jeudi 3 juillet 2008

Dans les nuages

Ce ne sont même plus des volutes de fumée, c'est un véritable nuage qui s'élève dans les airs au-dessus de ma tête. Un champignon atomique aux puissantes senteurs suspectes. Il est 11h40 et il y a cinq minutes j'étais angoissée, d'ici vingt minutes ça devrait s'arranger. Je n'arrive pas à me concentrer.
En relisant mes cours, je venais encore de m'apercevoir que j'ai fait des erreurs. Comme pour enfoncer le couteau dans la plaie, j'ai ressorti le sujet de dessous une pile de papiers brouillons raturés, griffonnés, où s'étalent des formules, des schémas, des flèches. Les parenthèses dansent devant mes yeux, les numérateurs se superposent aux dénominateurs, je n'arrive pas à fixer mon regard sur une ligne de calcul sans que celle-ci se dérobe. Je fourre donc le tout dans la corbeille, saisis le sujet, l'ouvre à la bonne page, et, le cœur battant, constate une fois de plus que je me suis gourée. J'ai répondu totalement à côté, j'ai confondu... Remarque, je savais que je n'étais pas au point à l'époque. Avec une curiosité malsaine, comme pour en avoir le cœur net, j'en profite pour tourner d'autres pages, relire d'autres questions, les trouver maintenant d'une évidence presque enfantine, consternée devant ma propre bêtise. Comment ai-je pu répondre à côté ? Je crois que c'est l'angoisse, la panique, le manque de pondération. Je me revois encore parcourir avec fébrilité le sujet, sauter des lignes, tourner violemment les pages, cherchant désespérément des données qui figuraient pourtant dans l'en-tête que j'avais omis de lire, flanquant ma trousse par terre, perdant des morceaux de brouillon, rajoutant une troisième couche de Typex sur la même ligne, gravant une dernière version au Bic bleu... Ce putain de stress qui fout tout en l'air, qui m'empêche de travailler sereinement et efficacement.
Alors je me réfugie dans des volutes qui ne ressemblent à rien. Comme ces heures de travail évaporées, toujours le même incendie amorcé par l'angoisse et entretenu par la panique.

La fumée tourbillonne et mon angoisse s'envole, entraînant aussi toute mon énergie dans son élan pour laisser la place à la lassitude.
Quand on est un peu défoncé on devient tendre. Je regarde d'un œil vide mon portable, et envisage d'envoyer des messages dans les airs. Seules des ondes électromagnétiques sont capables de percer ce voile de nuages car je n'ai plus la force de le disperser... Des phrases, des mots comme on est capable d'écrire avec mélancolie, des "j'ai envie de te voir". Et puis finalement non. Encore trop lucide pour ça.
Je m'écroule dans le fauteuil à côté de la fenêtre et regarde les nimbus et les cirrus. Besoin d'agir mais trop assommée pour ça, je me relève avec effort pour m'étaler deux mètres plus loin dans mon lit.
J'ai vraiment envie de le voir. Mais pas avec eux, juste nous deux, je n'ai pas envie de te partager, je suis trop égoïste pour ça.

F. me reprochait de "fractionner" mes amis et relations, de ne pas les mélanger. Lui il adore réunir tout le monde, faire se rencontrer des gens, moi non. J'aime trop me faire chouchouter, j'aime qu'on s'occupe exclusivement de moi, qu'on ne parle qu'à moi, je ne veux pas être perdue parmi un tas de personnes dans un brouhaha ambiant. Je m'arrange donc toujours pour quitter un rendez-vous pour un autre, tout recommencer pour encore revivre la rencontre, multiplier les bises, les quoi de neuf, les comment tu vas, et remettre le compteur de bières commandées au bar à zéro.
Je préfère donc que tu ne les voies pas encore, je veux te garder pour moi toute seule encore un peu, avant que F. ne te mette le grappin dessus l'an prochain quand il aura rejoint notre promo. J'aimerais pouvoir te voir sans qu'il nous rejoigne, sans qu'il "s'incruste" avec ses gros sabots, lui qui trouve tellement naturel de tout partager, tout vivre ensemble.
Je ne veux pas exister "ensemble".

Je finis par chasser la fumée, balayant l'air de gestes amples avant de me résoudre à ouvrir la fenêtre malgré la chaleur de ce midi. Je n'ai d'ailleurs pas très faim.

Je passerai tout l'après-midi dans un état d'errance pitoyable, essayant de travailler malgré mes neurones embrumés, devant attendre 20h avant de retrouver un peu d'énergie. Mais à quoi ça sert d'avoir de l'énergie pour aller se coucher ?



>C'est une photo un peu retouchée que j'ai prise alors que mon appareil rendait l'âme...<

samedi 28 juin 2008

Manipulations


C'est quand j'ai commencé à trouver ce mec en train de manger une paëlla à la terrasse du Resto U carrément sexy que j'ai pris conscience que j'étais sérieusement en manque d'affection.
Je suis presque devenue une pile électrique, prête à sauter sur tout ce qui bouge et qui n'est pas à côté d'une belle blonde, ou sur toute belle blonde qui n'est pas à côté d'un beau brun, chose plutôt rare en ces temps qui courent.
La dernière fois, je me suis pourtant entrainée à aborder un mec, mais c'était pas compliqué, pour une fois il était encore plus timide que moi. Et comme c'était le bassiste du groupe qui venait de jouer et qu'on était cinq dans le public, j'ai profité du fait qu'il était tout seul dehors pour lui faire la causette. De plus, je voyais bien qu'il me regardait du coin de l'œil depuis un moment sans oser me parler, alors j'ai pris les devants. Puisqu'il n'est pas de la région, je ne risquais pas grand chose. On a quand même plus ou moins échangé nos adresses mail (je dis plus ou moins car en fait je lui ai dit que je laisserai un message sur leur page myspace comme on fait quand on est super à la mode). Pendant deux semaines on s'est écrit de temps en temps, et depuis presque un mois, plus de réponse... Flûte alors.

Il y a des gens qui interprètent tous les
regards qu'on leur lance comme des invitations à la débauche. Moi non, ou plutôt, je saisis ça comme une invitation à la rêverie et me fais des films dans ma tête, me demandant si ça pourrait être le thème d'un message sur ce blog, imaginant les belles phrases spirituelles que je pourrais écrire, tout en passant mon chemin.

