vendredi 30 avril 2010

Last night I dreamt that somebody loved me...

Hier j'avais rendez-vous dans un bar près du campus pour boire un verre avec celui que j'appellerais mon "meilleur ami" depuis le lycée. J'ai donc traversé tout le campus, jetant des regards attendris et nostalgiques vers les étudiants prenant le soleil et fumant des cigarettes roulées "Fleurs du pays". Les membres de l'amicale de chimie avaient déjà sorti la colonne de bière à 15h et s'employaient à la descendre tout en commentant les cours ou en imitant leurs profs. Au fil des différents bâtiments du campus que je longeais, des souvenirs jaillissaient et me faisaient sourire malgré moi. Ainsi me sont revenues en mémoire mes longues journées enfermée dans un laboratoire de chimie, oscillant entre le fou rire et les larmes lorsque j'obtenais, au terme de la dizaine d'étapes du fastidieux protocole de synthèse, une substance indéfinie proche du gloubiboulga qui passait intégralement à travers les trous de mon filtre Büchner dans un bruit de succion tandis que mes voisins récupéraient de magnifiques cristaux dans leur filtre.
D'autres souvenirs de séances interminables d'optique, enfermée cette fois dans les pièces plongées dans le noir alors que le soleil de juin réchauffait la pelouse du parc d'à côté où j'aurais bien aimé bronzer. Ah l'optique, les délires avec ma binôme de travaux pratiques, les acrobaties de mon camarade dans le noir (n'y voyez aucune allusion salace, je parle de véritables acrobaties dignes d'un spectacle de cirque). Puis l'UFR de mathématiques : je visualisais encore parfaitement notre (ténébreux et sexy) professeur de travaux dirigés de géométrie et ses fameux "Plan Q" et "point G" qui nous faisaient toujours autant marrer même post-Bac. Et ce gentil prof d'informatique qui tentait de nous faire créer des petits programmes sans queue ni tête (du moins pour moi) avec Mapple…
Enfin je suis arrivée à la terrasse du bar où j'ai attendu mon ami qui est arrivé une dizaine de minutes plus tard pour me tirer enfin de mes rêves. Quatre heures à discuter à bâtons rompus, quatre heure de pur plaisir, de confidences, de retour en arrière sur notre passé, nos aventures et nos projets. Quatre heures à refaire le monde sans voir le temps passer. J'ai enfin trouvé quelqu'un à qui je peux tout confier, quelqu'un face à qui je me mets à nu en toute confiance et sans avoir peur d'être jugée. Il m'a d'ailleurs raconté un rêve étrange : il était à l'opéra et dans son rêve il a eu la révélation du siècle, celle d'aimer passionnément l'opéra. Une sorte de découverte subconsciente. Depuis il a envie d'y aller. Ce phénomène m'a interpelé, le fait de prendre conscience de quelque chose grâce à un rêve.

Ainsi cette nuit, après l'agréable soirée passée en sa compagnie, j'ai rêvé que je tombais amoureuse de lui, qu'après avoir dormi et couché ensemble on était enfin heureux tous les deux. Pour la première fois je ressentais ce sentiment amoureux qui m'est pourtant étranger. Et ce matin, sentant encore de "vrais bras autour de moi"* c'est avec la sensation d'avoir eu moi aussi la révélation du siècle que j'ai émergé : c'est une évidence que l'on est faits pour être ensemble. Cette nuit j'étais amoureuse de lui ce qui est très étrange puisque jamais je ne l'avais envisagé et que depuis sept ans
je l'ai toujours considéré comme un ami. Pourtant cela devait bien être niché quelque part dans ma tête puisque je l'ai rêvé.
Toutefois après les plombes, habituelles en vacances, nécessaires à émerger totalement, j'ai rejeté l'idée pourtant extrêmement séduisante en rêve, mettant ceci sur le compte d'un moment de faiblesse et de la longue période de vide sentimental et de manque d'affection que je traverse en ce moment. Cette sensation de plénitude que j'ai confondu avec de l'amour s'est lentement évaporée au fur et à mesure de ma journée, laissant place à de la lassitude. N'empêche que je donnerais beaucoup pour pouvoir vivre ce rêve, peu importe l'autre protagoniste.

