire avant de retrouver ma morne existence, un poids en moins sur le compte en banque mais un poids en plus sur le cœur.

Le soir, c'est concert. Comme d'ha
bitude j'y vais toute seule, j'achète trois tickets pour commander des bières, et je me promène d'une salle à l'autre. J'évite des jeunes ados surexcités qui regrettent que "personne ne pogote", déplorant que "c'est même pas marrant". J'ai un pincement au cœur lorsque je compte qu'il y a cinq ans j'étais à leur place, mes premiers concerts, déjà seule. J'étais alors pas loin d'être la plus jeune du public, et j'avoue que j'en retirais une certaine fierté. Maintenant je ne découvre plus les groupes locaux car je les connais déjà. Je me fais d'ailleurs la réflexion que je les ai découverts dans des salles qui sont maintenant fermées. Misère... J'me fais vieille, je pense au passé. Chercher une bière, me frayer un passage dans le public, me renverser une bonne partie de la boisson dessus à cause d'un inévitable coup de coude, ces gestes sont devenus des réflexes. Mais toujours silencieuse. Personne à part le videur ne me parle. D'ailleurs je ne parle à personne non plus. C'est d'une logique infaillible. Je me contente d'écouter les chansons des groupes locaux, mais j'ai plus l'impression d'écouter des reprises d'artistes dont ils sont fans que leurs propres compositions.
On est en mars. Bientôt je déménagerai. Je m'installerai quelque part en Ile de France. J'irai seule à d'autres concerts voir d'autres groupes locaux. Ça ne me changera guère d'ici finalement. Et au moins j'aurai
une voiture. Couleur "sable bivouac". Comme sa veste.

mardi 10 mars 2009

Bon trimestre, mais un certain manque de maturité...

Mes élèves, dimanche après-midi, en ouvrant leur agenda : "Eh meeerde, y a un contrôle de physique demain, j'ai complètement zappé !! "
Moi, dimanche après-midi, en ouvrant mon agenda : "Eh meeerde, faut que je prépare un contrôle de physique pour demain, j'ai complètement zappé !!"

Pendant ledit contrôle :
Un élève : "Madame, j'ai oublié ma calculatrice, je peux utiliser la calculatrice de mon I-phone ?"
Moi : "Ah bon, y a une calculatrice sur l'I-phone ?"
L'élève : "Ben oui !"
Moi : "Ah oui, tiens, c'est marrant ça... Tu es sûr ?"
Un autre élève, toujours pendant le contrôle : "Mais oui, c'est vrai madame, j'vous jure ça fait calculatrice"
Moi : "Ah ben ok, ça m'étonne un peu, mais bon, puisque vous le dites"
L'élève : "Et alors, je peux sortir mon I-phone ?"
Moi : "Euhh, ben je préfèrerais pas, non... Bon allez, silence maintenant einh !"

Moi, pendant un autre cours : "Et alors, cet atome il dit à l'autre atome : ouais vas-y, donne-moi ton électron ! Donc l'atome qui a piqué l'électron de l'autre, ben il se retrouve avec un signe - et il est content, il est devenu un anion.... Vous avez compris ?"
Les élèves : "..."


Moi : "Et donc un oscilloscope c'est comme l'appareil qui vérifie les battements du cœur de quelqu'un, comme dans Urgences ou Dr House vous savez, quand le gars est mort y a un point qui se déplace sur l'écran en faisant tuuuuuuuuuut ben là c'est pareil sauf qu'au lieu de brancher un gars dessus, on branche une pile de 4,5V, bon c'est sûr, c'est beaucoup moins palpitant.... et ça fait pas de t
uut ..."
Les élèves : "..."

samedi 7 mars 2009

top 6

Le top 6 des plans pour éviter de voir quelqu'un le soir tout en se donnant bonne conscience :

n°6 : envoyer des SMS puis "oublier" d'allumer son portable pendant tout le week-end et ne pas répondre aux mails, puis s'excuser le lendemain en prétextant qu'on était "cloué au lit par une crève" Ce n'est pas la solution la plus élégante je le concède...

n°5 : invoquer une excuse qui fait sérieux mais qui est en même temps invérifiable. Exemple : "je peux pas, j'ai un conseil de classe" ou "je peux pas, je suis de garde en oncologie".

n°4 : donner la confirmation d'un rendez-vous quinze minutes avant ledit rendez-vous, sachant que la personne habite à trente minutes en voiture dudit lieu de rendez-vous.

n°3 : inviter la personne chez soi, sachant qu'on habite un coin difficile d'accès, et non déservi par le tram ou le bus après une certaine heure.

n°2 : proposer des heures de rendez-vous incongrues qui emmerdent tout le monde, si possible autour des heures de repas du genre 18h30 ou 20h, surtout si la personne en question a une vie de couple ou de famille.

n°1 : prétendre qu'on a juste quelque chose à faire "en vitesse" avant le rendez-vous, tout en laissant comprendre que ça va prendre des plombes, histoire de décourager la personne qui s'imagine déjà faire le pied de grue dans le froid. Exemple "Ça marche ! Il faudra juste que je trouve un cadeau d'anniversaire pour Machin, bon, j'ai pas trop d'idée là mais je trouverai bien quelque chose..."

