samedi 28 février 2009

Boulot de merde.

Au projet de mouvement inter académique 2009,
votre affectation est envisagée dans l'académie de :
CRETEIL

Vision d'horreur.
Voilà ce qui arrive pour les connes comme moi qui ne sont pas Pacsées, qui ont réussi leur Capes du premier coup. On est envoyé en banlieue parisienne.

Mais de quoi je me plains ? Le ministère nous a promis cette année qu'on ne pourrait pas être nommé dans un établissement "plan violence" sans l'avoir demandé.
Chouette alors.

J'ai tout d'un coup envie de profiter de la vie que j'ai ici. Je n'ai plus la tête à m'énerver contre mes élèves, je sens que je vais les trouver bien gentils tout d'un coup.
Foutez-moi la paix. Je vais à Créteil. Tout ce que vous direz ou ferez ne peut plus m'atteindre. Laissez-moi, je dois durcir ma carapace.
D'ailleurs j'ai déjà fait des progrès : je ne souris plus. Je serai bientôt prête...

samedi 21 février 2009

Des rails

"Fixe un point, fixe un point...lâche ton verre et fixe un point" c'est ce que je me répète en boucle quand je sens que j'ai la tête qui tourne trop fort, pour éviter de me sentir comme projetée par une force centrifuge virtuelle dès que je ferme les yeux. Pour ne pas passer à l'essoreuse à salade.
"Fixe un point", c'est aussi ce que je me dis quand je marche dans le froid, en sortant du train, en rentrant chez moi, quand j'ai la tête qui tourne aussi un peu, même si je n'ai pas de verre en main. Ou quand je suis à la piscine et que je galère à finir ma longueur en crawl.
J'ai l'impression que je passe mon temps à fixer un point et à foncer dessus, m'employant à atteindre un objectif que je ne me suis pas moi-même fixé. Car s'il y a bien quelque chose que je ne suis pas, c'est ambitieuse. Je me contente d'avancer vers l'inconnu. Je crois bien que j'ai été posée
sur des rails depuis ma naissance, que mes parents m'ont juste donné une impulsion, et que depuis je me contente de rouler toujours tout droit. J'ai bien tenté de dérailler quelques fois, en sabordant moi-même la voie ferrée, j'ai aussi emprunté quelques détours, mais globalement j'avance à pleine vapeur. Je suis juste une putain de locomotive. Sur la voie de la scolarité, je n'ai raté aucune gare. Seulement voilà, je ne sais pas trop où je vais. Je me contente de regarder le paysage d'un air absent. Ah ouais, c'est cool.
J'admire juste les gens qui ont le courage d'entrepr
endre des trucs, les gens qui ont un rêve, qui ont des ambitions, qui agissent, qui provoquent le changement.
Je fixe un point, mais tel un mirage, le point s'éloigne à mesure que j'avance.

Alors en ce moment, quand on me demande "Qu'est-ce que tu deviens ?" je réponds juste "Je grossis". Et c'est la vérité.

Cette photo est extraite du magnifique site de Sam Javanrouh : http://wvs.topleftpixel.com/

samedi 7 février 2009

Ennui

Je viens de me rendre compte que j'ai loupé un super concert hier soir. Ca ne me ressemble pas. Ne plus surveiller systématiquement les soirées et concerts du coin. Ne plus sortir quasiment tous les week-ends, ne plus sortir du tout en fait.
Je suis occupée, je prends trop les transports en commun et la voiture pour avoir encore envie de me bouger les fesses le soir. Moi qui me moquais de ma sœur qui reste cloitrée chez elle dès qu'elle n'est pas au boulot, je fais moins la maligne.
Du coup je ne vois pas le temps passer. Mon forfait téléphonique est à peine entamé. Je n'envoie plus mes fameux messages "ça te dit de boire un coup ?" systématiquement suivis de "ça marche, rdv à 21h", eux-même précédant les "désolée je suis à la bourre, disons 21h30 !", la série se finissant généralement par "putain je ne trouve pas à me garer ! Je suis là dans 10mn, dslée..."
Je ne ressens plus la légère excitation, le regain d'énergie quand on se change et se prépare pour sortir. La joie de laisser courir son imagination sur l'autoroute, ne pas savoir de quoi la nuit sera faite. Oh, généralement, il ne se passe rien d'extraordinaire, mais le doute subsiste toujours.
J'ai perdu la légère culpabilité qu'on ressent quand on commande le verre de trop, celui qui nous fait perdre toute notion du temps et nous coucher à pas d'heure alors qu'on s'était juré que cette fois on ne rentrerait "pas trop tard".
Et surtout, j'ai perdu la rencontre. Bonne ou mauvaise, sensée ou loufoque, celle qui aboutit dans un bar ou au commissariat (véridique). J'aurais passé ma vie à rencontrer et à parler avec des gens croisés n'importe où. Quand j'étais petite, je faisais souvent ce fameux rêve, celui que tout le monde a certainement déjà fait et qui consiste à s'introduire chez les autres en cachette, découvrir leur maison, espionner leur quotidien, faire le tour de toutes les pièces, flâner dans leur jardin : le voyeurisme à l'état pur. En grandissant, c'est un peu ce que je fais mais simplement en parlant avec eux, en partageant un peu de leur quotidien, en découvrant ce qu'ils font dans la vie, entendre deux-trois anecdotes, quelques unes de leurs théories, me faire une idée de leurs goûts.
Je me nourrissais et m'enrichissais de ces foutues rencontres, maintenant je n'ai plus rien à me mettre sous la dent. Alors tel un serpent qui se mord la queue, je n'ai à digérer que mes propres petits soucis quotidiens. Et je suis proche de l'indigestion.