*Voir paroles de The Smiths


jeudi 22 avril 2010

Soirée de merde

Ça y est il est 2h du matin et je viens de tomber par terre en essayant de m'asseoir sur un siège. Je commence à envisager de prendre un taxi pour rentrer. Je ne me sens pas très bien, ma copine se fout de ma gueule "ouah la chute !". Je m'en veux. Une fois de plus je m'étais dit que je ne rentrerai pas tard, que je serai raisonnable et je me suis encore fait piéger. Tout est allé un peu vite. La rouquine de la dernière fois m'arrache ma pince à cheveux, foutant en l'air mon pseudo chignon, puis bien plus tard dans la soirée elle me renversera ostensiblement tout son verre dans le décolleté. Me voilà obligée de lui emprunter un T-shirt Kookaï à dentelles complètement transparent. Mais pourquoi fait-elle ça ? Je pense que c'est parce qu'une fois de plus j'ai été cataloguée comme la nana coincée qu'il faut absolument décoincer en lui infligeant le bizutage classique de base. Fonctionnaire en plus. Quelle misère.
Mais je m'entends bien avec un de ses potes qui est célibataire. Donc tout n'est pas noir. Soirée débauche, une fille qui vient de se faire larguer tente d'allumer un autre mec. Et tout ça dans un studio de 26m². Puis soudain, basculement, Monday Morning est de retour, je me détache alors de la réalité et observe mon environnement d'un regard extérieur, ne parlez plus à B. elle n'est plus là. J'observe ledit pote célibataire en train de danser avec la rouquine puis avec ma copine. Soupir. Je fais le tour de la table, ceci a pris entre 5 secondes et 15 minutes, je ne m'en rappelle plus, à la recherche d'une bouteille à finir pendant que tout le monde flirte. Les fesses sur le matelas, je m'occupe du chien. J'entends une voix d'homme "tu as l'air toute nostalgique, comme ça, à caresser le chien" mais je ne me souviens pas de son visage. Je pense à Louis Garrel appuyé sur le toit d'un taxi et répondant "Je suis très mélancolique" à la question "ça va ?". Puis j'enlève mes chaussures et me fout sous la couverture. Ma copine me rejoint pas très loin, puis ledit mec célibataire vient se mettre entre nous. Sauf qu'évidemment c'est vers ma copine qu'il se tourne. Quant à moi, je me tourne vers le mur et soupire une dernière fois tout en me battant pour récupérer un peu de couverture. Tout ce que j'aurai gagné de cette soirée, en lot de consolation, c'est le numéro de mon futur dealer.
Le lendemain, après une nuit très courte à quatre ou cinq dans un lit, dont un ronfleur, je rentre par le métro de 7h30 du matin, complètement fracassée, croisant le regard des gens frais et pomponnés qui vont travailler. Moi je suis en vacances, j'ai 24 ans aujourd'hui, je suis prof et je vous emmerde !


jeudi 15 avril 2010

Nouveau message

Plus de notes en deux mois, pourtant chaque jour je pense qu'il faudrait écrire, mais chaque jour je ne sais pas trop quoi dire. Même si en y réfléchissant, il y a deux ans je n'avais pas grand chose d'intéressant à dire non plus et pourtant j'étais plus prolixe. Alors je parlais pour ne rien dire ? Je crois plutôt que je parlais pour mieux ressentir, pour le revivre et le faire partager à travers mes écrits. C'est peut-être ça aussi "grandir", ne plus être nombriliste, ne plus croire que ce qu'on pense intéresse la terre entière tellement c'est original et profond.
Me taire car si je dis ce que je ressens, mettre des mots sur mon sentiment profond me donne envie de pleurer. Mais la fatigue extrême me délie bien la langue, mes vendredis soirs à m'envoyer des cocktails se ressemblent plus ou moins, mes lundis à bailler, mes mardis à enchaîner 8h de cours dans un état second m'épuisent. Alors entre la sixième heure et la septième heure, je vide mon sac en salle des profs. J'ai parfois l'impression d'être un paillasson, essuyer les provocations, l'insolence, ou simplement le mépris... Le fait de ne pas être traitée comme une adulte qui représente l'autorité mais comme un détail, une moins que rien me mine. J'ai presque envie de sangloter, prévoyant que les deux dernières heures vont encore mal se passer comme d'habitude. Mais finalement pour une raison inconnue ça se passe bien et ça m'a réconforté... De la complicité se crée entre certains. Alors qu'en début d'heure personne n'écoute, je lâche faiblement dans un soupir "youhouuu j'existe...." avec un air blasé ce à quoi répond Stéphanie (au premier rang) "Oh madame, ne déprimez pas..."
Cette phrase qui aurait pu m'achever m'a au contraire remonté le moral. Passer enfin du statut du paillasson à celui de l'être humain. Cette année j'ai appris énormément de choses, je ne suis pas encore au point mais j'analyse mieux les situations et je commence à m'en sortir. Évidemment je n'en suis pas encore au point des profs chevronnés qui n'ont jamais ramassé un carnet de correspondance alors que moi je passe mon temps à cela. Je n'en suis pas au point de vanner les élèves, je n'ai pas un sens de la répartie très développé et je marche encore sur des œufs mais je sens que bientôt j'aurai plus d'assurance...

