samedi 20 juin 2009

fatiguée

Quand je le regarde, l'autre avec sa gueule éclatée, sourire béat jusqu'aux oreilles, paupières à mi-closes, il est déjà ailleurs et quelque part je l'envie.
Je crois que ça me manque tout ça, les soirées à trente dans un grand appart, la musique à fond que tu entends déjà moins au bout du deuxième verre de vin, les gens déjà bien défoncés qui te décrochent un sourire complice quand tu les frôles dans le couloir pour aller du salon à la cuisine, la queue devant les chiottes : tiens-moi mon verre pendant que je vais pisser, t'es sympa ! Les gens qui vivent au-dessus de leurs moyens et qui te payent une coupe de champagne juste parce que t'as accepté de les accompagner claquer la bise à leur pote dj dans un club pour bobos. "Jolie môme" qu'ils t'appelaient.
Une môme que j'étais, effectivement. A peine si j'avais encore le "A" collé au cul de la voiture de mes parents. Je pouvais boire comme un trou sans jamais avoir la gueule de bois. Mon estomac tout neuf pouvais tout subir, mes reins pouvaient tout filtrer. On m'enviait un peu pour ça, ma capacité à récupérer après un café, à concilier études et week-ends de débauche.
J'avais enfin l'impression de vivre, d'être active, même si je voyais tout à travers un épais brouillard. Enfin je ressentais des émotions, je me sentais attirée vers les autres, j'arrivais à me "lâcher".

En ce moment je suis fatiguée.

mercredi 17 juin 2009

La Grande Ville

"Arghh ! La vache !"
Monday Morning découvre le montant des loyers à Paris.

"Comment ça mon loyer ne doit pas dépasser le tiers de mes revenus ?! Mais vous plaisantez, avec ce que je gagne je ne pourrais même pas me payer un 15m² !"
Monday Morning découvre les exigences des agences immobilères de Paris.

"
Lalala-lalalaaaaaaaaaaaaaaa Lala Lalala-lalalaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa"
A force de téléphoner à Century21, Monday Morning connaît maintenant par coeur les Quatre saisons de Vivaldi.

"Je peux vous laisser mes coordonnées ? Oui, je sais que vous recevez des centaines d'appels par jour, mais.... Bon tant pis, au revoir"
Monday Morning comprend que pour chercher un appartement il faut être réactif.

"A visiter cet après-midi ? Non mais là je suis à 500km alors ça va être dur... Ah... Au revoir alors."
Monday Morning comprend que pour chercher un appartement il faut être sur place.

"Ah, finalement tu ne peux pas m'héberger sur Paris avant le 15 juillet ? Bon...."
Monday Morning est dans la merde.

lundi 1 juin 2009

Plus ou moins seule

Trimballée dans un bus toute une matinée pour arriver en Belgique, y manger du chocolat puis y boire des bières. Là j'y ai aussi découvert que la nana que je considérais comme chiante est vraiment très chiante, et que je ne peux m'empêcher de mépriser un peu les filles maquillées à mort dès 5h du matin même si elles vont passer l'essentiel de leur temps à roupiller contre une vitre. Entrer en K-way et jean/T-shirt fatigués dans un restaurant gastronomique avec serveurs efféminés et dont la marque du slip dépasse du jean me met toujours mal à l'aise, mais déjà un peu saoule je m'assieds parmi mes camarades. Des filles parlent mariage. Une fois de plus je suis la seule célibataire dans le tas, et pourtant je ne suis pas la plus moche ni la plus chiante, ni la plus conne. "T'es pas assez réceptive" comme l'analysait ma mère, ce qui sous-entend qu'il n'y a pas marqué "open bar" sur ma tronche mais "attention je monte la garde".
Me marier me semble tellement étranger, au point qu'à la limite je me vois mieux élever un enfant seule que trouver le grand amour. Perdue dans mes pensées je saisis ma bière. Comme je n'ai pas fait attention en la versant dans mon verre, j'ai généré un champignon atomique de mousse. Huit centimètres de dioxyde de carbone emprisonné dans de l'eau surmonte mon verre, ce qui fait bien marrer mes voisins.

Le lendemain, dans le bus, après trois cafés et deux bières, je me laisse bercer par le bruit du moteur : les grandes gueules qui faisaient les fanfarons le sont beaucoup moins après une nuit très courte. Déjà on néglige de boucler nos ceintures, certains naviguent à vue dans l'allée centrale pour aller rendre visite aux voisins de derrière qui aimeraient pourtant somnoler tranquillement. Le ventre quasiment vide, je n'ai pas très faim, j'attends juste d'être rentrée. Mais une fois arrivée à Strasbourg, j'apprends que le chauffeur ne peut finalement pas me conduire à Mulhouse, car il ne m'avait pas comptée parmi les passagers (étant partie de Strasbourg à l'aller). Le chauffeur me jette donc du bus, m'abandonnant sur un parking à 21h30. J'ai quelques minutes pour nous rendre, moi et mes gros sacs, à la gare afin de prendre le train. La fatigue a cet avantage qu'elle rend les épreuves moins pénibles, car presque irréelles, vues à travers la brume du sommeil.
A la gare, j'appelle mon beau-frère à l'aide, le suppliant de venir me chercher à la gare de Mulhouse à 22h45. Dans le train, les vêtements et la mine chiffonnés après une journée dans un bus, toujours le ventre vide et les idées peu claires, je titube jusqu'aux "toilettes" pour me brosser machinalement les dents avant de rejoindre une place et m'affaler sur une banquette, mes sacs me servant d'oreiller. Seule, sans défense, je m'abandonne pourtant à la rêverie tout en gardant un œil ouvert au cas où.
Là je découvre enfin ce que c'est de voyager seule, de se débrouiller seule avec ses bagages, bref aperçu de ce qui m'attend prochainement. Cela n'est finalement pas si agréable que ça. Cette fois, quelqu'un m'attend encore sur le quai, mais je sens que c'est une des dernières fois. Alors je lui fais un grand sourire.