Et pourtant, je suis une grande habituée de l'ennui. A l'époque du collège, je passais toutes mes longues journées d'été à m'ennuyer avec une amie. S'ennuyer à deux, c'était mieux que de s'ennuyer toute seule. Nous avons tout tenté pour vaincre l'ennui. Des jeux vidéos qui ont fini par nous lasser aux sorties à vélo pas vraiment palpitantes, en passant par toutes les parties de cache-cache dont les possibilités étaient forcément réduites à deux.
Mais nous étions jeunes alors nous avons fait ce que tous les enfants font quand ils s'ennuient : très vite, nous avons donc entrepris de faire toutes les bêtises possibles et inimaginables qui nous traversaient l'esprit. Nous avons commencé par les blagues au téléphone, mais nous avons été coupées dans notre élan le jour où une minute après avoir raccroché le téléphone, pouffant encore, celui-ci a sonné. C'est à cette occasion que j'ai découvert avec stupeur l'existence de "l'affichage du numéro".
Une de nos grandes activités a ensuite été l'entreprise d'écrasement de marrons par les voitures circulant dans le quartier, ceci nécessitant mine de rien toute une organisation. Nous nous rendions ainsi sur une place où trônaient quelques marronniers, récupérions des marrons que nous disposions à des endroits stratégiques dans la rue, puis nous nous postions
quelques mètres plus loin et attendions avec impatience qu'une voiture passe et écrase nos marrons. Ceci se jouait au centimètre près ! Le suspense était intense, nos stratégies s'amélioraient de jour en jour. Si notre marron s'en sortait indemne, on retournait dans la rue le déplacer légèrement. Il fallait donc surveiller les roues des voitures, pour bien ajuster la position du marron. Quelle victoire lorsque nous entendions le fameux "sproutch" résultant de la pulvérisation du fruit sous les roues de la voiture qui passait par là ! Après des semaines d'activité, le bitume était incrusté d'une purée jaunâtre, ce qui ne manquait pas d'intriguer le voisinage. Nous sommes donc passées à autre chose.
J'évoque rapidement la construction d'un pont sur le ruisseau du village à partir de tôles coupantes que nous avons "empruntées" sur un chantier voisin, ainsi que la récolte de cerises sur tous les arbres du coin, et enfin, la confection de gâteaux au chocolat et munster qu'on devait ensuite manger : celle qui vomissait avait perdu.
Je crois que la plus grande aventure que nous ayons eue, c'est la découverte et l'exploration d'un fort ayant servi de bunker pendant la seconde guerre mondiale. Le paradis de toute une génération d'ados. Les rumeurs allaient bon train quant à la population qui traînait par là-bas. On parlait de skinheads, de dealers, de rencontres sordides et dangereuses. Il n'en fallait pas plus pour que nous y fourrions notre nez. Au début, nous n'avons rencontré personne dans les couloirs sombres et tagués du bunker. Il n'y avait rien à part des débris de verre et des canettes de bière. Nous avons donc entrepris d'explorer au fur et à mesure ce site interdit, s'enfonçant chaque jour un peu plus loin dans les boyaux du fort, jusqu'à ce que nous tombions sur un groupe de garçons. C'est là que l'aventure a réellement commencé. On a essayé de nous virer, gamines que nous étions, mais c'était mal nous connaître. A l'époque mon amie était déjà terriblement butée et combative, pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, et pour ma part je me donnais des airs de garçon manqué aventureuse. Ils nous ont donc vite adoptées, ne pouvant pas se débarrasser de nous. Et nos journées consitaient à faire des parties de cache-cache dans le fort, jusqu'au jour où nous avons dû jouer à cache-cache avec les gendarmes à qui on avait signalé la présence d'adolescents dans cet endroit interdit d'accès. On a donc vite déguerpi, et n'y sommes plus retournées. De toute façon, on avait fini par découvrir que les garçons avec qui nous trainions se revendiquaient "nazis" et cherchaient en fait à déterrer des "armes" supposées être enfermées quelque part dans le bunker.

Mais aujourd'hui toutes ces "aventures" sont loin derrière moi, et je m'ennuie à nouveau. Alors pour tuer le temps, je raconte ma vie sur mon blog.
Palpitant...