En attendant je croise des bobos et ces petites bêtes me passionnent déjà. Mon nouvel objectif est de réussir à m'incruster dans une soirée bobo d'étudiants à la Sorbonne dont les parents possèdent une villa sur la côte méditerranéenne et je suis plutôt en bonne voie. De toute façon j'ai toujours admiré ces nanas décomplexées qui disent "youpi" à tout tandis que je dis "euhh" à tout. Cette rouquine qui prétend s'être débrouillée pour, dans la même soirée, persuader deux types différents qu'il étaient chacun en couple avec elle me bluffe. Et pourtant elle n'est pas si jolie. "Comment fais-tu ?" lui demandais-je, elle m'a répondu avec un haussement d'épaules.

Sur ce, je vais essayer de me trouver une petite robe, tenue de camouflage si je veux réussir à m'infiltrer dans le monde des bobos branchés. Bientôt les prochaines aventures de Monday Morning qui se bourre la gueule au champagne et y repense avec nostalgie devant un café en salle des profs, faisant abstraction des hurlements des gamins dans le hall.


jeudi 18 février 2010

Vilain petit canard

J'entre dans l'amphi à 13h40 (10mn de retard), je signe la feuille d'émargement et m'assois au premier rang. Suite de la conférence sur la scolarisation des élèves handicapés. L'après-midi s'annonce encore très pénible... Alors je commence mon cirque, je joue à la malade, me tiens le ventre puis la tête, respire par la bouche comme si j'étais sur le point de vomir, simulant tour à tour une gastro et une migraine foudroyante. Au bout de dix minutes de spectacle affligeant, je taxe un Doliprane à ma voisine, et le cachet bien en évidence dans la main, sors de l'amphi à 13h55 pour ne jamais y revenir.
Je m'étais dit "chouette, je vais pouvoir corriger mes copies qui m'attendent à la maison" mais au lieu de cela me voilà à jouer à GTA4. Soudain des cris, pour une fois cela ne vient pas de mon jeu mais de la rue. Un coup d'œil par la fenêtre et me revoilà presque plongée dans mon jeu vidéo mais c'est la réalité. Un type, cinq-six policiers armés, ma rue soudainement bloquée par deux bagnoles de flics. Le type est en-bas de chez moi, j'entends "Enlève ta main ! Enlève ta main !" Puis tout va très vite, d'autres policiers accourent, encerclent le larron qui renverse une poubelle au passage et c'est déjà fini. Beaucoup de violence par chez-moi en ce moment. On me demande "Et dans ton collège ça va ? Vous faites grève ? Pas d'élèves poignardés ?" Du coup je passe pour une sorte d'héroïne.

Il faudrait quand même que je finisse par laver mon écharpe qui sent toujours la bière depuis qu'elle a traîné par terre dans je ne sais plus quel bar, mais ça me fait toujours marrer le matin quand je m'enveloppe dedans pour aller au collège. "Non Pédro, je n'ai pas de cigarette à te filer, et d'ailleurs qu'est-ce que tu glandes dehors, je t'avais pas collé ? Un rendez-vous chez le dentiste à 8h du matin, tu te fous de moi ? Pffff"
J'ai adoré les réunions parents-professeurs, on comprend alors beaucoup de choses.
"Oui alors Djad en ce moment ça ne va pas trop, il m'a déjà mal parlé, et il joue un peu aux....- regard furtif vers le grand frère, un noir en survet tout baraqué qui ressemble à un chef de gang de la cité du coin - euh, il joue un peu aux caïds... hum. Enfin euh, je veux dire, il n'est qu'en cinquième quand même ...héhé..." Nouveau regard vers ledit grand frère, imperturbable qui me fixe avec un sourire de tombeur depuis qu'il est entré dans ma salle.

Lendemain de fête, je regarde vaguement Twin Peaks dans un état proche de l'Ohio, hébétée devant un nain qui danse dans une pièce rouge, me demandant toujours quelle est la signification des interventions de la femme à la bûche lorsque le téléphone sonne. C'est ma sœur, elle m'annonce qu'elle est enceinte. C'est super, félicitations, la grande classe, je ne sais pas trop quoi rajouter. Je me sens un peu minable tout à coup, à me réjouir de mes prochaines soirées à la Lanterne (un bar de Strasbourg). Cette nouvelle me fait comme un choc. Je n'aurai jamais cru il y a quelques années que tout irait si vite pour elle. Et puis d'un coup tout s'est débloqué, à 25 ans elle rencontre un homme, l'homme de sa vie, et à 31 ans elle se retrouve enceinte. C'est formidable. Ma sœur est enceinte, ma mère est enfin comblée, le nain danse toujours dans ma tête, la pièce tourne, tout est rouge, et c'est moi qui vais vomir.
Oh noooon un vilain petit canard tout moche a pointé son cul dans ma ferme virtuelle !

dimanche 17 janvier 2010

in the mood for...