Il faut dire que ça remonte peut-être à mon
adolescence ingrate, et ces années passées avec pour visage le reflet d'un champ de bataille digne de la première guerre mondiale, terreau où s'épanouissaient allègrement des dizaines et dizaines de boutons gorgés de sébum et prêts à éclore. J'étais une exception parmi ces jeunes filles à la peau fine et impeccable que venait parfois "défigurer" un petit point noir. Et quand je dis champ de bataille je n'exagère pas, car bien entendu je m'acharnais dessus : je les "manipulais" comme disait avec un euphémisme emprunt de pudeur la dermatologue que j'ai fini par consulter après des mois de désespoir. Toujours est-il que malgré mes tentatives pour me cacher derrière mes cheveux, je ne pouvais m'empêcher, lorsqu'il m'arrivait de croiser le regard de passants, de penser (sûrement à raison) qu'ils me fixaient car attirés par mon visage défiguré, couvert de cratères et de pustules. Évidemment, maintenant je suis très loin d'avoir une jolie peau, j'ai d'ailleurs abandonné cette idée quand j'ai constaté que les boutons, en disparaissant ont laissé la place à de belles cicatrices, le genre de défaut qui passe tout juste si on s'appelle Johnny Depp...

Vous allez me dire, ouais mais y a pas que le physique dans la vie, faut pas faire une fixation sur tout et n'importe quoi.
Alors oui je suis certainement une fille "formidable", je ne le sais certainement pas, je me rabaisse certainement, et je suis certainement persuadée à tort que tout les autres ont bien plus la classe que moi et que par conséquent ils méritent d'être accompagnés d'une belle blonde ou d'un beau brun. Mais en attendant, j'me fais grave chier.


dimanche 22 juin 2008

finalement

Encore des SMS qui commencent par "Finalement".
J'ai horreur de ça, surtout quand je viens à peine de grimper dans la voiture après avoir changé de tenue cinq fois, essayé trois débardeur, deux chemisiers, pour finalement me décider pour mon vieux T-shirt. Une valeur sûre.
J'ai juste passé 30mn à mettre de la crème sur mon visage, me maquiller, enlever la crème parce qu'avec la ch
aleur c'était teint luisant assuré, mettre du gel puis rincé les cheveux parce qu'il colle trop, puis remettre de la laque.
Je venais de glisser un CD joyeux dans
le lecteur, j'étais en train de chantonner gaiment, le coude dépassant de la fenêtre, lorsque je sens quelque chose vibrer dans ma poche droite. Sous le coup de la surprise et du stress je suis un peu montée sur le rond-point dans le virage.
Une fois sur l'autoroute je lis le message.
Comment ça "Finalement je vais à ... " ? C'est où ça ?
Je soupire.
Finalement... ce mec me ressemble, capable de tout lâcher à la dernière minute pour enfourcher son vélo et faire un tour juste parce q
u'il fait bon dehors. Un putain d'oiseau libre. Qu'est-ce que je peux y faire ? C'est ça, enfuis-toi va. Envole-toi mais arrête avec les promesses. Des paroles en l'air, des plans évasifs, des "si" des "quand", du futur à toutes les sauces, me font me sentir tellement légère, puis tu conclues lamentablement par un sale "finalement" et j'atterris.
Je change de CD.


Les rues sont bondées, il fait une chaleur éto
uffante. Des grappes de flics, des camions de pompiers, de la Croix Rouge. Des lumières rouges, bleues, des tas de gens, des litres de Meteor, des centaines de papiers par terre, on sentirait presque les vapeurs d'alcool émaner du sol.
Finalement je rejoins L. sur les quais.
Toujours le même bateau. Accoudée à la rambarde extérieure à défaut d'être accoudée au comptoir, je regarde les mecs fair
e leur show.
Toujours le même principe. Des garçons tout de noir vêtus, jean râpé juste ce qu'il faut, barbe de trois jours et mèche noire, san
s oublier la fameuse étoile sur les godasses aux bouts blancs. Je ne me suis pas encore lassée du tableau. Il y en aura toujours un qui me fascinera dans le lot, avec son look de jeune rebelle.
Et me voilà une bouteille à la main, sirotant de la bière tiède. Le chanteur est la réincarnation de Ian Curtis qui chanterait comme Pauls Banks.
Finalement L. achète leur album, moi n
on : j'ai déjà tous les albums d'Interpol, merci... Il fait presque nuit maintenant, et un homme vient de sauter dans le canal. Un bateau mouche rempli de touristes passe. Je pense à Jeff Buckley et à cette chanson. Cette chanson que j'étais la seule à connaître il y a cinq ans et qui passe actuellement sur toutes les radios. Le monde se réveille et redécouvre Jeff Buckley treize ans trop tard. Amen.
J'aperçois Th. en bas, mais cette fois je ne cherche plus son regard. Je fais très bien semblant de ne pas voir les gens. Tellement bien, que comme ce n'est absolument pas crédible, voire d'un ridicule pathétique, je finis par inspirer le mépris de la personne à éviter face à mon comportement hautem
ent puéril. Il ne fait donc pas non plus d'effort pour me parler, ce qui m'arrange bien étant donné que la dernière fois que je l'avais croisé, il m'avait serrée avec autorité dans ses maigres bras de géant, m'obligeant presque à me débattre pour lui échapper. C'était la première fois que j'avais vraiment peur d'être dans les bras de quelqu'un, des bras dont je ne voulais pas et qui pourtant s'imposaient, profitant de leur force et de la situation.