mardi 19 mai 2009

préoccupations

Hier j'ai raté mon arrêt de train.
En rentrant du boulot, remontant l'Alsace en train, j'ai quatre arrêts et je descends à Strasbourg. Mais pas hier. Hier j'ai juste vu passer l'arrêt Mulhouse, et après, plus rien. Le néant. Et pourtant je suis sûre que je n'ai pas dormi. J'étais juste déconnectée du réel. Lorsque je me suis à nouveau préoccupée de ce qui m'entourait, il était trop tard. J'ai juste réalisé que le train s'arrêtait à nouveau, et en regardant par la fenêtre j'ai vu marqué "Saverne". Le temps que je me rende compte que Saverne est au nord de Strasbourg, j'ai à peine eu le temps de rassembler mes affaires et de sauter du train.

Entre Mulhouse et Saverne je n'avais même pas remarqué que le train s'était arrêté, que des gens étaient montés ou descendus. J'ai essayé de me souvenir de quelque chose, d'une voix annonçant l'arrêt à Strasbourg, mais c'est le trou noir.
Alors j'ai dû prendre le train dans l'autre sens pour rentrer. Je sais que je suis du genre distraite et tête en l'air, mais d'ici à perdre conscience du monde qui m'entoure pendant une heure sans avoir souvenance de rien, ça ne m'était encore jamais arrivé.

Dans le train redescendant un bout de l'Alsace pour me ramener à bon port, j'ai cherché ce qui a pu me distraire à ce point. Fatigue, énervement, stress, et surtout la découverte toute à l'heure d'un mot d'insultes anonyme et bourré de fautes (même mon nom était mal orthographié...) de la part d'un cinquième qui apparemment me déteste. Sur le coup, j'ai ressenti une honte qui a fait que je n'ai pas parlé de ce mot à la prof principale de cette classe bien qu'elle m'ait ramenée à la gare en voiture à la fin des cours. Partagée entre mon devoir et la gêne, je n'ai rien dit et évidemment je le regrette maintenant. Il aurait fallu réagir tout de suite.

Je sais que ça fait partie des risques du métier, et inévitablement certains élèves nous haïssent, car quelque part c'est dans notre rôle d'être durs et exigeants avec eux. Quelqu'un me disait à juste titre "C'est un métier qui rend très dur. Car si tu n'es pas dur tu te fais bouffer".
Cependant, ces insultes ne m'ont pas fait de peine, car je ne suis pas idéaliste, et ça m'est bien égal d'être haïe ou aimée à partir du moment où j'ai ma conscience pour moi, et que je considère que j'ai à peu près fait mon boulot, c'est-à-dire leur enfoncer quelques maigres connaissances de base dans le crâne.
De toute façon, un prof qui dit que pour lui tout va bien et qu'il n'a jamais d'emmerdes ni de bruit dans sa classe est un menteur. L'autre jour devant le CDI j'ai été témoin d'une scène cruelle : le documentaliste, bonne pâte de service qui se faisait chahuter par des petits qui le traitaient comme un chien et se foutaient ouvertement de sa gueule sans qu'il ne s'en rende compte, ce qui les amusaient beaucoup. Ils ne lui montraient aucun respect. Et le documentaliste y allait de ses "chuuut chuuut allez ça suffit", me souriant avec un air gêné lorsque je passai devant lui et le troupeau d'élèves. Ce même documentaliste me confiait la veille "les gamins m'adorent !" Maintenant je sais qu'il essayait juste de s'en persuader.

Dans ce métier, il y a toujours un prof qui essaye de cacher ses problèmes, mais un jour tout finit par déborder : les hurlements venant de sa salle débordent jusque dans le couloir, les avions en papier et les emballages de bonbons débordent de sa poubelle...
Personne n'en parle mais tout le monde le sait, et regarde la victime en coin avec un air désolé, mais aussi avec une pointe d'orgueil car nous on s'en sort et pas lui. On est bien content de ne pas être le prof chahuté de service qui se traîne sa réputation sur plusieurs générations d'élèves. Alors on ne fait rien pour sortir le collègue de là, on préfère l'envoyer lâchement en pâture aux élèves. Un jour il bloquera les toilettes de la salle des profs où il se sera enfermé pour pleurer pendant la récréation.

J'espère de tout cœur que ça ne sera pas moi. En attendant je visite l'Alsace en train....