Écouter du rap et avoir envie de pleurer. Revoir La Haine et avoir envie de sauter du balcon. Pourtant jusqu'ici tout va bien... En plus j'ai presque arrêté de fumer. Un peu comme tout le monde au collège.
Je croyais justement être d'excellente humeur, j'avais l'impression d'être épanouie, d'avoir réussi à déconnecter un peu du boulot, et puis au fil d'une conversation au téléphone j'ai commencé à pleurer quand je me suis aperçue que je n'avais pas super bien assuré face à un gamin qui m'avait bousculée dans la cour de récréation. J'aurais dû lui passer un savon et je lui ai à peine fait une remarque.
Je passe mon temps à me remettre en question et à m'autoflageller et ça me détruit. Je me torture, j'ai du mal à me débarrasser de cette vieille angoisse. Et pourtant je vais finir par m'y habituer comme je m'habitue aussi à mon "clapier" et comme je m'habitue à jouer les femmes au foyer toute seule quelques jours par semaine. Ménage, lessive, courses, bouffe, télé, verre de vin. Mais plus j'attends et moins il se passe quelque chose. J'aime mon indépendance mais j'aimerais bien la vivre à deux. Certes c'est une utopie. Je suppose que mon double parfait n'existe pas et qu'il ne me suivra jamais aussi bien que mon ami imaginaire qui me tient compagnie partout et qui est toujours d'accord avec moi. Tandis que je suis écrasée par la fièvre et les nausées dans mon lit, une de mes sœurs se fait charcuter à l'hôpital et mon autre sœur passe l'Agrégation de lettres classiques. Le médecin m'ordonne de manger mais rien que l'idée d'ouvrir le frigo me donne la gerbe. Voir cette bouteille à peine entamée de Chianti me retourne l'estomac. Je crois qu'il va me falloir un long moment avant de pouvoir boire du vin rouge. Ce serait peut-être l'occasion d'en profiter pour arrêter l'alcool (mouahaha).
J'ai toujours rêvé que ma vie ressemble à cette vieille pub pour l'huile d'olive Puget, vous savez, celle où l'on voit une belle et fraîche jeune-femme en jupe qui pédale sur son vélo, quelques pins, la mer, le soleil, les cheveux dans le vent, sa culotte blanche et sur le porte-bagages une bouteille d'huile d'olive dans un panier entre des légumes bien colorés (et en fond "Touuuuuut l'amour que j'ai pour toi ouap douap-douap-douap"). On entendrait presque les grillons.
Je ne sais pas, j'ai toujours assimilé cette image à la définition d'un certain bonheur. Ce qui semble très paradoxal car pour ainsi dire j'ai passé plus de temps dans des endroits glauques la nuit toute de noir vêtue et je n'ai jamais vraiment porté de jupe. Un jour j'ai effleuré du doigt la très hypothétique perspective de m'installer avec quelqu'un. Pour dire la vérité, j'ai seulement passé 48h sous le toit de la maison de ses parents (sans ses parents bien sûr !) avec plein de gens qui squattaient là aussi (de vieux amis et des gens rencontrés la veille au soir). On me prenait pour la "maîtresse de maison" et j'adorais ça. C'est à peine si j'avais entrepris d'arroser les plantes... Mais au final je l'ai imaginé lui, complètement défoncé un matin et devant, encore tout tremblotant et le ventre vide depuis 24h, amener les gosses à l'école, et là j'ai eu comme un doute alors j'ai fini par me barrer.Seule et sans gosses.
Et depuis j'attends. Alors parfois je me trimballe avec un anneau en fer au doigt, ça me fait une compagnie rassurante.

Et NON je n'ai pas l'intention de demander à mes amis de trouver une maison à ce putain de pingouin solitaire qui a pointé son cul dans ma ferme virtuelle ! (cf notes précédentes)


vendredi 18 décembre 2009

Solstice d'hiver

Mes journées se confondent avec mes nuits. Avec le solstice d'hiver qui arrive, la durée d'ensoleillement qui est à son minimum, la nuit domine sur le jour. Et avec la fatigue et le stress et l'alcool et les jeux vidéos tout cela ne s'arrange guère. Mes journées passées les volets baissés me font penser à la vie parallèle dans le métro.
Dans le métro j'ai l'impression d'entrer dans un espace hors du temps. Qu'il soit 6h du matin, 15h ou 1h du matin il y a toujours des gens, il y a toujours des clodos, il y a toujours du bruit et de la lumière. L'espace se réduit à deux dimensions : des lignes qui zigzaguent sur un plan, l'heure n'existe plus, le temps se réduit à des intervalles de 7 minutes. Et quand on sort rien n'est pareil. Soit on a l'impression qu'il fait plus froid, soit la nuit est tombée entre temps, ou alors le jour s'est levé, ou simplement le paysage a changé, les gens dans la rue n'ont pas le même style.