Tiens, je vibre, finalement un nouveau SMS est arrivé.
Finalement l'oiseau rentre dans sa cage, p
as si libre que ça... J'insiste pour qu'il vienne au moins me dire bonsoir. Vingt minutes plus tard il me trouve, je planque ma bouteille de 75 cl où clapote un petit fond, je vais essayer de passer pour une gentille fille cette fois.
Comme souvent, on marche un peu à travers la ville, parmi la foule qui gronde. Ouvrant le chemin, il tend la main derrière lui en protecteur pour ne pas me perdre en cas de bousculades. Deux ou trois fois il me prendra le bras afin de m'éviter un désagrément quelconque. On parle mais je lui coupe souvent la parole, l'alcool ayant quelque peu occulté mon sens de la polites
se et décuplé mon enthousiasme. J'aurais tellement aimé qu'il se confie à moi, mais je suis bien trop bavarde et grisée par l'ambiance pour pouvoir l'écouter. Je me rendrai compte seulement le lendemain que je devais être insupportable, ramenant tout à moi moi moi. Et moi c'est pareil, et moi un jour, et une fois moi j'ai fait, moi je...je moi.
L'heure avançant, de plus en plus de jeunes gens titubent dans les rues une bouteille à la main, ou s'affalent sur les trottoirs pourtant déjà jonchés de détritus.
Il m'accompagne finalement jusqu'à ma voiture, puis tels des gamins qui se raccompagnent à n'en plus finir oscillant entre
deux foyers jusqu'à ce qu'une de leur mère exaspérée les appelle, je l'ai à mon tour reconduit chez lui. Une dizaine de minutes plus tard, ma poche droite vibre à nouveau, me faisant presque caler au feu rouge. C'était pour me souhaiter une agréable nuit.

Finalement, c'était une bonne soirée.




mardi 17 juin 2008

Loser

Je ne l'ai pas tout de suite remarquée, posée contre le mur intérieur gauche.
C'est une librairie où on vend des bandes dessinées d'occasion devant laquelle je m'arrête machinalement chaque midi. Comme tous les jours, mon regard parcourait les étagères à la recherche de nouveautés. La plupart du temps je ne connais aucune des BD qui sont présentées, à part les classiques Tintin qui servent à attirer le chaland.
On peut donc y laisser les bandes dessinées dont on ne veut plus contre une somme symbolique qui ne suffira même pas à acheter une autre œuvre dans la boutique.

Et donc à force de scruter les titres, mon regard a fini par se poser dessus. Elle était là, celle que je lui avait offert pour Noël. Faut-il croire au hasard ? Cette bande dessinée n'est pas si connue que ça, et je sais très bien qu'il fréquente la librairie. Sur le coup j'ai failli rentrer, j'aurais pu demander au vendeur à quoi ressemble la personne qui a voulu se débarrasser de cet ouvrage, mais c'était vraiment trop ridicule. Je n'ai pas envie de passer pour une cinglée paranoïaque.
D'un autre côté, je veux bien comprendre qu'il ait voulu se séparer de cette bande dessinée. Et d'une, c'est moi qui lui ai offert, et de deux, dans un contexte pas tellement réjouissant. Et de trois, il est tellement dans la dèche que je suppose que 5€ suffiraient à lui rendre la vie plus agréable (on peut presque se payer un café ET un kir avec !) S'en débarrasser et en retirer de l'argent, quel esprit pragmatique ! Je n'aurais pas fait mieux.

Sauf que moi je suis plutôt contente du bouquin qu'il m'a offert pour mon anniversaire. Mais mon cas est différent, et bien plus pervers : ça m'est totalement égal. Je regarde cet objet avec indifférence comme je regarderais une babiole et je le feuillette avec plaisir, détachée du moindre souvenir qu'il pourrait m'évoquer. Et ouais mec, moi je suis froide, je n'éprouve aucun sentiment et je n'en ai jamais éprouvé. D'ailleurs ne m'a-t-il pas jeté à la figure sur un ton glacial, alors que j'étais encore en train de m'excuser, qu'il me souhaitait quand même de tomber amoureuse un jour ? J'ai trouvé ça un peu narcissique sur le coup. Genre oh mec, t'es pas le centre du monde, c'est pas parce que je ne t'aimais pas que je ne pourrai jamais aimer personne !

Maintenant mon compte est réglé, il ne m'aime plus, il a vendu ma BD. De toute façon je le comprends, je l'avais bien choisie, avec beaucoup d'ironie, de raillerie et on pourrait même penser à un peu de mépris...
Finalement, il a bien fait de le vendre son Loser


mercredi 11 juin 2008

Explosion is the sky

Mon ventre va exploser. Je le sens. Hier encore S. me rappelait qu'on avait quelque chose comme dix mètres d'intestin grêle. Dix mètres einh...
Déjà à l'école primaire je souffrais régulièrement de maux de ventre violents et contre lesquels tous les médicaments s'avéraient inefficaces.
Une crampe soudaine me reprend alors que j'écris ces mots. Ça commence près du nombril, et la douleur lancinante se répand jusqu'à me donner la nausée. Cette douleur est toujours la même au fil des années. Je la connais par cœur. Généralement ça va, ça vient, jusqu'à ce que ça soit tellement insupportable que je cours vomir aux toilettes.
Et après, ça va mieux. Comme le calme après la tempête, je peux me recoucher et être sure de dormir sereine quelques heures jusqu'aux prochaines terribles crampes. Ce sont ces rares moments que j'ai appris à apprécier. L'absence de douleur, le contraste avec les minutes précédentes au cours desquelles je me tordais de douleur dans mon lit, le front en sueur, les larmes aux yeux.

On va me traiter de masochiste, mais je suis sure que des fois ça vaut le coup d'avoir bien souffert pour simplement connaitre la paix. N'est-ce d'ailleurs pas cet état que recherchent les grands sportifs ? Je connais plus d'un mec qui adore suer comme une bête sur un vélo en plein été, et grimper des côtes rien que pour le plaisir de la redescendre ensuite fouetté par le vent. Pourquoi se compliquer la vie ? Moi je dis, un bon mal de ventre....

D'ailleurs je semblais tellement souffrir que les médecins avaient peur qu'il ne s'agisse d'une crise d'appendicite. Ça m'arrivait surtout le soir. C'était un tel tralala que mes grandes sœurs ont même écrit il y a une dizaine d'années un poème à ce sujet, dont je me souviens encore :

"
La nuit, quand je t'entends vomir
Je n'ai pas envie de rire
Mais plutôt de me rendormir".
Tu parles d'artistes... C'est beau la compassion entre sœurs.

Puis sont apparus ces cauchemars récurrents. Je suis sur les toilettes et je perds des morceaux de mon gros intestin dans la cuvette. Je prends une douche et c'est mon intestin grêle qui se fait la malle par la bonde....