Je précise que c'est du vécu...
Ça fait en effet quelques semaines que quelques personnes et moi jouons à ce jeu-là, sans qu'on admette qu'on n'en a pas grand chose à foutre de savoir ce que les autres deviennent. On se renvoie la balle et les excuses, reste à savoir combien de temps la partie durera.

samedi 28 février 2009

Boulot de merde.

Au projet de mouvement inter académique 2009,
votre affectation est envisagée dans l'académie de :
CRETEIL

Vision d'horreur.
Voilà ce qui arrive pour les connes comme moi qui ne sont pas Pacsées, qui ont réussi leur Capes du premier coup. On est envoyé en banlieue parisienne.

Mais de quoi je me plains ? Le ministère nous a promis cette année qu'on ne pourrait pas être nommé dans un établissement "plan violence" sans l'avoir demandé.
Chouette alors.

J'ai tout d'un coup envie de profiter de la vie que j'ai ici. Je n'ai plus la tête à m'énerver contre mes élèves, je sens que je vais les trouver bien gentils tout d'un coup.
Foutez-moi la paix. Je vais à Créteil. Tout ce que vous direz ou ferez ne peut plus m'atteindre. Laissez-moi, je dois durcir ma carapace.
D'ailleurs j'ai déjà fait des progrès : je ne souris plus. Je serai bientôt prête...

samedi 21 février 2009

Des rails

"Fixe un point, fixe un point...lâche ton verre et fixe un point" c'est ce que je me répète en boucle quand je sens que j'ai la tête qui tourne trop fort, pour éviter de me sentir comme projetée par une force centrifuge virtuelle dès que je ferme les yeux. Pour ne pas passer à l'essoreuse à salade.
"Fixe un point", c'est aussi ce que je me dis quand je marche dans le froid, en sortant du train, en rentrant chez moi, quand j'ai la tête qui tourne aussi un peu, même si je n'ai pas de verre en main. Ou quand je suis à la piscine et que je galère à finir ma longueur en crawl.
J'ai l'impression que je passe mon temps à fixer un point et à foncer dessus, m'employant à atteindre un objectif que je ne me suis pas moi-même fixé. Car s'il y a bien quelque chose que je ne suis pas, c'est ambitieuse. Je me contente d'avancer vers l'inconnu. Je crois bien que j'ai été posée
sur des rails depuis ma naissance, que mes parents m'ont juste donné une impulsion, et que depuis je me contente de rouler toujours tout droit. J'ai bien tenté de dérailler quelques fois, en sabordant moi-même la voie ferrée, j'ai aussi emprunté quelques détours, mais globalement j'avance à pleine vapeur. Je suis juste une putain de locomotive. Sur la voie de la scolarité, je n'ai raté aucune gare. Seulement voilà, je ne sais pas trop où je vais. Je me contente de regarder le paysage d'un air absent. Ah ouais, c'est cool.
J'admire juste les gens qui ont le courage d'entrepr
endre des trucs, les gens qui ont un rêve, qui ont des ambitions, qui agissent, qui provoquent le changement.
Je fixe un point, mais tel un mirage, le point s'éloigne à mesure que j'avance.

Alors en ce moment, quand on me demande "Qu'est-ce que tu deviens ?" je réponds juste "Je grossis". Et c'est la vérité.

Cette photo est extraite du magnifique site de Sam Javanrouh : http://wvs.topleftpixel.com/