mardi 5 mai 2009

se servir de cobaye

Je suis arrivée devant le bar avec 40mn de retard. Je savais que ça allait finir comme ça à la minute où je suis entrée dans ma salle de bain pour me changer. J'étais alors comme engourdie. J'avais passé une bonne partie de la journée devant un écran, à conduire des voitures et à tirer sur des gens. Je n'avais pas vu le temps filer. Aucune idée de rien, ni de la température dehors, ni du temps, ni de la façon avec laquelle je voulais m'habiller. C'est avec une sorte de désespoir que j'ai saisi un pull rayé à capuche dans l'armoire, que je l'ai enfilé sur un autre pull noir, puis finalement sur un T-shirt blanc, puis finalement encore sur un autre pull noir, et enfin sur un T-shirt noir. J'étais alors presque à bout de nerfs. Mes cheveux n'étaient pas très propres mais il était trop tard pour y remédier. Et les minutes passaient et j'étais presque paralysée. Mes mouvements étaient inutiles, comme dans un cauchemar. On aurait dit que je faisais tout pour arriver en retard. Sur le chemin, j'ai voulu faire la maligne et je me suis égarée en voiture, j'ai tourné presque quinze minutes avant de trouver une place à plus de dix minutes à pieds du bar.
Presque au bord des larmes, je me suis dépêchée, j'ai marché le plus vite que mes jambes maladroites me le permettaient. Et bien sûr j'ai battu le record absolu de la nana en retard. J'étais tout à fait déconnectée du monde réel. Je ne me reconnaissais plus, j'avais l'impression de vivre ailleurs. Un sentiment de culpabilité m'a envahie. J'avais envie de pleurer.
Mais je crois inconsciemment j'avais envie que cela arrive. J'avais sûrement envie que quelqu'un m'attende, oui ça devait être ça. Comme je l'ai fait remarqué alors au cours de la conversation, j'ai l'impression d'être nulle part, de flotter entre deux eaux. Dans ma tête j'anticipe mon déménagement, ma modeste nouvelle vie, à tel point que je commence à me détacher de mon ancien mode de vie pour tendre vers celui que j'imagine avoir d'ici quelques mois. Et sur quoi est basé ce nouveau mode de vie me demanderez-vous ? Sur de la merde. Je crois que je rassemble tous les clichés que je connais sur les gens un peu décalés qui vivent seuls et que je les adopte les uns après les autres. Alors je me suis mise aux jeux vidéos, je traîne dans les rayons alcools des supermarchés pour regarder ce que je pourrais m'acheter, et je me complais dans un bordel ambiant. Parce que j'imagine que je vivrai ainsi. Peut-être car c'est le modèle que j'ai rapidement eu sous les yeux lorsque j'ai commencé à fréquenter des gens qui vivaient seuls. Je ne vais pas pouvoir m'empêcher de me détruire un peu. C'est sûr. Je vais sûrement me remettre à fumer pour de bon, acheter essentiellement des soupes et de la salade et manger des céréales bio. Mais comment puis-je savoir tout cela ? Est-ce ce que j'ai vraiment envie de devenir ? Comment est-ce possible de se demander comment on réagira, de ne pas se connaître à ce point ? Pourquoi est-ce que je passe tant de temps à me servir de cobaye ? Je crois que c'est trop tard pour être une gentille fille parfaite, comme mes sœurs, mais pourquoi forcément aller dans l'excès inverse ? Chercher la merde tout le temps, friser la catastrophe de justesse...
Toujours sur une corde raide, je peux tomber d'un côté comme de l'autre, entre les deux mon cœur balance. Et forcément avec le temps que je mets à me décider, je ne peux qu'arriver en retard.


mardi 28 avril 2009

Un disque RW

J'ai la neuvième symphonie de Beethoven qui me trotte dans la tête. Cet air m'obsède et j'ai envie de passer à autre chose. Alors je joue un morceau très fort sur ma chaîne hifi pour chasser Ludwig van de ma tête. Une autre chanson prend la place de la première. Et c'est toujours ainsi. J'empile les couches de musique dans ma tête. Je réinscris. Mon cerveau est un disque RW.

Il en est de même pour les situations gênantes. Je rejoue tellement le sénario dans ma tête que j'en arrive à ne plus distinguer le vrai de l'imaginaire. Ai-je vraiment vomi dans les narcisses ou est-ce encore un fantasme ? Est-ce que je connais réellement ces gens, ou est-ce à force d'élaborer des centaines de conversations avec eux que j'en suis arrivée à cette familiarité ? Je ne suis pas "folle" tu sais, peut-être un peu, euh, frustrée... Je n'ai
simplement pas évolué depuis le temps où j'avais des amis imaginaires en cinquième. En fait non, pas imaginaire, bien réels mais à qui je ne parlais pas. Toujours fascinée par la "cool attitude" tel un papillon de nuit attiré par la lumière artificielle d'un spot jusqu'à s'y cramer le bout des antennes. J'écris et réécris mon histoire jusqu'à en avoir une version potable.
Heureusement que mon cerveau est réinscriptible ! J'espère juste qu'il conserve mes brouillons quelque part...

jeudi 9 avril 2009

Des amis et une planche de bois

Mais arrêtez d'essayer de me consoler ! Ne me dites pas ce que je veux entendre. D'ailleurs je ne veux rien entendre. Il n'y a rien à dire. J'allais bien finir par partir. Ce qui me réconforte, c'est que mes amis ne sont pas faux-culs : avec eux pas de "on s'appellera" ni "on se fera des week-ends à Paris". Ils n'y font pas allusion, et profitent du fait que je sois encore dans le coin pour me voir. Ils sont contents, et se contenteront des fois où je serai dans le coin.
En voulant rattraper son billet de 20 € balayé de la table par une bourrasque, F. m'asperge d'une bonne partie de sa bière rouge et poisseuse parfumée à la cerise. Le liquide collant coule le long de la table pour s'engouffrer dans mon sac à main et imbiber mon porte-monnaie mais je ne m'en rendrai compte qu'en rentrant chez moi. Pour l'instant je profite du soleil et je suis sereine car heureuse de voir mon amie. Je puerai la bière dans tout le cinéma mais j'ai déjà vécu pire.