Des années plus tard, résignée, je sais qu'il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre plus ou moins allongée dans mon lit. Attendre que ça passe. Peut-être aller vomir de temps en temps.
Au début je croyais encore en le pouvoir de la médecine. J'ai TOUT essayé. Une fois j'étais tellement mal que j'ai pris en une fois un cocktail de médicaments tous préconisés contre le mal de ventre. J'ai gobé cinq gélules d'un coup. Évidemment, je vomissais le tout dix minutes après.
On a cherché toutes les causes possibles de cet enfer. Peut-être que j'ai bu de l'eau trop froide après un effort. Ou de l'eau trop chaude ? Mangé trop vite ? Avalé trop d'air ?

Puis finalement on est devenu blasé. Qu'est-ce qu'elle a ? Oh, un "mal de ventre explosif", oui car c'est ainsi que j'ai baptisé ce phénomène étrange il y a déjà des années...



jeudi 5 juin 2008

Mais pourquoi ?

Il y a des jours comme ça, où on a vraiment l'impression qu'on ne sert à rien, et que tout est vain. Aujourd'hui est un de ces jours. Et en plus, il pleut, vous voyez le tableau. Mes paupières sont lourdes, j'ai l'impression d'avoir des poches sous les yeux qui tirent tout le haut de mon visage vers le bas, comme si je venais de pleurer. Si je lève les yeux, c'est pour regarder dans le vide.
Je n'ai jamais vraiment su mentir, c'est pourquoi j'ai du avouer à ma mère que oui, j'ai bien perdu mon lecteur MP3 à 119€ lors de mon voyage en Turquie. Elle se doutait bien de quelque chose, et mon air gêné suivi de mon ton agressif quand elle a parlé du lecteur l'ont mis sur la piste... J'espère qu'elle ne va pas me demander ce que je cache dans ma table de nuit...
A part ça, aujourd'hui j'ai décidé que tout m'énervait. A commencer par cette minette dans la rue, dont le cul fait une bonne moitié du mien et qui a les cuisses épaisses comme mon bras. Genre la nana quand elle s'assoit, c'est pas ses fesses mais son bassin qu'elle pose sur la chaise. Ensuite il y a le clodo qui n'a plus de jambes, il est toujours là sauf qu'aujourd'hui sa bouteille de vinaigre qui contient tout autre chose que de l'acide acétique, a roulé par terre loin de son fauteuil roulant. Vas-y pour la ramasser, tiens. Lorsque je passe devant lui, essayant de l'ignorer au maximum, il tente d'articuler de sa voix gutturale quelque chose qui ressemble à
"grrrmadmoisellezauriezpasunecigaretterrrrr". Mouais. De toute façon sa vie est complètement foutue, je me demande bien à quoi lui servirait de l'argent dans l'état dans lequel il se trouve. Peut-être qu'il essaye de se tuer à petit feu...

E. me raconte comment son colocataire a trouvé leur chat écrasé sur le bitume, sous la fenêtre de leur appartement du 4ème étage. La façon dont il décrit ce pauvre chat me fait rire malgré moi. Je ne peux m'empêcher de me représenter la bestiole étalée telle une crêpe, style dessin animé, même si à cause de mon fou rire je risque fort de passer pour une fille cruelle et sadique.


Donc aujourd'hui rien ne marche. L'ordinateur plante, je n'arrive à rien enregistrer, il ne reconnaît pas la webcam, l'image est de toute façon pourrie et non seulement l'énergie mécanique de la bille ne se conserve absolument pas mais en plus elle augmente ! Et comment j'explique ça moi ? Soit je suis le nouveau Prix Nobel puisque j'ai créé de l'énergie en laissant tomber une bille, soit je suis juste une merde en physique.

Je m'en sors par une parade, on dirait que le jury apprécie mon humour. Il me dit : si tu fais ça à Paris c'est OK.
Paris putain. Je ne suis jamais allée à Paris, je n'ai jamais visité Paris, et la première fois que j'y vais, c'est pour passer l'oral d'un concours national. Bonne ambiance. Moi qui pensais y aller un jour pour connaître des soirées de débauche et visiter des musées avec une gueule de bois, c'est raté...
En plus, si je veux le réussir ce concours c'est plus par fierté qu'autre chose. Parce que si je l'ai, je me retrouve à 23 ans à enseigner de la physique-chimie à des collégiens d'une zone "Ambition Réussite" à Créteil... Trop de la balle. Enfin, j'espère que nos ministres auront la présence d'esprit de supprimer définitivement cette matière : tout le monde sait que c'est de la merde la physique-chimie. En plus ça sert à rien, on comprend rien.. D'ailleurs il n'y aura même pas besoin de la supprimer : puisque de toute façon personne n'aime ça, personne ne choisira cette matière (oui parce que maintenant on a le choix...) donc ça deviendra sûrement une "option" et ça finira par crever. Et pis tout le monde s'en branle de savoir pourquoi y a des arcs en ciel, ou pourquoi le sucre se dissout dans le café, ou pourquoi quand on met des glaçons dans un verre rempli à ras-bord, le verre ne déborde pas quand le glaçon fond, ou comment on sait si un vin à 8° c'est la même chose qu'un vin à 11%, ou pourquoi on envoie les fusées de l'équateur, on pourquoi l'eau boût à 94°C en altitude, ou comment on transmet des infos par fibre optique, ou pourquoi le soleil ne se "lève pas à l'est", ou pourquoi des ondes peuvent chauffer un plat, ou pourquoi quand une ambulance arrive vers toi, tu entends la sirène aigüe puis grave quand elle s'éloigne, ou pourquoi même on arrive à entendre de la musique, ou pourquoi la Lune ne tombe pas sur la Terre, ou pourquoi les feuilles sont vertes en été et jaunes à l'automne, ou pourquoi quand la patineuse écarte les bras elle tourne moins vite, ou pourquoi dans le vide un éléphant et une plume tombent à la même vitesse...