dimanche 25 janvier 2009

malade

Ça fait maintenant une semaine que je suis malade. Et pour tout dire, ça fait un sacré bout de temps que je n'ai pas été malade à ce point.
Bien sûr je suis allée chez le médecin, qui m'a prescrit des antibiotiques. Malheureusement, ceux-ci se sont avérés totalement inefficaces.
Ça fait donc une semaine que chaque jour ma résistance physique diminue, mon moral avec, et que pourtant je m'acharne à aller travailler parce que "je suis hyper en retard dans le programme". Hier matin je n'avais qu'une envie, c'est de m'enfermer dans un caveau, de me cacher dans un coin, comme les animaux mourants. Depuis une semaine je suis tellement épuisée que de toute façon je ne prépare plus aucun cours. Je veux juste que le temps s'arrête. Juste que quelqu'un appuie sur cette putain de touche "Pause" parce que bientôt je n'aurai plus aucune avance dans le boulot. Rien. "Bonjour, aujourd'hui on ne fait rien, désolée j'ai rien préparé. Que dalle. Nada." Vous voyez le tableau.
En plus, je suis en plein délire. Ça fait une semaine qu'avec la fièvre ou je ne sais quoi, mon cerveau ramolli ne fait plus la différence entre la réalité et la fiction.
En plus, je rêve beaucoup du boulot en ce moment, donc je suis totalement perdue.
Alors il m'arrive d'entendre des voix, je perds la notion du temps, on est quel jour ? J'ai l'impression que le temps passe sans moi. Qu'il m'a oubliée sur le quai.
Ca fait donc une semaine que ma vie ressemble à un clip des Residents. J'ai l'impression d'être sous ecstas 24/24. Je capte plus rien.
Hier matin je suis retournée chez le médecin (ordre de ma mère) qui m'a prescrit d'autres antibiotiques. Hier après-midi j'étais une loque. Un mollusque. J'avais à peine la force de me lever de mon lit, terrassée par les tremblements et la toux. Et là j'ai eu un peu peur quand je me suis rendu compte que si je vivais seule je me laisserais sûrement dépérir. Sans personne pour me faire à manger, sans personne pour me donner des conseils, sans personne pour me faire la vaisselle... J'ai donc avalé mes deux gélules du traitement de cheval que m'a prescrit le médecin, et j'ai péniblement monté les escalier vers ma chambre. Je me suis couchée, mal au ventre, sûrement un peu secouée par les médocs qui semblent éliminer toute forme de vie parasite, y compris la mienne.



jeudi 22 janvier 2009

Parents-profs

Mardi je me suis traînée dans un état lamentable à la réunion parents-profs des 5ème. J'ai trois classes de 5ème, ce qui me fait théoriquement 86 parents d'élèves à rencontrer.
Depuis ce week-end je suis grippée, et depuis lundi j'ai enchaîné sur une bonne vieille laryngite. J'étais donc là, avec ma voix enrouée à peine audible, devant des parents qui par réflexe baissaient aussi la voix.
Rencontrer les parents est une expérience très enrichissante. Ça va de la maman avec qui on plaisante, à celle
qu'on en vient à réconforter. Il m'est ainsi arrivée d'essayer de redonner la pèche à une mère qui me disait avec lassitude qu'elle avait envie de lâcher l'affaire, qu'elle ne supportait plus de se battre avec son fils pour lui faire apprendre ses leçons.
D'autres font semblant de faire la morale à leur enfant, aussi présent : "Tu entends ? Il faut travailler ! Il faut apprendre le cours, c'est important pour ton avenir Kimberly !" Bien évidemment, ni Kimberly ni moi n'étions convaincues par son discours politiquement correct.

Ainsi, j'ai eu droit à des "Si vous avez un problème avec lui, voyez ça avec son père... Il a peur de son père." ainsi qu'à des "C'est pas qu'on le frappe ou qu'on le batte, mais des fois j'en peux vraiment plus vous savez". Mais souvent, les mères me regardaient d'un air désolé et répondaient avec un soupir "oui, je sais"
J'ai aussi appris que le surnom de Nathan à la maison est "ma p'tite belette" (ce que je trouve très touchant) et que Steve est tellement hyperactif que sa mère l'enferme dehors pour avoir la paix.
Il arrive aussi que des mères, épuisées et dans la détresse vident leur sac. Car de la détresse, il y en a. De pauvres g
ens à qui la vie n'a pas fait de cadeaux : une fille débile légère (dans le sens clinique du terme), un fils qui est décédé il y a tout juste un an, la mère qui fait des heures sup à l'usine sans "gagner" tellement "plus". Et que pouvez-vous dire à cette pauvre femme dont la fille a 0,5/20 de moyenne, à part des paroles compatissantes ?
Mais le cas le plus touchant était celui de Maëlle, 12 ans, qui a apparemment décidé d'arrêter de travailler. De 13 de moyenne au premier trimestre elle est passée à 07. En classe, elle est au fond et pense
à autre chose. Maëlle était présente lorsque j'expliquais à son papa qu'à mon avis elle était préoccupée et qu'elle avait peut-être un "problème" qui la tourmentait. Lui, me raconte que depuis peu elle s'enferme dans la salle de bain et ne prend plus le temps de petit-déjeuner. On aurait dit moi quelques années plus tôt. Maëlle souffre et je sais ce qu'elle ressent. A la fin de notre entretien, Maëlle a les larmes aux yeux. Son père ne la comprend pas, et moi qui la comprends, je ne peux rien pour elle à part tenter de lui redonner confiance en elle. Bientôt Maëlle sautera les repas à midi, elle écoutera Tokio Hotel et changera toute sa garde-robe. Bientôt Maëlle aura des cicatrices rouges sur les bras comme j'ai des cicatrices blanches sur les mains ou le ventre.

Quand je suis rentrée chez moi, des lames de rasoir dans la gorge après avoir parlé à quarante parents pendant un peu plus de trois heures, je me suis enfermée dans ma chambre, j'ai mis un album de Nirvana et j'ai eu des frissons.


mercredi 7 janvier 2009

Entre fatigue et ivresse

Toujours en train de flotter entre deux états, on me parle mais je pense à autre chose alors je n'écoute pas. De la fatigue à l'ivresse, je suis bien là mais détachée de la réalité. Comme en impesanteur, je me sens partir au ralenti, m'éloigner lentement mais surement vers le néant, le rien... "Can you hear me, major Tom ?!". Puis d'un coup la réalité me rattrape : impuissante, je me sens basculer en arrière. Cette chute me vaudra deux magnifiques bleus : un sur la cuisse droite, l'autre sur le bras gauche. L'un dû à un coin de meuble, l'autre à la poigne de la personne qui a tenté de me rattraper.