samedi 7 février 2009

Ennui

Je viens de me rendre compte que j'ai loupé un super concert hier soir. Ca ne me ressemble pas. Ne plus surveiller systématiquement les soirées et concerts du coin. Ne plus sortir quasiment tous les week-ends, ne plus sortir du tout en fait.
Je suis occupée, je prends trop les transports en commun et la voiture pour avoir encore envie de me bouger les fesses le soir. Moi qui me moquais de ma sœur qui reste cloitrée chez elle dès qu'elle n'est pas au boulot, je fais moins la maligne.
Du coup je ne vois pas le temps passer. Mon forfait téléphonique est à peine entamé. Je n'envoie plus mes fameux messages "ça te dit de boire un coup ?" systématiquement suivis de "ça marche, rdv à 21h", eux-même précédant les "désolée je suis à la bourre, disons 21h30 !", la série se finissant généralement par "putain je ne trouve pas à me garer ! Je suis là dans 10mn, dslée..."
Je ne ressens plus la légère excitation, le regain d'énergie quand on se change et se prépare pour sortir. La joie de laisser courir son imagination sur l'autoroute, ne pas savoir de quoi la nuit sera faite. Oh, généralement, il ne se passe rien d'extraordinaire, mais le doute subsiste toujours.
J'ai perdu la légère culpabilité qu'on ressent quand on commande le verre de trop, celui qui nous fait perdre toute notion du temps et nous coucher à pas d'heure alors qu'on s'était juré que cette fois on ne rentrerait "pas trop tard".
Et surtout, j'ai perdu la rencontre. Bonne ou mauvaise, sensée ou loufoque, celle qui aboutit dans un bar ou au commissariat (véridique). J'aurais passé ma vie à rencontrer et à parler avec des gens croisés n'importe où. Quand j'étais petite, je faisais souvent ce fameux rêve, celui que tout le monde a certainement déjà fait et qui consiste à s'introduire chez les autres en cachette, découvrir leur maison, espionner leur quotidien, faire le tour de toutes les pièces, flâner dans leur jardin : le voyeurisme à l'état pur. En grandissant, c'est un peu ce que je fais mais simplement en parlant avec eux, en partageant un peu de leur quotidien, en découvrant ce qu'ils font dans la vie, entendre deux-trois anecdotes, quelques unes de leurs théories, me faire une idée de leurs goûts.
Je me nourrissais et m'enrichissais de ces foutues rencontres, maintenant je n'ai plus rien à me mettre sous la dent. Alors tel un serpent qui se mord la queue, je n'ai à digérer que mes propres petits soucis quotidiens. Et je suis proche de l'indigestion.

Et pourtant, je suis une grande habituée de l'ennui. A l'époque du collège, je passais toutes mes longues journées d'été à m'ennuyer avec une amie. S'ennuyer à deux, c'était mieux que de s'ennuyer toute seule. Nous avons tout tenté pour vaincre l'ennui. Des jeux vidéos qui ont fini par nous lasser aux sorties à vélo pas vraiment palpitantes, en passant par toutes les parties de cache-cache dont les possibilités étaient forcément réduites à deux.
Mais nous étions jeunes alors nous avons fait ce que tous les enfants font quand ils s'ennuient : très vite, nous avons donc entrepris de faire toutes les bêtises possibles et inimaginables qui nous traversaient l'esprit. Nous avons commencé par les blagues au téléphone, mais nous avons été coupées dans notre élan le jour où une minute après avoir raccroché le téléphone, pouffant encore, celui-ci a sonné. C'est à cette occasion que j'ai découvert avec stupeur l'existence de "l'affichage du numéro".
Une de nos grandes activités a ensuite été l'entreprise d'écrasement de marrons par les voitures circulant dans le quartier, ceci nécessitant mine de rien toute une organisation. Nous nous rendions ainsi sur une place où trônaient quelques marronniers, récupérions des marrons que nous disposions à des endroits stratégiques dans la rue, puis nous nous postions
quelques mètres plus loin et attendions avec impatience qu'une voiture passe et écrase nos marrons. Ceci se jouait au centimètre près ! Le suspense était intense, nos stratégies s'amélioraient de jour en jour. Si notre marron s'en sortait indemne, on retournait dans la rue le déplacer légèrement. Il fallait donc surveiller les roues des voitures, pour bien ajuster la position du marron. Quelle victoire lorsque nous entendions le fameux "sproutch" résultant de la pulvérisation du fruit sous les roues de la voiture qui passait par là ! Après des semaines d'activité, le bitume était incrusté d'une purée jaunâtre, ce qui ne manquait pas d'intriguer le voisinage. Nous sommes donc passées à autre chose.
J'évoque rapidement la construction d'un pont sur le ruisseau du village à partir de tôles coupantes que nous avons "empruntées" sur un chantier voisin, ainsi que la récolte de cerises sur tous les arbres du coin, et enfin, la confection de gâteaux au chocolat et munster qu'on devait ensuite manger : celle qui vomissait avait perdu.
Je crois que la plus grande aventure que nous ayons eue, c'est la découverte et l'exploration d'un fort ayant servi de bunker pendant la seconde guerre mondiale. Le paradis de toute une génération d'ados. Les rumeurs allaient bon train quant à la population qui traînait par là-bas. On parlait de skinheads, de dealers, de rencontres sordides et dangereuses. Il n'en fallait pas plus pour que nous y fourrions notre nez. Au début, nous n'avons rencontré personne dans les couloirs sombres et tagués du bunker. Il n'y avait rien à part des débris de verre et des canettes de bière. Nous avons donc entrepris d'explorer au fur et à mesure ce site interdit, s'enfonçant chaque jour un peu plus loin dans les boyaux du fort, jusqu'à ce que nous tombions sur un groupe de garçons. C'est là que l'aventure a réellement commencé. On a essayé de nous virer, gamines que nous étions, mais c'était mal nous connaître. A l'époque mon amie était déjà terriblement butée et combative, pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, et pour ma part je me donnais des airs de garçon manqué aventureuse. Ils nous ont donc vite adoptées, ne pouvant pas se débarrasser de nous. Et nos journées consitaient à faire des parties de cache-cache dans le fort, jusqu'au jour où nous avons dû jouer à cache-cache avec les gendarmes à qui on avait signalé la présence d'adolescents dans cet endroit interdit d'accès. On a donc vite déguerpi, et n'y sommes plus retournées. De toute façon, on avait fini par découvrir que les garçons avec qui nous trainions se revendiquaient "nazis" et cherchaient en fait à déterrer des "armes" supposées être enfermées quelque part dans le bunker.