Merde quoi !

vendredi 30 mai 2008

Admissible

Il y en a qui préfèrent rester chez eux, le site Publinet pour fond d'écran, à appuyer sur F5 toutes les cinq minutes pour réactualiser la page.
Il y en a d'autres qui continuent à aller en cours comme si de rien n'était, histoire de s'occuper l'esprit. Moi je fais partie de cette deuxième catégorie de personnes : les anxieux fatalistes. Les gens qui angoissent en silence en préférant penser que tout est déjà joué de peur d'être déçus.
Des fois mieux vaut ne pas savoir. Vivre dans le doute ne m'a jamais gêné. Une vie à base de "peut-être" "pourquoi pas" et "on verra bien".

S. pose affectueusement sa main sur ma nuque, m'enserrant doucement le cou tandis que je fixe mes pieds. Les gouttes de pluie claquent dans les flaques où stagne encore l'eau du dernier orage, et pourtant je suis en débardeur. Mais j'ai un parapluie et pas lui. Je pense à la chanson de Brassens. Mon épaule droite est humide parce que le parapluie est trop petit, et mon épaule gauche est collée contre son bras nu parce que le parapluie est trop petit. C'est certes agréable mais j'efface tout de suite l'hypothétique micro-espoir qui germe dans ma tête.

Un coup de fil de ma sœur auquel je ne réponds pas, ce n'est pas le moment : laisse-moi rêver éveillée encore un peu. Puis mes parents tentent de me joindre.
Tu es admissible qu'ils me disent.
Un autre SMS tombe. Toujours la même nouvelle. Deux sources différentes, ça ne peut être une erreur. Une bonne et une mauvaise nouvelle à la fois : la mauvaise c'est que du coup je ne pars plus en vacances et qu'il va falloir se remettre d'urgence au boulot, et ça ne va pas être de la tarte vu le retard que j'ai pris ; et la bonne c'est que même si je me plante j'aurais vécu ça une fois, je saurais comment travailler et m'améliorer pour peut-être réussir la prochaine fois.

S. est aussi admissible. Ça me fait plaisir pour lui. En marchant côte à côte sous la pluie on ressemble à deux personnes heureuses et soulagées pour la même raison. Je ne m'y attendais pas. Je sais que c'est loin d'être gagné mais je sens poindre une nouvelle sorte d'hypothétique micro-espoir que je ne connaissais pas encore.




mercredi 28 mai 2008

Merci pour

Il ne faut jamais me laisser à moitié bourrée face à un livre d'or, et surtout pas avec un stylo dans la main droite. Ils auraient dû le savoir pourtant... Enfin non, ils ne me connaissent pas encore assez.
Toujours est-il qu'après ça donne n'importe quoi et qu'entre deux commentaires affectueux et bien pensant de la part d'ancien collègues tous présents à ce pot d'adieu, il y a quelques lignes totalement hors de propos écrites à la va-vite par une étudiante. Un livre d'or à presque 50€ merde ! A
vec la couverture en cuir usé genre vieux grimoire, et il faut que j'y foute ma merde au bic noir.
Ça commençait bien pourtant :
  • Merci pour
furent mes premiers mots. Ensuite j'ai bloqué. Le stylo en l'air, le cerveau anesthésié par tout le crémant. Merci pour quoi au juste ? Merci pour tout ? Non c'est trop naze, Merci pour votre patience, quelqu'un l'avait déjà marqué. Merci pour tout ce que vous nous avez appris, en même temps c'est son boulot....
C'est dingue, pourtant j'en écris des choses sur ce blog, et là je coince bêtement sur un livre d'or où il suffit juste d'écrire des banalités mielleuses...

Au bout d'un moment, le regard des gens autour de moi finit par être attiré par mon bic noir toujours en lévitation, et mon air ahuri, telle un élève de cinquième devant une équation du troisième degré. On s'approche, on m'entoure même, on lit par-dessus mon épaule, riant de ma situation désespérée
.
  • Merci pour

Il fallait marquer quelque chose, n'importe quoi, mais vite car des gens s'impatientaient. Comme je n'avais toujours pas d'inspiration, j'ai fini par faire ce que je fais très bien d'habitude : parler de moi e
t me moquer de mon binôme de TP... La honte.

Deux heures après, le ventre et la vessie bien pleins, on avait envie de continuer la soirée. Heureusement, M. avait encore des bières dans son sac. On a donc posé nos fesses devant l'entrée de la fac, une bouteille dans la main chacun, parlant de tout et de rien. La soirée est belle et très chaude : je suis en T-shirt et me crois en vacances.
Nos bières finies sont alignées au centre du cercle que nous formons à cinq, et S. s'amuse à jeter des graviers dans les bouteilles vides, mais comme il fait nuit on n'y voit pas grand chose.
Finalement on se décide à se lever pour finir la soirée ailleurs sur une terrasse près des quais. J. bascule sa tête en arrière et souffle lentement la fumée de sa cigarette par la bouche. Je le regarde, pensive, savourant ces instants si rares où on ne pense plus à rien qu'à notre bien-être égoïste.
Je suis décidément faite pour me vautrer lascivement sur une chaise, un bras derrière le dossier et l'autre tendu en direction de mon verre, la tête penchée et souriant à un beau garçon ass
is en face de moi.

Ce sera seulement chez moi que je prendrai conscience qu'on n'est que lundi et que je devrai me relever dans quatre heures. Pour l'instant je suis juste bien.



samedi 24 mai 2008

Démasquée ?

Et depuis quand tu m'évites ?

Peut-être depuis que tu es tombé sur mon blog la seule fois où je n'avais pas pris la peine de supprimer l'historique sur l'ordinateur de la salle de chimie ? C'est ça et tu n'oses pas me le dire einh... C'est de ma faute, mais tu n'avais pas à fouiner pour regarder les pages que j'ai consultées. La curiosité est un vilain défaut !
Mais si c'est effectivement le cas, je comprends que tu sois un peu embêté, d'autant que je parle de toi... Alors tu as flippé : tu crois que je crois que.... Et c'est certainement un peu violent comme presque premier contact. On commence à peine à faire gentiment connaissance, et voilà que tu es confronté à la dure réalité, que tu as droit en vrac à un aperçu de ce qui se mijote dans mon cerveau, sans l'autocensure habituelle lorsqu'on passe par la parole. Ça doit être difficile de faire semblant de rien de peur de me faire paniquer si tu me l'avouais.
Parce que c'est sûr que j'ai un peu paniqué quand tu m'as dit dans l'après midi, d'un air dégagé alors que j'étais dans la salle info en train de consulter mes mails : "Hey, on n'a pas le droit d'ouvrir un blog !" J'ai tout de suite essayé de me souvenir si quelques heures auparavant j'avais bien cliqué sur "Outils - Effacer mes traces", incapable de trancher. Puis j'ai espéré que tu disais ça pour plaisanter, comme toujours, et que ce n'était qu'une "simple coïncidence"...