Bref, tout cela se mélange. Dans mes rêves je suis amoureuse, dans la vie je suis concupiscen
te. Dans la vie je tue des gens dans mes jeux vidéos, dans mes nuits je hurle sur mes élèves. Je ne sais plus vraiment ce que je fais et ce à quoi je rêve.
L. passe fugitivement par Paris, il me manque mais pas au point de lui courir après. Il a raté un train, reste quelques heures, cherche un hôtel, me prévient à l'arrache mais à quoi bon.
Mon jeu vidéo est décidément
glauque. Des drogués en manque recroquevillés, un type sataniste... En fait ça m'est vaguement familier. Comme je descends des bouteilles en même temps que des méchants tout cela se trouble un peu dans ma cervelle ramollie. Un collègue est sadique avec les élèves mais en même temps il possède beaucoup d'humour. Il m'a scotché un mot doux sur mon casier "Je t'ai démonté Léa, elle ne devrait plus te faire chier. N'hésite pas à la pourrir cette connasse" J'aime les sadiques. En fait je comprends mon ex qui avait été démoralisé lorsqu'à la question "Pourquoi tu es avec moi ?" je lui avais répondu "Ben... t'es gentil" Et je me suis rendue compte que je n'aime pas les trop gentils. Je ne cherche pas forcément à ce qu'on me passe tout, qu'on me chouchoute. Je sais assez me chouchouter toute seule.

Mes journées étant très denses en événements et riches en émotions, le temps passe à 200 à l'heure. Puis comme dans un cauchemar, je perds mon téléphone portable, la fatigue et la nuit me jouent des tours. Je ne sais plus quel jour on est lorsque mon ordinateur attrape un virus. Entre deux verres je tente tout pour le supprimer mais mon antivirus s'affole, mon cœur aussi. En moins de deux j'ai définitivement planté mon ordi qui refuse alors de démarrer. La nuit, le cauchemar, non, c'est un rêve, je vais me réveiller. Mais non. Une journée passée face à un écran à tenter de bidouiller dans le BIOS pour réparer le bordel, puis formater, puis réinstaller, faire un scan. Les volets toujours baissés, le chauffage à fond, la neige trop blanche dehors. Les bandes-dessinées trop noires.

Un matin, 8h15 des hommes sonnent chez moi. C'est la livraison. J'avais oublié. Je dois descend
re leur ouvrir. Deux hommes à 8h30 me montent un clic-clac tandis que j'émerge à peine. Lorsque le jour se lève enfin ils repartent. Moi je reste en plein milieu, jouant au jeu des sept différences avec mon appart, comme si je n'avais pas remarqué la présence d'un énorme convertible en plein milieu.

J'ai plein de boulot mais aucun courage. Il faut que je fasse ma valise pour demain. Pour repartir en Alsace. J'ai l'impression que le nouvel an 2009 était hier. Je n'ai même pas tous mes cadeaux de Noël et n'ai encore aucune idée de où ni comment et dans quel état d'ébriété je vais encore passer la Saint Sylvestre cette année. Tout ce que je sais c'est qu'il fera encore nuit et que je rêverai de choses étranges.