J'ai connu une fille que je n'oublierai jamais car c'était mon modèle absolu de la cool-attitude (indépendante, sensuelle, naturelle, fort caractère, inaccessible etc...) Cette fille n'avait pas de point d'attache, elle pouvait déménager presque du jour au lendemain selon son envie et les boulots qu'elle dénichait ici ou là. Lorsque je l'ai rencontrée pour la première fois, sûrement déjà un peu pétée, cette fille m'a garanti que je ressemblais terriblement à sa cousine, et nous avons donc commencé à nous appeler mutuellement "cousine". Je passe sur le fait que cette fille me fascinait, et que j'enviais sa spontanéité, son aura naturelle blablabla moi qui suis si terne blablablabla. Bref, cette fille trimballait dans ses affaires une planche de bois, à peu près 1m sur 50 cm, sur laquelle figuraient des petits mots des différents amis ou relations qu'elle s'est faits à travers ses voyages.
Moi-même, le cerveau complètement chamboulé par les différents produits que j'avais bus, fumés et surtout snifés chez elle une nuit d'hiver, j'y ai apposé ma signature précédée d'une déclaration d'amour.
C'est ainsi que j'ai, pour la première fois de ma vie, osé exprimer mes sentiments. Et il a fallu que ce soit sous la forme d'un pâté ressemblant à un "Je t'aime, cousine !" sur une planche en bois, et sous l'effet d'un taux anormalement élevé de sérotonine et de dopamine dans le corps. J'ai dû écrire ces mots vers 4h du matin. A midi, la honte m'avait déjà envahie. Heureusement, la fille idéale n'y a jamais fait allusion par la suite. D'ailleurs elle n'a pas tardé à se barrer de la ville, presque sans prévenir, emportant certainement la fameuse planche dans ses affaires.

Cette idée de planche m'est restée, et bien que je n'aie l'intention de ne m'installer que 500 km plus à l'ouest, j'ai bien envie de faire de même, demander à mes amis et connaissances de signer sur un bout de bois... Je la poserai dans un coin de mon minuscule appart, les gens qui passeront chez moi la regarderont, et peut-être qu'un jour l'un d'entre eux sera assez désinhibé pour y graver une déclaration d'amour dont il aura honte quelques heures après. Et je serais heureuse.

samedi 4 avril 2009

Grandir

Alors c'est ça grandir ? C'est tenir un verre de vin blanc dans une main, une part de Kougelhopf délicatement posé sur une petite serviette en papier pour ne pas faire de miettes dans l'autre, et discuter de sa grossesse et de son accouchement, détails techniques à l'appui, avec d'autres femmes ? Si tel est le cas, je crois que je ne suis pas encore prête. Et pourtant, c'est au milieu de ces femmes que je me suis retrouvée coincée hier, verre de vin blanc trop sucré de rigueur après le conseil d'administration. De toute façon je n'avais pas le choix, c'était les femmes ou le principal du collège. J'ai regretté mon choix quand elles ont commencé à parler de leurs vergetures "J'te jure, j'ai éclaté comme un pop-corn, j'avais des vergetures qui apparaissaient de partout !" et de se lancer dans des bruits de pop-corn qui éclate.
J'aurais préféré une bière. J'aurais préféré être ailleurs. J'aurais préféré ne pas revivre la palpitante évolution de la dilatation de leur col de l'utérus.

La veille, j'étais à un concert et j'ai encore ressenti le besoin vital de me marier avec le chanteur. De cette expérience aussi j'en ai déduit que je n'étais pas encore prête pour grandir...
La semaine dernière j'en ai aussi profité pour revoir des potes. Des soirées comme je les aime : à quinze au 17è étage d'un appart à proximité de la fac, je parle à peine à la moitié des gens mais je les aime tous. C'est con mais j'arrête pas de me dire "il n'a pas changé", comme si ça faisait dix ans que je ne les avais pas vus. Juste dix mois... Et d'ailleurs je ne vois pas pourquoi ils changeraient.
E. par
le toujours de politique, et finit la soirée en critiquant le patronat, J. commence très vite à picoler, puis à être câlin avec une fille quelconque, avant de finir la soirée chagrin à boire du café dans la cuisine et à nous expliquer combien il est amoureux de sa copine qui est parfaite. Il y a ensuite toujours un petit groupe qui se met à part pour faire de la psychologie de comptoir, genre "comment sait-on si on est amoureux" et je ne peux jamais m'empêcher d'y fourrer mon nez et attendre le bon moment pour faire une remarque cynique et méprisante.
Ma
is la vérité c'est que j'ai un cœur de pierre. Et pourtant j'étais contente de les voir. J'étais tellement contente que mon verre se remplissait constamment. Je les aime, ces étudiants qui vieillissent avec le bon vin. Je n'aurais pas voulu que la soirée se termine, je n'aurais pas voulu rentrer chez moi. Ici ce ne sont pas des miettes de Kougelhopf, mais de la cendre et de la bière qu'on risque de mettre par terre. Et on n'a pas de serviette en papier mais de l'essuie-tout. On met la musique tirée de Deezer trop fort. On est quinze dans un petit appart et on refait le monde.