J'ai ensuite été tentée de contrôler l'accès à ce blog, en autorisant certaines adresse à pouvoir le lire, mais par principe je ne préfère pas : c'est trop pénible de devoir s'identifier à chaque fois.
Et après tout tant pis si tu me lis. A la limite je m'en fiche, comme j'ai une très grande capacité à oublier certaines choses et à faire comme si de rien n'était ça va être très facile pour moi de continuer à écrire ce que je veux à propos de qui je veux tant que ça m'inspire. Et tu devrais être flatté de m'inspirer. Mais ne t'en fais pas, je vais bien vite m'en lasser comme je me lasse de tout ce qui n'est pas tout nouveau tout frais. Je te rassure tout de suite, je n'ai pas l'intention de retranscrire toutes nos conversations, ce n'est donc pas la peine de ne plus répondre à mes SMS ni de soigneusement éviter de me parler en tête à tête.

Ne considère pas ce blog comme mon journal intime inviolable (le net est tout sauf intime), mais plutôt comme une distraction pour moi. Je n'ai pas
besoin d'écrire, je trouve simplement ça amusant. Vois plutôt ça comme un essai, une façon se baser sur des anecdotes un peu arrangées : la réalité n'est que le canevas à partir duquel mon imagination brode. Je ne pense pas 100% de ce que j'écris, tout comme je ne dis pas 100% de ce à quoi je pense.
Je te disais il y a quelques jours que j'ai presque en permanence la tête dans les nuages. J'aime tellement rêvasser qu'un jour je me suis dit qu'il faudrait que j'essaye de noter tout ça car c'était dommage que mes pensées partent en fumées et s'évaporent bêtement sans laisser de trace.

C'est maintenant chose faite.
Tu as même le droit de laisser un commentaire...


mardi 20 mai 2008

Je marche tu marches nous marchons

Marcher à ses côtés me rappelle le temps de l'école primaire lorsque je rentrais à pieds avec Julien le soir. C'était une habitude qui a duré quelques mois, peut-être même une année, je ne saurais le dire... Et malgré ce rituel, il persistait à me poser tous les jours la même question : "On rentre ensemble ?" Pour l'accompagner le plus longtemps possible je prenais un chemin bien plus long et compliqué que celui que j'empruntais seule. Ça ne me dérangeait absolument pas de gravir ces marches interminables pour finalement redescendre la rue un peu plus loin.
Marcher en compagnie d'un garçon reste aujourd'hui une source de bien-être telle que je cherche toujours à prolonger ces doux instants si rares.
C'est ainsi qu'à midi j'ai accepté de faire un immense détour juste pour le plaisir de l'accompagner, de parler de tout et de rien. S'il savait à quel point j'ai trouvé cette balade voluptueuse il me prendrait certainement pour
une déséquilibrée frustrée... Et pourtant ça n'a rien d'extraordinaire en soi de marcher avec quelqu'un mais ces dernières années ont rendu cette banalité si exceptionnelle pour moi que ça me met presque dans tous mes états, d'autant qu'il est en train de partager avec moi les actes les plus synonymes de solitude à mon goût : la marche et le vélo.
Je pourrais marcher les yeux fermés et lui raconter ma vie depuis le début pendant des heures. Ce mec est bourré d'optimiste, sentiment intrigant mais pas désagréable. Ses paroles simples et apaisantes me regonflent le moral, il y a marqué "marchand de bonheur" sur son front.
Je me sens comme un petit chien, frétillant la queue de bonheur à ses côtés, le suivant aveuglément avec une totale confiance, comme s'il ne pouvait rien m'arriver, comp
tant sur lui pour m'avertir des dangers de la route qui n'existent plus pour moi tant qu'il est là : je remets presque ma vie entre ses mains pour un moment que j'espère toujours prolonger au maximum. Je savoure le plaisir de ne plus penser à rien, me laissant simplement guider par une laisse virtuelle qu'il tiendrait fermement à défaut de tenir ma main...

Ah, si seulement on pouvait faire un bout de chemin tous les jours ensemble.




lundi 12 mai 2008

A vélo

OK, alors je retire ce que j'ai dit : il me parlait bien au futur, et pas au conditionnel. Puisqu'il m'a envoyé trois SMS, puis téléphoné, venu chez moi puis reparti, et m'a encore envoyé deux SMS.
Et on a fait du vélo ensemble. Lui
sur son vélo de course, combinaison et tout le tralala, moi sur le vieux vélo de ville de mon père bien lourd, short blanc et débardeur. On a tracé à travers la campagne : 20km en à peine 55mn, j'ai battu tous mes records. Lorsque je me suis arrêtée, mon cœur battait à 160 (j'ai compté...)

Ça m'a fait du bien de passer un bon moment en compagnie de quelqu'un de super sympa avec qui il est impossible de se prendre la tête. Tout est tellement facile avec lui. Il n'y a pas de sous-entendus : il est charmant avec tout le monde, c'est dans sa nature, il aime se faire plaisir et profiter simplement de la vie.
Moi je le comprends tout à fait puisque je suis comme lui. Si je suis gentille avec quelqu'un, ce n'est pas forcément puisqu'il me plait (le lecteur qui suit un peu ce blog saura qu'au contraire si quelqu'un me plait, je l'agresse...).