En ce moment, je tombe beaucoup je trouve. Alors j'essaye de rester consciente, ancrée dans la réalité assez longtemps. C'est la raison pour laquelle une odeur écœurante de café
empoisonne l'atmosphère de ma chambre. Bien que les minutes s'égrainent, je n'avance pas dans mon travail. Et pourtant je dois avouer que ça m'est égal. Je prendrai mon courage à demain.
Je bois du café à m'en donner mal au cœur. L'idée la moins constructive du monde, car le seul résultat auquel j'arrive c'est de garder les yeux grands ouverts dans mon lit sans trouver le sommeil.

En ce moment, ce qui rentre par une oreille ressort immédiatement par l'autre. Il en a toujours été ainsi : depuis ma plus tendre enfance, ma mère me qualifie à juste titre de "tête percée".
Le problème, c'est que j'ai l'impression que le trou s'agrandit. Plus je dois être ultra rigoureuse dans mon boulot, plus je suis à côté de la plaque dans ma vie. J'ai du mal à rester concentrée, et plus que jamais je me réfugie dans les petits tracas quotidiens. Gautier a encore copié sur Nicolas, qui est encore venu en retard avec Stéphane, qui a encore refusé d'ôter sa veste comme Candice, qui trouve que mon barème "c'est n'importe quoi"...

Cet inhabituel calme face à l'inconnu, que j'ai d'abord pris pour un regain inespéré de confiance en moi, s'est finalement avéré être les premiers prémisses de ma nouvelle attitude désinvolte et bl
asée. Il y a encore quelques mois, j'aurais été dans la panique totale, ne m'étant pas encore intéressée au mémoire que je dois pondre pour bientôt, ni aux cours que je dois donner bientôt et que je n'ai pas du tout préparés. Quoiqu'en écrivant cette phrase, je dois avouer que je ressens une timide décharge d'adrénaline... Mais je l'oublie bien vite, me sentant encore trop lasse pour affronter tout ça. Comme les enfants qui ferment les yeux très fort en espérant que quand ils les rouvriront, leurs devoirs seront faits.
Je suis partisane du "on verra déjà". Cette phrase que j'ai prononcée bien souvent le soir en partant de chez moi pour je ne sais où, avait le don d'angoisser ma mère qui me voyait foncer vers l'inconnu. C'est ainsi que je me suis retrouvée à boire l'apéro chez des gens que j'avais croisés juste une fois, ou que j'ai rejoint de (vagues) "potes" qui devaient aller à une (très vague) "soirée", ne sachant même pas trop par quels moyens et quand j'allais rentrer. J'ai beaucoup de chance car je ne suis jamais tombée sur un os, et pourtant je suis une cible de choix avec mes raisonnements à la "après tout pourquoi pas". Sentiment stupide d'invincibilité ou naïveté coupable ? Sûrement un peu des deux.
De toute façon en ce moment je m'en fous. De tout. Je marche au radar, je travaille par automatisme, ne réfléchissant pas à ce que je fais. Je sais que je suis à la bourre, j'ai le couteau sous la gorge mais il ne pique pas encore assez à mon goût. Quand il aura bien entamé ma chair, peut-être songerai-je à me bouger un peu les fesses.

En attendant je continue à chanceler, entre la fatigue et l'ivresse, espérant qu'il y aura toujours quelqu'un pour me rattraper si je tombe.

vendredi 2 janvier 2009

01 janvier 2009

Ma mère : "t'as pas la gueule de bois au moins ?"
Moi, blanche : "non non, je suis juste, euhh, un peu fatiguée..."
Ma mère, me tendant une pleine assiette de poulet recouvert de crème au gruyère et vin blanc : "bon alors bon appétit !"
Moi, me levant de table : "euh, héhé, excusez-moi cinq minutes"
Ma mère : "tu ne vas quand même pas vomir ?"
Moi, déjà la tête dans les toilettes : "non non, je suis juste, euhh, un peu fatiguée..."

lundi 29 décembre 2008

Faire partie du passé

C'était comme revenir sur le lieu de son crime. Une foule de personnes dont je connais la tête mais dont je ne me rappelle plus le prénom. Oui, je me souviens de cette fille avec les poches sous les yeux. Je me rappelle avoir débattu avec elle des ondes de four à micro-onde entre deux verres, avant de lui demander une aspirine. C'est drôle comme on se souvient toujours du moment où on arrive chez les gens, avec un peu de bonne volonté on visualise même le canapé où on a posé ses fesses, mais jamais du moment où on a levé ces mêmes fesses pour repartir.
Toujours est-il que quand j'ai poussé la porte métallique qui étouffait les basses de cette "musique de sauvages" je me suis sentie en terrain hostile.
On me jetait des coups d'œil en coin. J'ai néanmoins claqué la bise à quelques personnes qui se souvenaient de moi, me contentant d'un "salut ! ça va et toi ?". Mal à l'aise parmi des gens que je n'avais pas vus depuis au moins deux ans, et qui commençaient tous leur première phrase par "tiens, t'as coupé les cheveux !".
Oui, j'ai coupé les cheveux, j'ai un boulot à vie, j'me suis rangée les gars.