Mais aujourd'hui toutes ces "aventures" sont loin derrière moi, et je m'ennuie à nouveau. Alors pour tuer le temps, je raconte ma vie sur mon blog.
Palpitant...

dimanche 25 janvier 2009

malade

Ça fait maintenant une semaine que je suis malade. Et pour tout dire, ça fait un sacré bout de temps que je n'ai pas été malade à ce point.
Bien sûr je suis allée chez le médecin, qui m'a prescrit des antibiotiques. Malheureusement, ceux-ci se sont avérés totalement inefficaces.
Ça fait donc une semaine que chaque jour ma résistance physique diminue, mon moral avec, et que pourtant je m'acharne à aller travailler parce que "je suis hyper en retard dans le programme". Hier matin je n'avais qu'une envie, c'est de m'enfermer dans un caveau, de me cacher dans un coin, comme les animaux mourants. Depuis une semaine je suis tellement épuisée que de toute façon je ne prépare plus aucun cours. Je veux juste que le temps s'arrête. Juste que quelqu'un appuie sur cette putain de touche "Pause" parce que bientôt je n'aurai plus aucune avance dans le boulot. Rien. "Bonjour, aujourd'hui on ne fait rien, désolée j'ai rien préparé. Que dalle. Nada." Vous voyez le tableau.
En plus, je suis en plein délire. Ça fait une semaine qu'avec la fièvre ou je ne sais quoi, mon cerveau ramolli ne fait plus la différence entre la réalité et la fiction.
En plus, je rêve beaucoup du boulot en ce moment, donc je suis totalement perdue.
Alors il m'arrive d'entendre des voix, je perds la notion du temps, on est quel jour ? J'ai l'impression que le temps passe sans moi. Qu'il m'a oubliée sur le quai.
Ca fait donc une semaine que ma vie ressemble à un clip des Residents. J'ai l'impression d'être sous ecstas 24/24. Je capte plus rien.
Hier matin je suis retournée chez le médecin (ordre de ma mère) qui m'a prescrit d'autres antibiotiques. Hier après-midi j'étais une loque. Un mollusque. J'avais à peine la force de me lever de mon lit, terrassée par les tremblements et la toux. Et là j'ai eu un peu peur quand je me suis rendu compte que si je vivais seule je me laisserais sûrement dépérir. Sans personne pour me faire à manger, sans personne pour me donner des conseils, sans personne pour me faire la vaisselle... J'ai donc avalé mes deux gélules du traitement de cheval que m'a prescrit le médecin, et j'ai péniblement monté les escalier vers ma chambre. Je me suis couchée, mal au ventre, sûrement un peu secouée par les médocs qui semblent éliminer toute forme de vie parasite, y compris la mienne.



jeudi 22 janvier 2009

Parents-profs

Mardi je me suis traînée dans un état lamentable à la réunion parents-profs des 5ème. J'ai trois classes de 5ème, ce qui me fait théoriquement 86 parents d'élèves à rencontrer.
Depuis ce week-end je suis grippée, et depuis lundi j'ai enchaîné sur une bonne vieille laryngite. J'étais donc là, avec ma voix enrouée à peine audible, devant des parents qui par réflexe baissaient aussi la voix.
Rencontrer les parents est une expérience très enrichissante. Ça va de la maman avec qui on plaisante, à celle
qu'on en vient à réconforter. Il m'est ainsi arrivée d'essayer de redonner la pèche à une mère qui me disait avec lassitude qu'elle avait envie de lâcher l'affaire, qu'elle ne supportait plus de se battre avec son fils pour lui faire apprendre ses leçons.
D'autres font semblant de faire la morale à leur enfant, aussi présent : "Tu entends ? Il faut travailler ! Il faut apprendre le cours, c'est important pour ton avenir Kimberly !" Bien évidemment, ni Kimberly ni moi n'étions convaincues par son discours politiquement correct.