Pour me remonter le moral, je pense à ces soirées, et je sirote mon vin blanc. Le monde dans lequel ces femmes vivent me semble bien étranger et bien lointain du mien. Le seul point commun : quand j'estime avoir assez picolé, je me casse. Sans dire au revoir à personne.


samedi 28 mars 2009

Education nationale mon amour

En ce moment je suis très préoccupée par ma mutation, et ce fameux mouvement intra-académique. J'esplique : à la rentrée je suis mutée dans la fameuse académie de Créteil, (le purgatoire des profs) qui comprend trois départements : Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Seine-et-Marne.
Là en gros il faut que je "choisisse" (c'est un mot optimiste) l'endroit où je "veux" être affectée l'an prochain. Tous ceux qui vont bouger dans Créteil font partie du "mouvement" et disposent d'un certain nombre de points en fonction de l'ancienneté, de la situation familiale, du type d'établissement dans lequel on travaille etc...
On doit faire 20 voeux. Evidemment, celui qui a le plus de points passe en priorité. A égalité de points c'est l'âge qui départage (le plus vieux gagne).
Comme je suis nouvelle, que je n'ai aucun points de Pacs, et que je suis une des plus jeunes de l'académie, je dispose du nombr
e minimum de points (21) sauf sur mon tout premier voeu (71). Pour faire simple, si mon premier voeu n'est pas accepté, je suis bais*** et je me retrouve remplaçante dans un endroit tout pourri où personne ne veut aller. C'est aussi facile que ça. C'est pourquoi mon premier voeu est décisif. Il ne faut pas que je sois trop ambitieuse sinon il ne sera pas accepté, mais il ne faut pas non plus que ce soit un voeu suicidaire sinon j'aurai gâché mes points pour que dalle.
En ce moment je change de stratégie toutes les heures. Une fois je me dis que je veux être remplaçante en Seine-et-Marne, une autre fois que je veux avoir un poste fixe en Val-de-Marne...

Je suis une girouette. Une fois je veux être loin de Paris (question de loyer), une fois je veux être plus près de Paris (question sorties), une fois je me dis que j'accepterais d'être en ZEP, une autre fois je me dis que je craquerais vite en ZEP.
Sachant que si je choisis un établissement classé merdique, j'accumulerai rapidement des points qui suffiront à me barrer d'ici trois ou quatre ans, mais si je suis dans un établissement qui craint moyennement, je devrais attendre dix ans avant d'espérer avoir mieux.

Je déteste l'idée de n'avoir aucune prise sur mon desti
n, l'impression qu'on mettra tous nos noms dans un sac et qu'on tirera au sort. Alors on me dit "être prof c'est la belle vie". En attendant, des gens vont décider de mon avenir à ma place, et daigneront m'en informer à peine quelques semaines avant la rentrée, me laissant moins d'un mois pour trouver un appart en Ile de France (faciiiiile) et déménager illico presto. On me dit "tu verras, y a une super ambiance parmi les profs de ZEP" ou "surtout il ne faut pas le prendre à coeur, il faut avoir vachement de recul" ainsi que "n'espère pas faire cours : l'objectif c'est que l'heure se passe bien, si t'arrives à les garder en classe sans que ça dégénère tu as gagné". J'ai aussi entendu "Quand tu entres dans ta salle, tu as 10mn pour marquer TON territoire. Ca ne doit jamais devenir le territoire des élèves. Si les élèves gagnent ce combat, tu vas souffrir pendant un an".

Viennent ensuite les questions habituelles "Eh, t'as vu Entre les murs ?" et "Eh, t'as vu La journée de la jupe ?"
Nan j'ai pas vu ces putains de films, foutez-moi la paix. Ce que j'ai vu, c'est la liste de tous les collèges classés "plan violence" d
ans l'académie, et là je peux dire qu'il y en a un paquet...


dimanche 15 mars 2009

Des journées comme ça

Hier Alain Bashung meurt, au même moment j'achète une voiture et tombe amoureuse du vendeur. Il y a des journées comme ça, tout va de travers.
Ça avait pourtant bien commencé. J'ai fait le tour des concessionnaires, journée portes ouvertes oblige. Je sers les habituels "Ahlalala je sais pas, j'hésite... Vous savez, c'est ma première voiture, et vous concurrents me font une meilleure offre...." Puis je vais chez le concurrent et je redis la même chose, jusqu'à faire baisser les prix.
Et là, je tombe sur un jeune-homme charmant dans tous les sens du terme. Je pourrais passer des heures à trouver des qualificatifs, mais pour faire simple on pourra dire qu'il correspond à 100% à mon idéal masculin. En fait, jusqu'à présent je ne pensais pas avoir d'idéal masculin et trouvais même l'idée stupide. Mais je n'avais pas encore rencontré "Machin". Quand il m'a
vue, il a vite compris qu'il lui serait utile d'user de tous ses charmes pour me convaincre.
Oh, il n'avait pas grand chose à faire de toute façon. Un sourire modeste et une petite blague et c'était gagné. Tout l'art du commercial : faire croire qu'on laisse une liberté totale au client, aller jusqu'à vanter les mérites de ses concurrents, le meilleur moyen pour que le client vous estime "honnête" et revienne vers vous au final.
Faire croire au client qu'on lui fait une fleur exceptionnelle, qu'on va se faire engueuler par le patron mais qu'on lui fait quand même la remise... Et quand on est au téléphone avec ledit patron, flatter le client en disant des choses comme "Et la cliente est charmante, elle est étudiante, il faut
l'aider !" ('tain j'ai une gueule d'étudiante... tu m'étonnes que mes élèves soient familiers avec moi)
Et là j'ai honte mais je n'ai pas réussi à ne pas me faire avoir. C'en était trop. Le sosie français de Wentworth Miller mais en moins poseur qui vous qualifie de "charmante", il m'était impossible de ne pas craquer. Seule avec le beau gosse dans la concession illuminée par le soleil qui a enfin fini par percer, je me sentais apaisée.
C'est un peu comme le syndrome de Stockholm : je tombe amoureuse du tortionnaire qui vide de façon cruelle mon compte
en banque. Mon côté masochiste qui ressort encore une fois. Après il a fallu choisir la couleur de la voiture. Alors on a fait un tour dehors pour regarder les différentes teintes au soleil, mais le nuancier en mains, c'est la couleur des yeux du jeune-homme que je redécouvre. Ils avaient l'air bleus mais en fait ils sont verts. Avec un sourire en coin, je glisse "ah oui, au soleil c'est autre chose quand même". Dehors il fait bon. On parle de météo. Le jeune-homme est détendu, il a fait une affaire aujourd'hui. Quant à moi, je fonds comme un côné glacé sorti du réfrigérateur.
Retour dans son bureau, on plaisante, puis je signe et me dirige vers la sortie, il m'accompagne dehors, je suis éblouie pa
r le soleil. En baissant les yeux vers la flaque poisseuse que je devenue, il dit qu'il ira peut-être faire du vélo après avoir fermé boutique. Moi aussi j'aurais aimé faire du vélo par ce temps-là. Là je me dis que si je ne m'étais pas liquéfiée j'aurais déjà tenté quelque chose, ou au moins jeté une perche, mais je ne suis pas assez audacieuse pour me lancer à la conquête d'un commercial charmeur et manipulateur qui a été recruté pour ses beaux discours et son physique avantageux, qui selon toute probabilité doit vivre depuis six ans avec une fille au physique de top model qu'il a rencontré à son club de gym.
Alors il me dit "à bientôt !", me tend une main que je m'empresse de saisir. C'est l'heure de le quitter, alors je m'en vais mais me retourne une dernière fois pour le saluer en secouant la main comme je le ferais si c'était un ami, et lance "bonne soirée !" avec un grand sourire avant de retrouver ma morne existence, un poids en moins sur le compte en banque mais un poids en plus sur le cœur.