Soudain, une fille avec une doudoune fuchsia m'agrippe le bras avec un grand sourire "Salut, tu te souviens de moi ?" Non je ne me souviens absolument pas d'elle. Je le lui avoue piteusement. Elle me dit être une amie de Machin et Chose mais je ne la remets pas, ce qui n'est pas bien grave. Il faut dire que quand j'étais avec N. j'ai du faire un gros effort pour mémoriser d'un coup des dizaines de prénoms, et vu le contexte souvent alcoolisé ce n'était pas chose évidente.
Après de longues minutes de solitude, je me décide à m'approcher de S. pour lui faire la bise. Toujours aussi décharné, ses traits sont tirés, et les rides de son visage semblent encore plus marquées que "jadis". A le voir sous cet éclairage ingrat, on lui donnerait facilement dix ans de plus. C'est marrant mais je n'avais pas l'impression qu'il avait l'air si vieux...
Au bar, je connais le type qui me sert ma bière. Il me dit, tout en surveillant la mousse "on s'est déjà vus quelque part". Je confirme, juste avant qu'il ne retrouve mon prénom. C'est marrant mais à l'époque, il parait que ce type m'adorait, je n'ai jamais compris pourquoi. La première fois qu'on nous avait présentés et que nous avions échangé quelques paroles, je lui avais fait extrêmement bonne impression, et il était surexcité les rares fois où l'on se croisait. C'est drôle que je sois passée de ce statut d'idole à celui de la fille qu'on a déjà dû croiser quelque part.
A part ça, je suis seule, on ne s'approche pas de moi, d'ailleurs on s'en fout de moi. Je prends alors conscience que si tous ces gens voulaient bien me parler, c'est parce que j'étais "la nouvelle copine de". Un temps, j'ai voulu croire qu'on avait certaines choses en commun, mais maintenant j'ai compris qu'en fait je n'étais qu'une pièce rapportée.
Enfin, une de ses exs qui à l'époque semblait me vouer un mépris indécrottable s'approche de moi pour me faire la bise. Charmante, elle demande de mes nouvelles, s'enquiert de ce que je deviens. Je lui raconte un bout de ma vie et elle m'écoute gentiment.
Enfin quelqu'un qui semble ne plus avoir de rancœur. C'est que nous avons un point commun maintenant : nous faisons toutes deux partie du passé.


dimanche 21 décembre 2008

Bientôt Nouvel an

Ça fait maintenant un peu plus d'un an que j'ai commencé ce blog. Et voilà que le temps des bilans arrive... avec Nouvel an.
Je me souviens que l'année dernière, à la même époque, je me posais aussi la question du bilan. J'en parlais d'ailleurs avec L. dans ce fameux bar où il y a mon prénom sur un mur (si si je vous assure, c'est vrai). J'évoquais le Nouvel an, et nous avons entamé toute une conversation debout en attendant que de la place se libère. Je lui expliquais que je n'aime pas le 31 car je n'aime pas me sentir obligée de faire la fête. Je supporte mal devoir faire semblant de m'amuser.
Et en plus je me sens contrainte de me bourrer la gueule pour me détendre.
J'ai de très mauvais souvenirs de Nouvel an. Cette période représente un stress pour moi, le fait de devoir s'incruster à une fête de peur de passer la soirée chez ses parents à regarder un film et se coucher à 23h.

C'est aussi à cette occasion que j'ai trouvé les mots pour raconter à L. cet étrange sentiment que j'avais de me sentir en dehors de tout ça, de ne pouvoir m'empêcher d'adopter un regard extérieur et distant, comme si je planais au-dessus de la foule :
il m'arrive de me sentir soudain comme une étrangère. Alors je m'enferme dans le silence, et mes pensées défilent à toute allure, et j'ai envie d'être devant mon ordinateur et de l'écrire sur mon blog parce que ça sonne vachement bien.
Tandis que je déballais tout ça, je me suis sentie libérée, c'était la première fois que je trouvais une oreille attentive et qui avait l'air de me comprendre. Je m'accrochais à lui comme à une bouée de sauvetage. A chaque fois que L. et moi retournions dans ce bar, j'étais étrangement bien .
Avec le recul, je crois que nous ne nous aimions pas, nous aimions juste ce bar, nous aimions ces murs avec mon prénom dessus.

Nouvel an 2008... Quelques jours après, je me baladais dans les rues avec une fille, j'avais une bouteille de champagne à la main, et elle essayait de me convaincre de rester dormir chez elle. J'étais heureuse parce que cette fille m'invitait à des soirées avec des gens cools. J'aime côtoyer des gens cools et même si au final je ne les connais jamais vraiment, je me contente d'avoir l'honneur de les reconnaître et saluer. Pendant quelques semaines j'ai ainsi fait la connaissance de beaucoup de nouvelles têtes, puis la fille est partie
dans le sud de la France recommencer ses études et je suis retournée me cacher dans ma tanière, loin des gens cools.