Ainsi, j'ai eu droit à des "Si vous avez un problème avec lui, voyez ça avec son père... Il a peur de son père." ainsi qu'à des "C'est pas qu'on le frappe ou qu'on le batte, mais des fois j'en peux vraiment plus vous savez". Mais souvent, les mères me regardaient d'un air désolé et répondaient avec un soupir "oui, je sais"
J'ai aussi appris que le surnom de Nathan à la maison est "ma p'tite belette" (ce que je trouve très touchant) et que Steve est tellement hyperactif que sa mère l'enferme dehors pour avoir la paix.
Il arrive aussi que des mères, épuisées et dans la détresse vident leur sac. Car de la détresse, il y en a. De pauvres g
ens à qui la vie n'a pas fait de cadeaux : une fille débile légère (dans le sens clinique du terme), un fils qui est décédé il y a tout juste un an, la mère qui fait des heures sup à l'usine sans "gagner" tellement "plus". Et que pouvez-vous dire à cette pauvre femme dont la fille a 0,5/20 de moyenne, à part des paroles compatissantes ?
Mais le cas le plus touchant était celui de Maëlle, 12 ans, qui a apparemment décidé d'arrêter de travailler. De 13 de moyenne au premier trimestre elle est passée à 07. En classe, elle est au fond et pense
à autre chose. Maëlle était présente lorsque j'expliquais à son papa qu'à mon avis elle était préoccupée et qu'elle avait peut-être un "problème" qui la tourmentait. Lui, me raconte que depuis peu elle s'enferme dans la salle de bain et ne prend plus le temps de petit-déjeuner. On aurait dit moi quelques années plus tôt. Maëlle souffre et je sais ce qu'elle ressent. A la fin de notre entretien, Maëlle a les larmes aux yeux. Son père ne la comprend pas, et moi qui la comprends, je ne peux rien pour elle à part tenter de lui redonner confiance en elle. Bientôt Maëlle sautera les repas à midi, elle écoutera Tokio Hotel et changera toute sa garde-robe. Bientôt Maëlle aura des cicatrices rouges sur les bras comme j'ai des cicatrices blanches sur les mains ou le ventre.

Quand je suis rentrée chez moi, des lames de rasoir dans la gorge après avoir parlé à quarante parents pendant un peu plus de trois heures, je me suis enfermée dans ma chambre, j'ai mis un album de Nirvana et j'ai eu des frissons.


mercredi 7 janvier 2009

Entre fatigue et ivresse

Toujours en train de flotter entre deux états, on me parle mais je pense à autre chose alors je n'écoute pas. De la fatigue à l'ivresse, je suis bien là mais détachée de la réalité. Comme en impesanteur, je me sens partir au ralenti, m'éloigner lentement mais surement vers le néant, le rien... "Can you hear me, major Tom ?!". Puis d'un coup la réalité me rattrape : impuissante, je me sens basculer en arrière. Cette chute me vaudra deux magnifiques bleus : un sur la cuisse droite, l'autre sur le bras gauche. L'un dû à un coin de meuble, l'autre à la poigne de la personne qui a tenté de me rattraper.

En ce moment, je tombe beaucoup je trouve. Alors j'essaye de rester consciente, ancrée dans la réalité assez longtemps. C'est la raison pour laquelle une odeur écœurante de café
empoisonne l'atmosphère de ma chambre. Bien que les minutes s'égrainent, je n'avance pas dans mon travail. Et pourtant je dois avouer que ça m'est égal. Je prendrai mon courage à demain.
Je bois du café à m'en donner mal au cœur. L'idée la moins constructive du monde, car le seul résultat auquel j'arrive c'est de garder les yeux grands ouverts dans mon lit sans trouver le sommeil.