Le soir, c'est concert. Comme d'ha
bitude j'y vais toute seule, j'achète trois tickets pour commander des bières, et je me promène d'une salle à l'autre. J'évite des jeunes ados surexcités qui regrettent que "personne ne pogote", déplorant que "c'est même pas marrant". J'ai un pincement au cœur lorsque je compte qu'il y a cinq ans j'étais à leur place, mes premiers concerts, déjà seule. J'étais alors pas loin d'être la plus jeune du public, et j'avoue que j'en retirais une certaine fierté. Maintenant je ne découvre plus les groupes locaux car je les connais déjà. Je me fais d'ailleurs la réflexion que je les ai découverts dans des salles qui sont maintenant fermées. Misère... J'me fais vieille, je pense au passé. Chercher une bière, me frayer un passage dans le public, me renverser une bonne partie de la boisson dessus à cause d'un inévitable coup de coude, ces gestes sont devenus des réflexes. Mais toujours silencieuse. Personne à part le videur ne me parle. D'ailleurs je ne parle à personne non plus. C'est d'une logique infaillible. Je me contente d'écouter les chansons des groupes locaux, mais j'ai plus l'impression d'écouter des reprises d'artistes dont ils sont fans que leurs propres compositions.
On est en mars. Bientôt je déménagerai. Je m'installerai quelque part en Ile de France. J'irai seule à d'autres concerts voir d'autres groupes locaux. Ça ne me changera guère d'ici finalement. Et au moins j'aurai
une voiture. Couleur "sable bivouac". Comme sa veste.

mardi 10 mars 2009

Bon trimestre, mais un certain manque de maturité...

Mes élèves, dimanche après-midi, en ouvrant leur agenda : "Eh meeerde, y a un contrôle de physique demain, j'ai complètement zappé !! "
Moi, dimanche après-midi, en ouvrant mon agenda : "Eh meeerde, faut que je prépare un contrôle de physique pour demain, j'ai complètement zappé !!"

Pendant ledit contrôle :
Un élève : "Madame, j'ai oublié ma calculatrice, je peux utiliser la calculatrice de mon I-phone ?"
Moi : "Ah bon, y a une calculatrice sur l'I-phone ?"
L'élève : "Ben oui !"
Moi : "Ah oui, tiens, c'est marrant ça... Tu es sûr ?"
Un autre élève, toujours pendant le contrôle : "Mais oui, c'est vrai madame, j'vous jure ça fait calculatrice"
Moi : "Ah ben ok, ça m'étonne un peu, mais bon, puisque vous le dites"
L'élève : "Et alors, je peux sortir mon I-phone ?"
Moi : "Euhh, ben je préfèrerais pas, non... Bon allez, silence maintenant einh !"

Moi, pendant un autre cours : "Et alors, cet atome il dit à l'autre atome : ouais vas-y, donne-moi ton électron ! Donc l'atome qui a piqué l'électron de l'autre, ben il se retrouve avec un signe - et il est content, il est devenu un anion.... Vous avez compris ?"
Les élèves : "..."


Moi : "Et donc un oscilloscope c'est comme l'appareil qui vérifie les battements du cœur de quelqu'un, comme dans Urgences ou Dr House vous savez, quand le gars est mort y a un point qui se déplace sur l'écran en faisant tuuuuuuuuuut ben là c'est pareil sauf qu'au lieu de brancher un gars dessus, on branche une pile de 4,5V, bon c'est sûr, c'est beaucoup moins palpitant.... et ça fait pas de t
uut ..."
Les élèves : "..."

samedi 7 mars 2009

top 6

Le top 6 des plans pour éviter de voir quelqu'un le soir tout en se donnant bonne conscience :

n°6 : envoyer des SMS puis "oublier" d'allumer son portable pendant tout le week-end et ne pas répondre aux mails, puis s'excuser le lendemain en prétextant qu'on était "cloué au lit par une crève" Ce n'est pas la solution la plus élégante je le concède...

n°5 : invoquer une excuse qui fait sérieux mais qui est en même temps invérifiable. Exemple : "je peux pas, j'ai un conseil de classe" ou "je peux pas, je suis de garde en oncologie".