Que dire de 2008 de toute façon ? On aimerait tous plus ou moins avoir une vie extraordinaire et finalement on se contente de ce que l'on a. Cette année, la mienne a essentiellement consisté à raconter ma vie à qui voulait bien m'écouter, un verre à moitié vide en main, creusant des cernes sous mes yeux.

mardi 16 décembre 2008

bibelot

Mais c'est qu'il devient prévoyant, le coco : il ne sort plus qu'avec sa chère et tendre. Ça doit être le seul moyen qu'il a trouvé de ne pas céder à la tentation, une façon de prendre les devants depuis qu'il m'a confié être attiré par moi. Alors plutôt que de me fuir, il se met des menottes. Plus de tête à tête alcoolisés, rares instants de liberté où il pouvait oublier ses engagements, et se laisser aller à des confidences. Il ne s'autorise plus le doute, il est allé trop loin.
Assis entre nous deux, il tient la main de sa chérie mais passe une bonne partie de la soirée à discuter avec moi. J'aime cette situation, c'est mon côté sadique.
C'est marrant mais j'ai souvent l'impression d'être un accessoire. Une sorte de bibelot vaguement convoité, que certains aimeraient louer et poser sur un coin d'étagère pour faire joli, l'avoir sous les yeux et pouvoir utiliser quand bon leur semble. J'ai déjà été utilisée comme oreiller, comme mouchoir, on a voulu m'emprunter, me voler, on a voulu déjeuner en ma présence pour me montrer, on a même voulu me payer. Récemment un barbu a voulu me kidnapper pour m'empêcher de prendre la voiture après toutes les bières à 8° que j'avais commandées.
Et au lieu de suivre les bons conseils du barbu, je me suis une fois de plus échappée dans la rue, seule dans le froid avec mes mitaines fabriquée à partir de vieux gants et d'une paire de ciseaux. J'ai erré un moment tel le petit papillon de nuit à la recherche d'un peu de lumière, pas encore d'humeur à rentrer. Et là j'ai atterri devant ce que j'appellerais une boite à deux balles pour bobos de droit ou HEC. Des filles toutes habillées pareil, et des mecs tous habillés pareil qui fumaient sur le trottoir. Je me suis arrêtée un instant, faisant semblant d'attendre quelqu'un qui ne venait pas, pour écouter leur conversation. On parlait de crise financière en riant.
Et soudain j'ai eu une envie viscérale de jouer les vrais bibelots, de me mêler à ces gens dont le milieu est à l'opposé du mien, rien que pour voir comment ça fait d'être puant. J'avais envie de jouer un rôle, d'échanger la bière contre le Martini, de renier Interpol pour David Guetta, le temps d'une soirée.
Mais il aurait d'abord fallu que je changeasse de chaussures...

mercredi 3 décembre 2008

les humeurs

Comment ça j'ai "la veine molle" ?! Mais je ne vous permets pas de porter un jugement sur mes veines, madame ! Et d'abord elles sont en pleine forme !
Quand je vois mon sang pourpre couler dans le tuyau, ça me fait penser au vin chaud que j'ai goulument lampé deux heures plus tôt... les quartiers d'orange en moins. Tiens, c'est peut-être à cause de ça que j'ai la "veine molle", va savoir.
Sauf qu'en ce moment, ça me plait assez de ramollir mes veines et mon cerveau par la même occasion. Je suis trop à bloc tout le temps, trop préoccupée parce que je ne sais pas m'organiser et que je fais tout à l'arrache. J'adore traverser la ville dans un drôle d'état. Immédiatement, les mots me viennent, comme tout le monde, j'ai l'impression d'être poète un court instant, de ressentir les choses différemment. Toujours avec un regard narquois et ironique, mais apaisé.
J'aime me sentir douce, comme passée à la pierre ponce, moi qui d'habitude suis si rêche, qui agresse mon entourage, impatiente et intransigeante, impitoyable, infernale enfin. Pouvoir m'émerveiller de rien mais rire de tout, regarder le ciel avec de grands yeux innocents. Juste relativiser, ne plus penser à mon exil futur dans des contrées froides et hostiles (genre les Ardennes...).
Quand mes veines sont enfin molles, j'ai une irrésistible envie de rouler une pelle à la vie.
Je m'étais pourtant juré de ne jamais ressentir le "besoin" de me vider la tête. Je ne sais que trop bien jusqu'où ça peut mener. Et je sais que la pente a beau être douce, ça n'en reste pas moins une pente.
Ah bien, la poche est pleine, je peux repartir. Aujourd'hui j'ai partagé un peu de mon sang, un peu de ma vie, un peu de mes très
passagères bonnes humeurs.