Mais le problème avec les mecs que je connais, c'est qu'ils interprètent souvent le moindre sourire comme un signe de ma part
. T'as pas compris que si je vais à tes soirées c'est pour passer un bon moment, et pas pour te voir ? T'as pas pigé que si je fais demi-tour pour te dire au-revoir ce n'est pas parce que j'ai l'intention de passer toute ma nuit avec toi, mais seulement par politesse ?
Alors du coup je passe pour la nana super complexe. Combien de fois m'a-t-on dit "tu es vraiment compliquée, je ne te comprendrai jamais.." ?!
Vous n'avez jamais remarqué que pour les mecs, si on ne veut pas d'eux, c'est qu'on est tout de suite
compliquées... C'est tellement plus simple d'accepter. J'accepte que tu me payes un verre puis j'accepte que tu me déshabilles. Facile non ? Je me demande pourquoi y a encore des filles sur Terre qui se posent des questions ou qui ont un semblant de morale et de retenue. Ça rime à quoi ? J'ai qu'à fermer ma gueule, de toute façon je ne suis qu'une allumeuse qui trimballe son cul en soirées.

Alors pourquoi un mec qui est très sympa et natu
rel ne passe-t-il pas aussi pour une salope conciliante ?


mercredi 7 mai 2008

Martini triste

Les glaçons craquent dans mon Martini blanc. Phénomène étrange : je penche l'oreille vers mon verre pour mieux entendre leur crépitement, ça m'amuse une bonne dizaine de secondes.
Je pense "Ohh gimme gimme gimme some Russian Roulette".

Encore un mec qui me promet des choses au mode conditionnel. Pourquoi tu dis "ça serait sympa" ?! J'ai besoin de l'indicatif moi, pas de putains de conditions ! Ouais, j'ai envie de quelqu'un qui me dise que ça sera sympa de me voir pour faire du vélo ensemble, toute une journée au soleil à pédaler en riant à mes blagues irrésistibles 100% second degré.
Je pense "I said heyyyyyy"

Mais bon, quelque part je dois être la nana type autour de laquelle on tourne alors qu'on a déjà une copine. La nana avec qui on se permet des blagues salaces. La nana dont on prend en douce une photo de son nichon droit qui se découvre légèrement lorsque des bourrasques de vent gonflent son T-shirt ample. La nana qu'on vient draguer dans l'eau mais jamais sur la plage...

Ressers-moi un Martini au lieu de causer, tiens ! Et avec des glaçons : je veux les entendre gémir...
Je suis fatiguée.
Ça y est, je commence à avoir de vraies mains d'adultes. Dorénavant les veines sont plus nombreuses et bien apparentes, les nerfs ou les tendons se devinent sous la peau, les cicatrices s'accumulent sur mes index..
.

Laisse-moi tranquille maintenant.





mercredi 30 avril 2008

L'apéro

J'aimerais bien que ma mère m'explique pourquoi je suis une alcoolique en devenir, puisque moi-même je ne suis pas au courant...
De toute façon, même si tout allait parfaitement dans le meilleur des mondes il faudrait bien qu'elle trouve quelque chose pour se ronger les sangs : s'inquiéter à la place de ses enfants, ça doit être ça le principe de la maternité.

D'autant que -faut arrêter- je suis très loin loin loin d'être accro à quoi que ce soit. Et des alcooliques aux mains tremblantes j'en connais, à commencer par celui avec qui j'ai même passé l'essentiel de mes week-ends ces dernières années.
Ce qui me faisait le plus de peine, c'était le voir tenter de se rouler une clope à 14h, une heure après le lever, trois heures avant d'avaler quelque chose de solide, et juste avant son premier "apéro" : plus il crispait ses doigts sur le maigre papier à cigarette, plus forts étaient ses spasmes. Alors il commandait un café et un kir. Lorsqu'il saisissait l'anse, il foutait du café partout, et le fond de la tasse heurtait trois ou quatre fois la coupelle le temps qu'il soulève la tasse qui poursuivait dans les airs son chemin périlleux vers ses lèvres. Je ne pouvais m'empêcher de poser mon regard sur ses mains.
Au début je ne faisais pas le lien, d'autant qu'on se voyait le soir, lorsqu'il avait déjà pris "l'apéro".
Par la suite, je pouvais savoir l'heure rien qu'en regardant ses mains, je pouvais deviner combien de verres il avait déjà bu en évaluant la fréquence de ses tremblements. Tiens, plus rien ne bouge à l'horizon, il doit être 18h, cinq kirs et peut-être deux verres de vin.
J'avais l'impression qu'il passait sa vie enfermé chez lui ou dans des cafés, sa putain de vie n'était qu'une suite "d'apéros" ...
Comment nier que t'as un problème alors que tu ne contrôles même plus tes propres mains ?!
Quand je le voyais trembler, j'imaginais son foie se battre contre l'éthanol et autres dérivés polyglycoliques, j'imaginais ses reins fonctionner à plein régime, son coeur tenter d'assainir le bazar, son sang transporter des triglycérides qui seront planqués en vain sous le tapis. Je disais en plaisantant que ce n'était pas le moment de rechercher les Gamma GT dans une analyse sanguine...

Quand j'ai maladroitement essayé de lui expliquer pourquoi j'avais décidé qu'on devrait arrêter notre relation, j'ai une fois de plus fixé ses mains, n'osant cette fois pas le regarder dans les yeux. Il était 15h, et peut-être deux verres de rouge.





samedi 26 avril 2008

Comme une voleuse

Si tu ne viens pas avec nous, c'est comme si tu partais comme une voleuse.
Oui mais moi je ne suis pas vraiment encore prête pour tout ça. Déjà, je n'aurais jamais dû me retourner, je n'aurais pas dû prêter attention à cette fille à l'extérieur du bar, un Picon à la main, et qui m'a invitée à la rejoindre de l'autre côté de la rue pour lui parler. J'aurais mieux fait de poursuivre mon chemin vers ma voiture, déjà qu'il était tard, au lieu d'entrer dans son jeu et de me laisser embrasser. J'aurais dû faire mine de résister lorsqu'elle a plaqué mon petit corps tremblant contre une porte bleue d'un immeuble à côté du bar, où habite un certain "Antoine" d'après la sonnette.
Toutes ses copines lesbiennes gloussaient à côté de nous. Elles se demandaient pourquoi maintenant j'avais ma
langue dans la bouche de leur copine alors qu'il y a 5mn je n'existais pas.
D'ailleurs moi non plus je ne comprenais pas trop. En plus, pour une fois j'avais pas trop picolé. Enfin sur le coup je m'en foutais un peu. Ça faisait longtemps que quelqu'un ne m'avais pas fait des baisers dans le cou, alors pour une fois que ça arrive j'ai tendance à en profiter.
N'empêche, ça ne me ressemble pas en gé
néral de me laisser allumer comme ça en pleine nuit à la sortie d'un bar...