dimanche 22 novembre 2009

Déphasage de l'onde

"Madame, vous êtes mariée ?" Eh ben alors Walid, t'as de la merde dans les yeux ou quoi ? Tu vois pas que je n'ai aucune bague à aucun de mes dix doigts (si tu sais compter jusqu'à dix toutefois). Des cicatrices, certes (couteau à pain, verre cassé, cutter, et récemment lame de massicot), mais pas de bague. Et j'te dis tout de suite, c'est pas la peine d'essayer de me maquer avec le prof de techno car il est déjà pris, ni avec le (beau et ténébreux) prof d'Espagnol qui se barre à la fin du mois mais qui avait suscité l'enthousiasme des filles qui ont choisi Espagnol LV2 (et je les comprends). Quant au surveillant, il est bien sympa mais bon....
Oui, je sais, j'ai l'air fatiguée, merci Lyes, dis tout de suite que j'ai une sale gueule. Comment ça je suis tout le temps fatiguée ? Mettez vos tabourets sur les chaises, non, montez les tables, euhh sur les... Enfin bref quoi. Allez à vos places, non, en récréation ! Ouais ouais Boubacar, c'est pas la récréation, il est déjà midi... d'accord et alors ? Sortez, je vous ai assez vus. Prends pas cet air apitoyé toi là-bas, j'ai tout à fait le droit d'avoir la tête dans le cul un lundi midi.
Et vire-moi tes longues jambes de beau gosse de service sale jeune, laisse-moi passer, et n'essaye pas de me mettre la main au cul comme à la prof de bio sinon tu vas t'en prendre une tu vas rien comprendre. Allez rangez-vous bande de branques, on va entrer en cours.
Désolée Idriss je suis bordélique, j'ai pris ta fiche de suivi pour un papier brouillon, j'ai pas fait gaffe. Promis je fais une photocopie et je t'en rends une propre. Et au fait, désolée pour ton devoir à la maison qui est tombé dans l'évier, bon, c'est un peu gondolé mais ça reste lisible...C'est vraiment grave si j'ai oublié de distribuer les papiers pour la vaccination ? Et pour l'histoire du vol d'un petit flacon de soude, j'ai rien dit parce que je ne voulais pas qu'on m'accuse de négligence mais en même temps y a intérêt à ce que le petit malin jette ça fissa dans une poubelle, car si ça refait surface je suis dans une merde internationale... Comme la note de cahier que j'ai mise au hasard dans le bulletin car j'avais oublié de la relever sur mon carnet de note. En même temps, 17 c'est plausible, ça a l'air d'être une fille sérieuse, et si c'était moins elle n'ira pas râler au moins.
Ça y est, je viens de confirmer la rumeur odieuse selon laquelle certains profs notent "à la tête du client" je fais honte à toute la profession sur ce coup-là. C'était qu'une note m'sieur le juge, une toute petite note de cahier de rien du tout coefficient un-demi... Allez quoi, une note au pif sur 260 élèves, c'est pardonnable, ça fait 0,4% d'erreur à peine.

Non. C'est merdique. C'est n'importe quoi, c'est juste merdique.
Vendredi matin à 6h15 j'ai vraiment eu du mal à me lever. Une fois de plus je me suis demandée "et que se passerait-il si tout simplement je me recouchais ? Si je n'allais pas travailler ? Si je ne préparais pas mes cours ? Si je me levais à dix heures pour ensuite passer la journée devant mon écran d'ordinateur à fumer des clopes et à descendre la bouteille déjà bien entamée de Martini ?" C'est vrai ça, il se passerait quoi ? La Terre s'arrêterait-elle de tourner si je refusais de monter dans le wagon de mon train-train quotidien ? Les aiguilles des montres fileraient-elles à toute vitesse dans le sens "inverse" avant de se détacher du cadran ? Mon téléphone se jetterait-il à ma figure pour me rappeler à l'ordre ? Ou alors au contraire personne ne s'apercevrait de mon absence et lundi matin lorsque je me pointerai au collège on me dira "vous êtes prof de quoi ? C'est quoi la physique-chimie ? Non, c'est une matière qui n'est pas enseignée ici, vous devez vous tromper..." Et là j'ai senti que j'étais bonne pour retomber dans les bras de Morphée, pour une fois qu'il y a une autre paire de bras dans mon lit. (oui j'avoue, en ce moment je me contenterais même de bras mythologiques...) Donc j'ai essayé de ne pas trop réfléchir, et de m'extirper, moment le plus tragique de la journée, de mon lit.
Encore une journée à tenter de ne pas paraître trop déphasée.
A oublier ma montre chez moi, à remarquer des fautes dans mes présentations powerpoint ("-2 pour la prof !! - Ta gueule Kévin...") oublier de prendre un verre à la cantine, désespérément chercher mes clés de voiture partout avant de les découvrir dans ma poche de pantalon, à enfin rentrer chez moi, fermer la porte, redescendre voir si j'ai du courrier, remonter, redescendre vider la poubelle, remonter, redescendre chercher mes clés tombées à côté de la poubelle, remonter enfin. Et enfin accomplir mon rêve, me scotcher devant un écran, fumer et picoler en regardant Les chansons d'amour enfin accepter mon déphasage mais pas vraiment ma solitude. Un message sur mon répondeur, une voix déplorant le fait que je "n'entende pas mon téléphone". Comment pourrais-je l'entendre depuis mon nuage aux saveurs éthyliques ? Il fait froid dans mon appart mais je rajoute quand même des glaçons dans mon Martini. Enfin détendue, j'ouvre mon portable, je lis un message étrange de la part d'une collègue : "Je viens de passer devant un stand de casse-tête qui s'appelle Bozo Bozo mais en réalité c'est le déphasage de l'onde". A moitié endormie et anesthésiée, je ne comprends pas grand chose à ce message, je me dis que je ne suis pas la seule à picoler toute seule un vendredi soir. Un peu perplexe, je réponds néanmoins "eh ben t'as l'air de t'éclater toi" en me disant que peut-être j'en comprendrai le sens à tête reposée (mais on est dimanche soir et je ne comprends toujours pas). Le film me déprime un peu. Encore un film à Paris, maintenant ça me semble moins exotique mais bizarrement plus mystérieux. Pourquoi moi je ne croise pas de Louis Garrel dans la rue ? Bordel...
Encore une soirée bien avancée, j'étais censée bosser à fond aujourd'hui et j'ai passé le plus clair de mon temps à vérifier que mes légumes poussent bien dans la ferme virtuelle que je tiens sur facebook (j'ai un peu honte). Encore un week-end un peu gâché. Bon, la semaine prochaine il faut que je fasse un effort et que je me bouge de chez moi, que j'aille me déphaser ailleurs.