samedi 29 novembre 2008

folk et électro

La tête contre la vitre froide du bus, je déchiffre, mélancolique, des chiffres lumineux 26/11/2008 20:35. Les caractères tremblotent sous les vibrations de la carcasse du bus à l'arrêt, à moins que ce ne soit une fois de plus sous l'effet des quelques bières que je me suis enfilées en un temps record avant de courir jusqu'à mon arrêt.
Une blonde est assise non loin en diagonale. Elle s'emploie à engloutir un hamburger sans pour autant saccager son rouge à lèvres, tâche ambitieuse que je ne peux qu'admirer.
"En tout cas, ça m'a fait très plaisir de te voir" ai-je coassé au téléphone tout à l'heure. Phrase que je n'ai fait qu'imiter, car entendue de la part de mon interlocutrice quelques minutes plus tôt.
La blonde me jette à présent des coups d'œil, tandis que je fixe la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute. Blanc-noir-blanc-noir.
Et Matt Elliott crie dans mes oreilles. Matt Elliott, putain ! Mon héros. Cet homme parfait que j'ai vu pour la deuxième fois en concert quelques jours plus tôt. Le genre de mec, lorsque je l'entends jouer, je me dis "lui il a compris quelque chose". A la fin du concert, je voulais lui faire dédicacer mon album. Tout le monde avait quitté la galerie d'art dans laquelle il a joué, et lui-même était en train de ranger son matériel. Timide et (très) impressionnable comme je suis, j'ai passé cinq bonnes minutes à faire semblant d'être captivée par les photos trônant sur les murs de cette galerie d'art avant d'oser m'approcher du "Maître". Après avoir commandé plusieurs bières, connaissant à présent les moindres détails des monochromes exposés, j'ai enfin trouvé le courage de lui parler.
Au final, je crois que ça lui a fait très plaisir. Cette nuit-là, à mon grand bonheur, j'ai rêvé de lui : Matt Elliott à la piscine, nageant le dos crawlé...
Ca fait quelques années qu'il me fascine. D'ailleurs N. en était jaloux. Lui qui aurait tant aimé que je sois une de ses fans. Que j'aime SA musique à lui. Mais j'ai toujours émis une réserve, n'osant porter un jugement de ma propre initiative, ou me contenant d'un "ouais, c'est chouette" les rares fois où il me soumettait un extrait de ses morceaux.
Parachutée dans son monde électro, je hochais la tête en rythme comme le faisaient ses amis qui avaient l'air d'apprécier. Au bout d'un moment, trop saoule pour être critique, je me laissais moi aussi bercer par le bruit ambiant.
Le sol collait à mes chaussures, avant de coller à mes fesses. De cette période comme de cette musique, je ne me souviens de presque rien, sauf de bruits sourds et de l'impression que mon cerveau dansait la carmagnole. De cette période où quand on me disait "hey, t'as déjà vu [...] en concert ?" j'étais incapable de trancher : "Peut-être..."
J'aime Matt Elliott parce qu'il mêle sans complexe la folk la plus mélancolique à l'électro parfois bruyante. Et que la rencontre de ces deux univers a priori opposés me rappelle vaguement quelque chose : une alchimie complexe dont lui seul est capable de tirer du bon.



samedi 15 novembre 2008

Plus rien à dire

Le moment que je craignais est arrivé : je crois que je n'ai plus rien à dire.

Il fallait bien que cela arrive un jour. Ça me fait penser à un jeune-homme que j'ai croisé une seconde il y a des années puis dont j'ai retrouvé la trace par hasard sur Internet, et avec qui j'ai brièvement lié une amitié virtuelle. Un jeune-homme qui, quand je l'avais croisé à ce festival, m'avait fasciné par son look et son appareil photo. Je l'ai tout de suite repéré dans la foule, son corps chétif, son allure maladive avait attiré mon attention. Il avait à l'époque le crâne presque rasé. J'essayais de me rapprocher discrètement de lui mais il ne m'a pas remarquée, l'œil vissé à son appareil photo. Même lorsqu'à force de le coller, il m'a un peu bousculée en reculant et que je lui ai légèrement marché sur le pied, il n'a pas quitté la scène des yeux à travers son objectif.
Des mois plus tard, je naviguais sur la toile quand je suis tombée pour la première fois sur la page "myspace" du jeune-homme. Aucun doute : c'était bien lui, je l'ai tout de suite reconnu malgré la crête qu'il avait à l'époque de ses photos. Prenant mon courage à deux mains, et risquant le ridicule, je l'ai contacté et lui ai écrit que je m'excusais de lui avoir marché sur le pied la première et dernière fois qu'on s'est croisés.
Par chance, le jeune-homme est spirituel et assez ouvert pour s'amuser de ce genre de messages. On a donc échangé nos adresses mail puis MSN et des mois durant, avons correspondu régulièrement.
Le jeune-homme m'a initiée à myspace. Il tenait également un blog que je consultais régulièrement. Il écrivait avec un français impeccable et un esprit que j'appréciais beaucoup.
Le jeune-homme est obsédé par la musique, c'est lui qui m'a fait connaitre certaines choses bien curieuses et originales, je l'en remercie.
J'ai donc appris à le découvrir via le virtuel. J'aimais son côté artiste refoulé et souffreteux qui pense trop. Pour la première fois, j'ai rencontré quelqu'un qui se lasse bien plus vite que moi de toutes les choses nouvelles. Nous partagions la même tendance à l'obsession pour des choses dont nous nous lassions quelques temps plus tard, nous partagions la même incapacité à nourrir des sentiments durables pour quelqu'un.
Mais aussi pour la première fois j'en ai moi-même fait les frais car battue sur mon propre terrain, il s'est lassé de moi avant que je ne me lasse de lui. Il s'est aussi lassé de sa page myspace, puis s'est lassé de MSN, puis enfin, s'est lassé de son blog. Il a usé de la touche "Suppr" comme moi j'avais brûlé mes propres journaux intimes d'adolescente.
J'ai donc perdu sa trace. Il s'est évaporé quelque part dans la nature, aussi naturellement qu'il m'était apparu. Quelque part c'est mieux. Ça m'évite de me faire des films. Sauf que j'aime me faire des films, ça occupe l'esprit.

Mais c'est à mon tour de me lasser.
J'aimerais avoir des choses nouvelles à raconter, des choses originales, des choses drôles, mais non, je tourne toujours en rond. Quelque chose s'est brisé.