En ce moment, ce qui rentre par une oreille ressort immédiatement par l'autre. Il en a toujours été ainsi : depuis ma plus tendre enfance, ma mère me qualifie à juste titre de "tête percée".
Le problème, c'est que j'ai l'impression que le trou s'agrandit. Plus je dois être ultra rigoureuse dans mon boulot, plus je suis à côté de la plaque dans ma vie. J'ai du mal à rester concentrée, et plus que jamais je me réfugie dans les petits tracas quotidiens. Gautier a encore copié sur Nicolas, qui est encore venu en retard avec Stéphane, qui a encore refusé d'ôter sa veste comme Candice, qui trouve que mon barème "c'est n'importe quoi"...

Cet inhabituel calme face à l'inconnu, que j'ai d'abord pris pour un regain inespéré de confiance en moi, s'est finalement avéré être les premiers prémisses de ma nouvelle attitude désinvolte et bl
asée. Il y a encore quelques mois, j'aurais été dans la panique totale, ne m'étant pas encore intéressée au mémoire que je dois pondre pour bientôt, ni aux cours que je dois donner bientôt et que je n'ai pas du tout préparés. Quoiqu'en écrivant cette phrase, je dois avouer que je ressens une timide décharge d'adrénaline... Mais je l'oublie bien vite, me sentant encore trop lasse pour affronter tout ça. Comme les enfants qui ferment les yeux très fort en espérant que quand ils les rouvriront, leurs devoirs seront faits.
Je suis partisane du "on verra déjà". Cette phrase que j'ai prononcée bien souvent le soir en partant de chez moi pour je ne sais où, avait le don d'angoisser ma mère qui me voyait foncer vers l'inconnu. C'est ainsi que je me suis retrouvée à boire l'apéro chez des gens que j'avais croisés juste une fois, ou que j'ai rejoint de (vagues) "potes" qui devaient aller à une (très vague) "soirée", ne sachant même pas trop par quels moyens et quand j'allais rentrer. J'ai beaucoup de chance car je ne suis jamais tombée sur un os, et pourtant je suis une cible de choix avec mes raisonnements à la "après tout pourquoi pas". Sentiment stupide d'invincibilité ou naïveté coupable ? Sûrement un peu des deux.
De toute façon en ce moment je m'en fous. De tout. Je marche au radar, je travaille par automatisme, ne réfléchissant pas à ce que je fais. Je sais que je suis à la bourre, j'ai le couteau sous la gorge mais il ne pique pas encore assez à mon goût. Quand il aura bien entamé ma chair, peut-être songerai-je à me bouger un peu les fesses.

En attendant je continue à chanceler, entre la fatigue et l'ivresse, espérant qu'il y aura toujours quelqu'un pour me rattraper si je tombe.

vendredi 2 janvier 2009

01 janvier 2009

Ma mère : "t'as pas la gueule de bois au moins ?"
Moi, blanche : "non non, je suis juste, euhh, un peu fatiguée..."
Ma mère, me tendant une pleine assiette de poulet recouvert de crème au gruyère et vin blanc : "bon alors bon appétit !"
Moi, me levant de table : "euh, héhé, excusez-moi cinq minutes"
Ma mère : "tu ne vas quand même pas vomir ?"
Moi, déjà la tête dans les toilettes : "non non, je suis juste, euhh, un peu fatiguée..."

lundi 29 décembre 2008

Faire partie du passé

C'était comme revenir sur le lieu de son crime. Une foule de personnes dont je connais la tête mais dont je ne me rappelle plus le prénom. Oui, je me souviens de cette fille avec les poches sous les yeux. Je me rappelle avoir débattu avec elle des ondes de four à micro-onde entre deux verres, avant de lui demander une aspirine. C'est drôle comme on se souvient toujours du moment où on arrive chez les gens, avec un peu de bonne volonté on visualise même le canapé où on a posé ses fesses, mais jamais du moment où on a levé ces mêmes fesses pour repartir.
Toujours est-il que quand j'ai poussé la porte métallique qui étouffait les basses de cette "musique de sauvages" je me suis sentie en terrain hostile.
On me jetait des coups d'œil en coin. J'ai néanmoins claqué la bise à quelques personnes qui se souvenaient de moi, me contentant d'un "salut ! ça va et toi ?". Mal à l'aise parmi des gens que je n'avais pas vus depuis au moins deux ans, et qui commençaient tous leur première phrase par "tiens, t'as coupé les cheveux !".
Oui, j'ai coupé les cheveux, j'ai un boulot à vie, j'me suis rangée les gars.