samedi 7 novembre 2009

Prévoyance et imprévu, des gens connus et un inconnu

En faisant ma valise pour repartir une semaine à Strasbourg, sélectionnant les tenues que j'allais emporter et étudiant ma silhouette dans le miroir, je n'ai pu que constater que j'avais bien maigri. Peut-être même trop maigri. Et pourtant je ne fais pas exprès de m'affamer comme j'aurais pu a priori le prévoir. Non, je mange à ma faim et quand j'ai faim. Ainsi il m'est parfois arrivé de me faire à dîner pour 18h ou à déjeuner pour 15h. Mais c'est comme ça.
Autre phénomène étrange, depuis que je vis seule j'arrive enfin à faire des grasses matinées, à n'émerger qu'à onze heures alors que chez mes parents je ne dormais jamais au-delà de 10h même si je m'étais couchée à 5h du matin. Peut-être qu'inconsciemment je me réveillais car je savais que cela serait très mal perçu de se lever tard. Car chez moi on ne faisait pas de grasses matinées, car d'abord on ne se couchait pas tard et qu'ensuite il fallait être frais et efficace dès le matin pour travailler dans les meilleures conditions. Chez moi on n'avait jamais la tête dans le pâté, on n'avait jamais la gueule de bois (quelle horreur), on travaillait beaucoup et on méprisait par dessus tout l'oisiveté. On prévoyait tout à l'avance, avait une vénération pour le verbe "anticiper". Il fallait prévenir les hautes autorités au moins trois jours à l'avance si on n'avait pas l'intention de prendre le repas à la maison car il n'y avait pas de place pour l'improvisation ou l'imprévu.
Mon problème à moi c'est que j'aime l'improvisation, ces petits challenges quotidiens, ces agréables surprises, ces invitations à la dernière minute. Toujours partante pour la "fête", pour boire un coup au lieu de rentrer, pour prolonger la soirée encore un peu et partager ces instants avec des gens que je connais depuis quelques heures. Alors forcément mes petits yeux, ma voix enrouée et ma mauvaise humeur consécutive à une nuit trop courte choquaient.
Heureusement tout cela est fini et c'est avec pla
isir qu'en rentrant chez mes parents pour les vacances je retrouve cette organisation, la bouffe cuisinée toute seule et prête à midi pétantes. J'ai donc passé beaucoup de temps à manger avec ma famille même si je n'avais pas faim, et énormément à boire avec mes amis même si je n'avais pas soif. Retrouver enfin des lieux familiers où la bière n'est pas à un prix exorbitant, se retrouver chez F, commencer la soirée comme toujours et finir la soirée comme toujours à compter les cadavres de bouteilles sur la table tout en écoutant les garçons chanter et jouer de la guitare. Sourire car c'est comme ça qu'on est heureux, en reproduisant les mêmes rites, les mêmes habitudes, les mêmes blagues, toujours les mêmes mais toujours hilarantes. Chacun tient son rôle : B. fait le pitre, P-L fait de l'esprit, F. rigole et moi, la seule fille, je les aime. Ces rôles, nous nous les sommes attribués depuis des années et jamais cela ne changera. Car même si notre vie à côté part complètement en live, même si on déprime, même si on est triste, qu'on fait n'importe quoi, qu'on file un mauvais coton, on devra tenir nos rôles quoiqu'il se passe et cela nous fera oublier un moment l'autre personne qu'on tente d'être en société, ce qui n'est pas plus mal.Certaines personnes ne changent pas et c'est un soulagement quelque part d'avoir quelques certitudes.