Et pourtant, j'aime aussi certaines habitudes.
J'aime toujours autant sortir avec L. et boire des coups, boire des coups à sentir tous les muscles de mon visage, avoir l'impression que mes traits sont tirés, mais peut-être le sont-ils, figés dans le rictus béat qu'affiche le visage des filles qui boivent trop. Je me dis comme d'habitude. Une soirée avec L. qui ressemble à une soirée avec L.
Une soirée à boire et à parler, moi avec ma retenue maladive, lui avec sa franchise déroutante. Je me dis encore une soirée où je vais rentrer je ne sais comment en bagnole, avalant la route comme j'ai avalé tout cet alcool : avec une assurance et une habitude dangereuses. Une soirée où une fois dans mon lit je me dirais mais merde, on est fait pour être ensemble, mais merde, qu'est-ce que je fais, il est trop vieux merde, mais pourtant c'est avec lui que je m'entends le mieux. Et je me dis que peut-être lui aussi aura un doute, mais qu'en faisant l'amour à sa copine il ne pensera plus à tout ça. Il ne pensera plus à moi, il m'aura effacée.

Alors quitte à être effacée, autant m'effacer moi-même.

mercredi 29 octobre 2008

A Paris

Et toujours cette eau qui ruisselle dans le caniveau. Où qu'on marche dans Paris, j'ai remarqué que les bouches d'égout vomissent de l'eau qui finit toujours par couler à flots dans les rues. Il ne pleut pas particulièrement, pourtant il y a toujours de l'eau qui dévale le long des trottoirs sans qu'on sache trop d'où elle vient. C'est comme les tickets de métro par terre, on dirait que la seule végétation qui pousse comme rien sur le bitume c'est des tickets de métro usagés. Et F. qui râle toujours, elle ne sait faire que ça, se plaindre et ronchonner. Emmitouflée dans ma parka molletonnée bien chaude, je commence à avoir des doutes quant à l'étanchéité de mes chaussures, subissant déjà les désagréables conséquences de la remontée par capillarité de l'eau du caniveau le long de mon pantalon. Et pourtant on n'a à peine honte, ma parka énorme et moi, bien que faisant tache au milieu des bobos parisiens branchés. Je n'avais encore jamais réalisé à quel point les bottes-collants-veste courte en laine-queue de cheval-frange en diagonale étaient à la mode cette année. Alors je suis peut-être totalement ringarde avec mon pantalon au-dessus de mes chaussures et ma parka-bibendum, mais au moins ça tient chaud...
F. est malade, pourtant on arpente toujours les rues dans le froid à la recherche d'un endroit où se poser bar dessus-bras dessous. Enfin, on retrouve son copain devant l'Opéra et on marche jusqu'aux Halles ; eux main dans la main, moi mains dans le froid. Je commence à en avoir assez de perpétuellement tenir la chandelle, ras le bol du déguisement de cowboy solitaire qui me colle à la peau.
F. tousse et moi j'éternue. On me souhaite, merci. En général, après "à tes souhaits" vient "à tes amours" mais je n'éternue jamais deux fois de suite.


samedi 25 octobre 2008

toujours seule

Comme dans un film, deux femmes se croisent dans le tram, l'une reconnaît l'autre et lui adresse la parole : quatorze ans auparavant elles étaient dans la même classe, préparant toutes deux un BEP quelconque. Maintenant l'une est mariée et a deux enfants (8 et 5 ans) ; l'autre non, rien. La femme mariée finit par quitter le transport en commun, laissant son ancienne camarade un sourire poli aux lèvres. Ce sourire s'estompe à mesure que le tram prend de la vitesse, et à présent elle regarde dans le vide. Moi aussi, car je me demande quel effet ça doit faire d'avoir un mari et des enfants. Je repense à une phrase lue un jour dans le manga dont j'étais fan ado (oui j'avoue j'étais fan de Nana, ne vous moquez pas....) qui disait à peu près "à force de faire la fière tu finiras seule". Mais qui voudrait d'une fille qui en pleine rue hurle "raaaah putain de bordel de merde fait chier !!" quand elle trébuche sur un pavé ?
Tout m'énerve en ce moment, à commencer par cette même litanie, ces "Strasbourg, ici Strasbourg, le TER numéro 96 843 en pro
venance de ......" qui bourdonne dans mes oreilles, et résonne lorsque je passe sous la verrière. A cet instant, la voix enchaîne généralement en Anglais et quand vient l'Allemand, je quitte la gare. Là, je suis agressée par le vent froid et les "ROUGE PIETONS ....... ROUGE PIETONS" du passage protégé (les gens qui connaissent la gare de Strasbourg voient de quoi je veux parler). Je trouve ça d'une ironie monstrueuse : on aide les aveugles à traverser, mais on les largue ensuite dans une gare avec 8 quais, et là personne pour leur lire les panneaux et les horaires de départ des trains.
Avec la fièvre et la fatigue, le matin je ne sais j
amais dans quel lit je me trouve, dans quelle maison j'ai passé la nuit, dans quelle ville je suis entre Strasbourg et Saint-Louis. Une chose est sûre : je suis toujours seule. Et je suis toujours en train de squatter chez quelqu'un.
Hier j'ai pourtant fait une tentative d'approche auprès de Monsieur "de toute façon je n'ai pas d'attaches ici". Manque de bol, j'avais oublié qu'avec mon début de bronchite j'étais sous traitement Exomuc. Ils auraient quand même pu rajouter dans les
Contre-indications / Précautions d'emploi : ne pas prendre en cas de rencard avec un mec : celui-ci pourrait finir par être dégoûté de vous voir évacuer en masse vos sécrétions nasales et bronchiques.

Et en
plus il pleut.