Soudain, une fille avec une doudoune fuchsia m'agrippe le bras avec un grand sourire "Salut, tu te souviens de moi ?" Non je ne me souviens absolument pas d'elle. Je le lui avoue piteusement. Elle me dit être une amie de Machin et Chose mais je ne la remets pas, ce qui n'est pas bien grave. Il faut dire que quand j'étais avec N. j'ai du faire un gros effort pour mémoriser d'un coup des dizaines de prénoms, et vu le contexte souvent alcoolisé ce n'était pas chose évidente.
Après de longues minutes de solitude, je me décide à m'approcher de S. pour lui faire la bise. Toujours aussi décharné, ses traits sont tirés, et les rides de son visage semblent encore plus marquées que "jadis". A le voir sous cet éclairage ingrat, on lui donnerait facilement dix ans de plus. C'est marrant mais je n'avais pas l'impression qu'il avait l'air si vieux...
Au bar, je connais le type qui me sert ma bière. Il me dit, tout en surveillant la mousse "on s'est déjà vus quelque part". Je confirme, juste avant qu'il ne retrouve mon prénom. C'est marrant mais à l'époque, il parait que ce type m'adorait, je n'ai jamais compris pourquoi. La première fois qu'on nous avait présentés et que nous avions échangé quelques paroles, je lui avais fait extrêmement bonne impression, et il était surexcité les rares fois où l'on se croisait. C'est drôle que je sois passée de ce statut d'idole à celui de la fille qu'on a déjà dû croiser quelque part.
A part ça, je suis seule, on ne s'approche pas de moi, d'ailleurs on s'en fout de moi. Je prends alors conscience que si tous ces gens voulaient bien me parler, c'est parce que j'étais "la nouvelle copine de". Un temps, j'ai voulu croire qu'on avait certaines choses en commun, mais maintenant j'ai compris qu'en fait je n'étais qu'une pièce rapportée.
Enfin, une de ses exs qui à l'époque semblait me vouer un mépris indécrottable s'approche de moi pour me faire la bise. Charmante, elle demande de mes nouvelles, s'enquiert de ce que je deviens. Je lui raconte un bout de ma vie et elle m'écoute gentiment.
Enfin quelqu'un qui semble ne plus avoir de rancœur. C'est que nous avons un point commun maintenant : nous faisons toutes deux partie du passé.


dimanche 21 décembre 2008

Bientôt Nouvel an

Ça fait maintenant un peu plus d'un an que j'ai commencé ce blog. Et voilà que le temps des bilans arrive... avec Nouvel an.
Je me souviens que l'année dernière, à la même époque, je me posais aussi la question du bilan. J'en parlais d'ailleurs avec L. dans ce fameux bar où il y a mon prénom sur un mur (si si je vous assure, c'est vrai). J'évoquais le Nouvel an, et nous avons entamé toute une conversation debout en attendant que de la place se libère. Je lui expliquais que je n'aime pas le 31 car je n'aime pas me sentir obligée de faire la fête. Je supporte mal devoir faire semblant de m'amuser.
Et en plus je me sens contrainte de me bourrer la gueule pour me détendre.
J'ai de très mauvais souvenirs de Nouvel an. Cette période représente un stress pour moi, le fait de devoir s'incruster à une fête de peur de passer la soirée chez ses parents à regarder un film et se coucher à 23h.

C'est aussi à cette occasion que j'ai trouvé les mots pour raconter à L. cet étrange sentiment que j'avais de me sentir en dehors de tout ça, de ne pouvoir m'empêcher d'adopter un regard extérieur et distant, comme si je planais au-dessus de la foule :
il m'arrive de me sentir soudain comme une étrangère. Alors je m'enferme dans le silence, et mes pensées défilent à toute allure, et j'ai envie d'être devant mon ordinateur et de l'écrire sur mon blog parce que ça sonne vachement bien.
Tandis que je déballais tout ça, je me suis sentie libérée, c'était la première fois que je trouvais une oreille attentive et qui avait l'air de me comprendre. Je m'accrochais à lui comme à une bouée de sauvetage. A chaque fois que L. et moi retournions dans ce bar, j'étais étrangement bien .
Avec le recul, je crois que nous ne nous aimions pas, nous aimions juste ce bar, nous aimions ces murs avec mon prénom dessus.

Nouvel an 2008... Quelques jours après, je me baladais dans les rues avec une fille, j'avais une bouteille de champagne à la main, et elle essayait de me convaincre de rester dormir chez elle. J'étais heureuse parce que cette fille m'invitait à des soirées avec des gens cools. J'aime côtoyer des gens cools et même si au final je ne les connais jamais vraiment, je me contente d'avoir l'honneur de les reconnaître et saluer. Pendant quelques semaines j'ai ainsi fait la connaissance de beaucoup de nouvelles têtes, puis la fille est partie
dans le sud de la France recommencer ses études et je suis retournée me cacher dans ma tanière, loin des gens cools.