Toujours est-il que la fille qui m'a mis le grappin dessus insiste pour que je l'accompagne elle et sa bande de filles en chaleur, continuer la soirée. Pour moi, il en était hors de question.
Ça fait au moins une heure que je rêve d'être enfouie dans mes draps. Un type rencontré au concert m'en a déjà empêché. " Alors comme ça, toi qui est fan du groupe, tu te casses à la dernière note de mu
sique ? Ben viens donc, on va fumer une clope avec eux ! "
Donc j'ai fumé une clope avec eu
x. Quelle faible créature influençable !
Les gens ont décidé que ce soir c'est le grand soir, il ne fallait surtout pas que je rentre me reposer. C'est beaucoup plus intéressant de faire la fête.

La fille m'empêche de passer. Elle ne cesse de vouloir m'embrasser, me câliner. Lassée, je tente de me dégager. Je lui explique qu'il est absolument impossible que je l'accompagne ce soir. Elle mendie mon numéro de portable.
Je bloque : le ferai-je ou ne le ferai-je pas ?

Je rétorque que je ne la connais même pas, que d'habitude je sais le prénom des gens avant de leur rouler une pelle....
En outre, ce que je ne lui dis pas, c'est que je n'ai pas vraiment envie de justifier à tous mes amis et camarades le fait que
je sorte avec une fille. Je n'ai pas le courage d'assumer ça pour l'instant. Je n'ai pas encore analysé la chose. Je ne sais pas s'il est socialement admis qu'on puisse être amoureux indifféremment d'un homme ou d'une femme, fait qui me semble pourtant depuis un bon moment hautement logique et naturel.
Pourtant, je sais par avance que même si une aventure (brève ou non) avec la miss me semble plutôt attirant, je serai obligée de cacher notre relation, ce qui me semble compliqué étant donné qu'elle est étudiant
e sur le Campus comme moi....

Je lui présente donc mon fameux exposé habituel : un jour où l'autre je me rendrai compte que je ne suis pas vraiment (ou vraiment pas) attirée par toi, alors autant oublier tout de suite.
J'opte en fait pour la solution de facilité : je m'enfuis effectivement comme une voleuse, sans lui laisser mon numéro de portable, sans prendre le sien. Cet épisode n'a jamais eu lieu, je ne suis qu'une passa
nte certes un peu immorale qui marchait dans le coin à ce moment. D'ailleurs personne n'envisage que je suis capable d'embrasser des filles dans la rue. On ne me croirait même pas...
Et pourtant, partout où je passe, je laisse traîner
mon prénom. Comme il est plutôt "original", les gens le retiennent bien. Je sème des morceaux de moi en ville, mais personne ne possède le puzzle complet : on me retrouve sous plusieurs étiquettes. Je commence quelque chose, puis soudainement je tourne le dos et poursuis ma route vers d'autres horizons qui n'ont rien à voir.

Alors en tournant le dos à cette fille, la laissant désappointée sur un bout de trottoir à 2h40 du matin, j'espère juste que l'alcool qui l'a rendue décontractée et décomplexée au point de m'allumer comme ça, lui fera aussi oublier mon visage.


mercredi 23 avril 2008

Mon coeuuuuur mon amour

Je suis assise sur le canapé, une Pina Colada à moitié vide dans la main, la paille en bouche, et j'aspire en coinçant celle-ci entre mes dents afin de limiter le flux d'alcool descendant dans mon gosier. A ma gauche, deux couples. En face de moi, deux couples. Ma soeur ne boit pas d'alcool. Je découvre pour la première fois ce sentiment d'énervement dû à la présence de quelqu'un qui refuse de boire, ne partageant donc pas ainsi l'ambiance d'ébriété commune. Elle ne peut pas comprendre, elle ne peut pas relativiser, ni oublier ; elle ne peut pas pardonner...
Le niveau blanchâtre descend régulièrement
dans mon verre, laissant une mousse de lait de coco collée sur les bords.
Du coin de l'œil, j'aperçois à ma gauche des mains qui se cherchent, des caresses. Ça m'exaspère. Irritée, je détourne le regard mais je suis cernée. En face de moi c'est pire puisqu'il s'agit de ma sœur et de mon "beau frère". Une semaine déjà que je subis les "mon cœur" "mon ange", les "moi aussi je t'aime mon amour". Je n'en peux plus.
Je commande une autre Pina Colada, ce qui ne passe pas inaperçu, les autres n'ayant pas encore bu la moitié de leur cocktail. On se
moque gentiment de moi et de ma descente inhabituelle pour eux. On m'appelle "Bob l'éponge". Ha-ha-ha.

Ce soir je suis mélancolique, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que déjà au dîner j'étais en bout de table, avec personne en face de moi, et mon voisin me tournant quasiment le dos pour causer avec le centre de la table. Et pour causer de quoi ? De sa chérie qui a mal pris une remarque d'une amie de ce groupe d'amis de ma sœur que je découvre depuis une semaine.

Ça m'énerve tous ces gens qui sont capables d'aimer au point de devenir fous si l'avion du retour a quelques heures de retard. Ils s'aiment tellement qu'ils vivent ensemble et envisagent d'acheter une maison. Lorsque mon "beau frère" se jette sur ma sœur pour lui faire plein de bisous bien sonores je craque. Je finis mon cinquième et dernier cocktail cul sec, et je prétexte une grosse fatigue pour quitter le lobby de l'hôtel et me diriger au plus vite vers ma chambre. Je me dépêche de l'atteindre, la frustration me dévorant les tripes. Après avoir fermé la porte, je m'écroule enfin, ne cachant plus mes larmes. Je me laisse aller au plus primaire besoin d'évacuer ma rage, ma jalousie, mon sentiment stupide d'injustice et d'abandon. Je pleure comme une gamine à qui on refuse un jouet que tous les autres possèdent.
Moi aussi je veux m'amuser !