n°4 : donner la confirmation d'un rendez-vous quinze minutes avant ledit rendez-vous, sachant que la personne habite à trente minutes en voiture dudit lieu de rendez-vous.

n°3 : inviter la personne chez soi, sachant qu'on habite un coin difficile d'accès, et non déservi par le tram ou le bus après une certaine heure.

n°2 : proposer des heures de rendez-vous incongrues qui emmerdent tout le monde, si possible autour des heures de repas du genre 18h30 ou 20h, surtout si la personne en question a une vie de couple ou de famille.

n°1 : prétendre qu'on a juste quelque chose à faire "en vitesse" avant le rendez-vous, tout en laissant comprendre que ça va prendre des plombes, histoire de décourager la personne qui s'imagine déjà faire le pied de grue dans le froid. Exemple "Ça marche ! Il faudra juste que je trouve un cadeau d'anniversaire pour Machin, bon, j'ai pas trop d'idée là mais je trouverai bien quelque chose..."

Je précise que c'est du vécu...
Ça fait en effet quelques semaines que quelques personnes et moi jouons à ce jeu-là, sans qu'on admette qu'on n'en a pas grand chose à foutre de savoir ce que les autres deviennent. On se renvoie la balle et les excuses, reste à savoir combien de temps la partie durera.

samedi 28 février 2009

Boulot de merde.

Au projet de mouvement inter académique 2009,
votre affectation est envisagée dans l'académie de :
CRETEIL

Vision d'horreur.
Voilà ce qui arrive pour les connes comme moi qui ne sont pas Pacsées, qui ont réussi leur Capes du premier coup. On est envoyé en banlieue parisienne.

Mais de quoi je me plains ? Le ministère nous a promis cette année qu'on ne pourrait pas être nommé dans un établissement "plan violence" sans l'avoir demandé.
Chouette alors.

J'ai tout d'un coup envie de profiter de la vie que j'ai ici. Je n'ai plus la tête à m'énerver contre mes élèves, je sens que je vais les trouver bien gentils tout d'un coup.
Foutez-moi la paix. Je vais à Créteil. Tout ce que vous direz ou ferez ne peut plus m'atteindre. Laissez-moi, je dois durcir ma carapace.
D'ailleurs j'ai déjà fait des progrès : je ne souris plus. Je serai bientôt prête...

samedi 21 février 2009

Des rails

"Fixe un point, fixe un point...lâche ton verre et fixe un point" c'est ce que je me répète en boucle quand je sens que j'ai la tête qui tourne trop fort, pour éviter de me sentir comme projetée par une force centrifuge virtuelle dès que je ferme les yeux. Pour ne pas passer à l'essoreuse à salade.
"Fixe un point", c'est aussi ce que je me dis quand je marche dans le froid, en sortant du train, en rentrant chez moi, quand j'ai la tête qui tourne aussi un peu, même si je n'ai pas de verre en main. Ou quand je suis à la piscine et que je galère à finir ma longueur en crawl.
J'ai l'impression que je passe mon temps à fixer un point et à foncer dessus, m'employant à atteindre un objectif que je ne me suis pas moi-même fixé. Car s'il y a bien quelque chose que je ne suis pas, c'est ambitieuse. Je me contente d'avancer vers l'inconnu. Je crois bien que j'ai été posée
sur des rails depuis ma naissance, que mes parents m'ont juste donné une impulsion, et que depuis je me contente de rouler toujours tout droit. J'ai bien tenté de dérailler quelques fois, en sabordant moi-même la voie ferrée, j'ai aussi emprunté quelques détours, mais globalement j'avance à pleine vapeur. Je suis juste une putain de locomotive. Sur la voie de la scolarité, je n'ai raté aucune gare. Seulement voilà, je ne sais pas trop où je vais. Je me contente de regarder le paysage d'un air absent. Ah ouais, c'est cool.
J'admire juste les gens qui ont le courage d'entrepr
endre des trucs, les gens qui ont un rêve, qui ont des ambitions, qui agissent, qui provoquent le changement.
Je fixe un point, mais tel un mirage, le point s'éloigne à mesure que j'avance.

Alors en ce moment, quand on me demande "Qu'est-ce que tu deviens ?" je réponds juste "Je grossis". Et c'est la vérité.

Cette photo est extraite du magnifique site de Sam Javanrouh : http://wvs.topleftpixel.com/