Que dire de 2008 de toute façon ? On aimerait tous plus ou moins avoir une vie extraordinaire et finalement on se contente de ce que l'on a. Cette année, la mienne a essentiellement consisté à raconter ma vie à qui voulait bien m'écouter, un verre à moitié vide en main, creusant des cernes sous mes yeux.

mardi 16 décembre 2008

bibelot

Mais c'est qu'il devient prévoyant, le coco : il ne sort plus qu'avec sa chère et tendre. Ça doit être le seul moyen qu'il a trouvé de ne pas céder à la tentation, une façon de prendre les devants depuis qu'il m'a confié être attiré par moi. Alors plutôt que de me fuir, il se met des menottes. Plus de tête à tête alcoolisés, rares instants de liberté où il pouvait oublier ses engagements, et se laisser aller à des confidences. Il ne s'autorise plus le doute, il est allé trop loin.
Assis entre nous deux, il tient la main de sa chérie mais passe une bonne partie de la soirée à discuter avec moi. J'aime cette situation, c'est mon côté sadique.
C'est marrant mais j'ai souvent l'impression d'être un accessoire. Une sorte de bibelot vaguement convoité, que certains aimeraient louer et poser sur un coin d'étagère pour faire joli, l'avoir sous les yeux et pouvoir utiliser quand bon leur semble. J'ai déjà été utilisée comme oreiller, comme mouchoir, on a voulu m'emprunter, me voler, on a voulu déjeuner en ma présence pour me montrer, on a même voulu me payer. Récemment un barbu a voulu me kidnapper pour m'empêcher de prendre la voiture après toutes les bières à 8° que j'avais commandées.
Et au lieu de suivre les bons conseils du barbu, je me suis une fois de plus échappée dans la rue, seule dans le froid avec mes mitaines fabriquée à partir de vieux gants et d'une paire de ciseaux. J'ai erré un moment tel le petit papillon de nuit à la recherche d'un peu de lumière, pas encore d'humeur à rentrer. Et là j'ai atterri devant ce que j'appellerais une boite à deux balles pour bobos de droit ou HEC. Des filles toutes habillées pareil, et des mecs tous habillés pareil qui fumaient sur le trottoir. Je me suis arrêtée un instant, faisant semblant d'attendre quelqu'un qui ne venait pas, pour écouter leur conversation. On parlait de crise financière en riant.
Et soudain j'ai eu une envie viscérale de jouer les vrais bibelots, de me mêler à ces gens dont le milieu est à l'opposé du mien, rien que pour voir comment ça fait d'être puant. J'avais envie de jouer un rôle, d'échanger la bière contre le Martini, de renier Interpol pour David Guetta, le temps d'une soirée.
Mais il aurait d'abord fallu que je changeasse de chaussures...

mercredi 3 décembre 2008

les humeurs

Comment ça j'ai "la veine molle" ?! Mais je ne vous permets pas de porter un jugement sur mes veines, madame ! Et d'abord elles sont en pleine forme !
Quand je vois mon sang pourpre couler dans le tuyau, ça me fait penser au vin chaud que j'ai goulument lampé deux heures plus tôt... les quartiers d'orange en moins. Tiens, c'est peut-être à cause de ça que j'ai la "veine molle", va savoir.
Sauf qu'en ce moment, ça me plait assez de ramollir mes veines et mon cerveau par la même occasion. Je suis trop à bloc tout le temps, trop préoccupée parce que je ne sais pas m'organiser et que je fais tout à l'arrache. J'adore traverser la ville dans un drôle d'état. Immédiatement, les mots me viennent, comme tout le monde, j'ai l'impression d'être poète un court instant, de ressentir les choses différemment. Toujours avec un regard narquois et ironique, mais apaisé.
J'aime me sentir douce, comme passée à la pierre ponce, moi qui d'habitude suis si rêche, qui agresse mon entourage, impatiente et intransigeante, impitoyable, infernale enfin. Pouvoir m'émerveiller de rien mais rire de tout, regarder le ciel avec de grands yeux innocents. Juste relativiser, ne plus penser à mon exil futur dans des contrées froides et hostiles (genre les Ardennes...).
Quand mes veines sont enfin molles, j'ai une irrésistible envie de rouler une pelle à la vie.
Je m'étais pourtant juré de ne jamais ressentir le "besoin" de me vider la tête. Je ne sais que trop bien jusqu'où ça peut mener. Et je sais que la pente a beau être douce, ça n'en reste pas moins une pente.
Ah bien, la poche est pleine, je peux repartir. Aujourd'hui j'ai partagé un peu de mon sang, un peu de ma vie, un peu de mes très
passagères bonnes humeurs.