samedi 7 février 2009

Ennui

Je viens de me rendre compte que j'ai loupé un super concert hier soir. Ca ne me ressemble pas. Ne plus surveiller systématiquement les soirées et concerts du coin. Ne plus sortir quasiment tous les week-ends, ne plus sortir du tout en fait.
Je suis occupée, je prends trop les transports en commun et la voiture pour avoir encore envie de me bouger les fesses le soir. Moi qui me moquais de ma sœur qui reste cloitrée chez elle dès qu'elle n'est pas au boulot, je fais moins la maligne.
Du coup je ne vois pas le temps passer. Mon forfait téléphonique est à peine entamé. Je n'envoie plus mes fameux messages "ça te dit de boire un coup ?" systématiquement suivis de "ça marche, rdv à 21h", eux-même précédant les "désolée je suis à la bourre, disons 21h30 !", la série se finissant généralement par "putain je ne trouve pas à me garer ! Je suis là dans 10mn, dslée..."
Je ne ressens plus la légère excitation, le regain d'énergie quand on se change et se prépare pour sortir. La joie de laisser courir son imagination sur l'autoroute, ne pas savoir de quoi la nuit sera faite. Oh, généralement, il ne se passe rien d'extraordinaire, mais le doute subsiste toujours.
J'ai perdu la légère culpabilité qu'on ressent quand on commande le verre de trop, celui qui nous fait perdre toute notion du temps et nous coucher à pas d'heure alors qu'on s'était juré que cette fois on ne rentrerait "pas trop tard".
Et surtout, j'ai perdu la rencontre. Bonne ou mauvaise, sensée ou loufoque, celle qui aboutit dans un bar ou au commissariat (véridique). J'aurais passé ma vie à rencontrer et à parler avec des gens croisés n'importe où. Quand j'étais petite, je faisais souvent ce fameux rêve, celui que tout le monde a certainement déjà fait et qui consiste à s'introduire chez les autres en cachette, découvrir leur maison, espionner leur quotidien, faire le tour de toutes les pièces, flâner dans leur jardin : le voyeurisme à l'état pur. En grandissant, c'est un peu ce que je fais mais simplement en parlant avec eux, en partageant un peu de leur quotidien, en découvrant ce qu'ils font dans la vie, entendre deux-trois anecdotes, quelques unes de leurs théories, me faire une idée de leurs goûts.
Je me nourrissais et m'enrichissais de ces foutues rencontres, maintenant je n'ai plus rien à me mettre sous la dent. Alors tel un serpent qui se mord la queue, je n'ai à digérer que mes propres petits soucis quotidiens. Et je suis proche de l'indigestion.

Et pourtant, je suis une grande habituée de l'ennui. A l'époque du collège, je passais toutes mes longues journées d'été à m'ennuyer avec une amie. S'ennuyer à deux, c'était mieux que de s'ennuyer toute seule. Nous avons tout tenté pour vaincre l'ennui. Des jeux vidéos qui ont fini par nous lasser aux sorties à vélo pas vraiment palpitantes, en passant par toutes les parties de cache-cache dont les possibilités étaient forcément réduites à deux.
Mais nous étions jeunes alors nous avons fait ce que tous les enfants font quand ils s'ennuient : très vite, nous avons donc entrepris de faire toutes les bêtises possibles et inimaginables qui nous traversaient l'esprit. Nous avons commencé par les blagues au téléphone, mais nous avons été coupées dans notre élan le jour où une minute après avoir raccroché le téléphone, pouffant encore, celui-ci a sonné. C'est à cette occasion que j'ai découvert avec stupeur l'existence de "l'affichage du numéro".
Une de nos grandes activités a ensuite été l'entreprise d'écrasement de marrons par les voitures circulant dans le quartier, ceci nécessitant mine de rien toute une organisation. Nous nous rendions ainsi sur une place où trônaient quelques marronniers, récupérions des marrons que nous disposions à des endroits stratégiques dans la rue, puis nous nous postions
quelques mètres plus loin et attendions avec impatience qu'une voiture passe et écrase nos marrons. Ceci se jouait au centimètre près ! Le suspense était intense, nos stratégies s'amélioraient de jour en jour. Si notre marron s'en sortait indemne, on retournait dans la rue le déplacer légèrement. Il fallait donc surveiller les roues des voitures, pour bien ajuster la position du marron. Quelle victoire lorsque nous entendions le fameux "sproutch" résultant de la pulvérisation du fruit sous les roues de la voiture qui passait par là ! Après des semaines d'activité, le bitume était incrusté d'une purée jaunâtre, ce qui ne manquait pas d'intriguer le voisinage. Nous sommes donc passées à autre chose.
J'évoque rapidement la construction d'un pont sur le ruisseau du village à partir de tôles coupantes que nous avons "empruntées" sur un chantier voisin, ainsi que la récolte de cerises sur tous les arbres du coin, et enfin, la confection de gâteaux au chocolat et munster qu'on devait ensuite manger : celle qui vomissait avait perdu.
Je crois que la plus grande aventure que nous ayons eue, c'est la découverte et l'exploration d'un fort ayant servi de bunker pendant la seconde guerre mondiale. Le paradis de toute une génération d'ados. Les rumeurs allaient bon train quant à la population qui traînait par là-bas. On parlait de skinheads, de dealers, de rencontres sordides et dangereuses. Il n'en fallait pas plus pour que nous y fourrions notre nez. Au début, nous n'avons rencontré personne dans les couloirs sombres et tagués du bunker. Il n'y avait rien à part des débris de verre et des canettes de bière. Nous avons donc entrepris d'explorer au fur et à mesure ce site interdit, s'enfonçant chaque jour un peu plus loin dans les boyaux du fort, jusqu'à ce que nous tombions sur un groupe de garçons. C'est là que l'aventure a réellement commencé. On a essayé de nous virer, gamines que nous étions, mais c'était mal nous connaître. A l'époque mon amie était déjà terriblement butée et combative, pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, et pour ma part je me donnais des airs de garçon manqué aventureuse. Ils nous ont donc vite adoptées, ne pouvant pas se débarrasser de nous. Et nos journées consitaient à faire des parties de cache-cache dans le fort, jusqu'au jour où nous avons dû jouer à cache-cache avec les gendarmes à qui on avait signalé la présence d'adolescents dans cet endroit interdit d'accès. On a donc vite déguerpi, et n'y sommes plus retournées. De toute façon, on avait fini par découvrir que les garçons avec qui nous trainions se revendiquaient "nazis" et cherchaient en fait à déterrer des "armes" supposées être enfermées quelque part dans le bunker.

Mais aujourd'hui toutes ces "aventures" sont loin derrière moi, et je m'ennuie à nouveau. Alors pour tuer le temps, je raconte ma vie sur mon blog.
Palpitant...