Depuis quelques semaines j'ai appris à faire face à de nombreuses situations tendues avec un détachement et un calme étonnant. Ainsi hier soir lorsque ce type ébouriffé et portant un masque chirurgical a surgi des banquettes du métro pour se diriger d'un pas énergique vers moi et s'asseoir à mes côtés je n'ai pas bougé d'un poil. Lorsqu'il m'a adressé la parole pour critiquer le groupe de
touristes se photographiant à grands coups de flashes qui étaient derrière nous et qui ne "donnent jamais rien" j'ai acquiescé d'un air compréhensif. Lorsqu'il m'a demandé où on était, je lui ai aimablement répondu. Lorsqu'il a commencé à frapper la tête d'une des touristes derrière nous et lui intimant de dégager d'un signe de la main, je ne me suis qu'à peine tassée sur mon siège, me demandant toujours pourquoi il fallait qu'il vienne se poser à côté de moi alors que la rame était presque vide. Ok tout ça est parfaitement normal, un type portant un masque chirurgical vient de se réveiller dans le métro, il est complètement à l'ouest et commence à devenir violent, et alors ? Il en faut plus pour m'effrayer et mieux vaut ne pas trop se faire remarquer... Alors je ne bouge pas d'un pouce, j'attends. Et finalement il finira par bondir hors de la rame quelques stations plus loin. Et c'est seulement quand sa tignasse blonde sera hors de ma vue que je prendrais conscience de la boule dans ma gorge et de ma difficulté à respirer normalement.Pourtant lorsqu'il était là tout allait bien, j'avais conscience des regards lointains tous tournés vers nous, va-t-il agresser la jeune-fille ou pas ? En le regardant de près je le trouvais même plutôt mignon sous son masque. Ma curiosité et ma faiblesse me perdront un jour...

samedi 24 octobre 2009

Help

Voilà, ça y est, je n'en peux plus. Tout ça car je viens de poster la jenesaiscombient'ième note sur mon boulot. Déjà je saoule toute ma famille avec mes anecdotes, mes problèmes, mes doutes, mes angoisses, puis la deuxième salve est pour mes amis, et enfin la dernière salve pour mes quelques lecteurs. Je suis complètement obsédée par le travail. Non pas par les cours à préparer ni les copies à corriger (ça je m'en fous) mais par les rapports humains, la confrontation permanente avec les mômes, la discipline... J'en rêve la nuit, j'y pense avant de me coucher puis en me levant le matin. A la fin de huit heures de cours j'ai les oreilles qui sifflent. J'ai tellement pris sur moi pendant toute la journée que j'ai accumulé énormément d'énervement et que je n'arrive pas à m'endormir. Je refais le match.
Je n'arrive plus non plus à lire, ce qui me désespère. Je décroche au bout de trois lignes et en arrivant en bas de la page je me rends compte que je n'ai pas enregistré ce que j'ai lu, d'autant plus si le bouquin est un peu chiant. Je suis donc obligée de reposer le bouquin, fermer les yeux et essayer de penser à des choses agréables.

J'ai réglé mon radio-réveil sur Radio Courtoisie car le matin c'est le seul moment de la journée durant lequel je ne me sens pas agressée. Je n'ai plus l'habitude d'entendre des gens parler sans se couper la parole, sur un ton poli et avec un vocabulaire recherché. Ce matin j'ai presque eu les larmes aux yeux lorsque la présentatrice qui parlait d'un "second" roman a rectifié par "deuxième" en évoquant la possibilité de la parution d'une troisième oeuvre. Cela faisait des années que je n'avais plus entendu personne faire la subtile différence entre "second" et "deuxième". Merci à radio courtoisie d'exister.

Pile à l'instant où j'écris je me sens comme une cocotte minute prête à péter. Je suis vraiment en train de devenir dingue et j'ai le pressentiment que ça ne va pas forcément bien finir si je ne trouve pas rapidement un moyen de décompresser. Déjà qu'au départ je ne suis pas la fille la plus équilibrée du monde, toujours à cogiter et à essayer d'analyser le moindre truc. Et à force de se décortiquer soi-même on finit par faire des dégats.
Bon, je vais peut-être aller écouter radio courtoisie ça va me calmer...

lundi 5 octobre 2009

Un clou chasse l'autre

Merci au "Prince des monte-en-l'air" qui a refermé la portière de ma voiture après l'avoir fouillée et qui m'a laissé mes lunettes de soleil et tous mes CD. Merci aussi d'avoir pété la petite vitre côté rétroviseur plutôt que la grande vitre... Merci aussi d"être passé côté passager, ça m'a évité de me blesser avec les morceaux de verre partout. Enfin, merci de ne rien avoir dégradé dans ma voiture, j'ai apprécié...
Merci d'avoir ainsi pimenté ma semaine : je trouvais qu'après m'être fait jeter une cartouche d'encre dessus lundi matin puis voler du matériel de physique dans ma salle mardi il me manquait encore quelque chose mercredi matin. Non vraiment, merci.
Merci aussi à G. Brassens d'avoir accompagné chacun des mes départs de vacances en famille depuis ma plus tendre enfance (ce qui finissait par saouler mes parents qui se demandaient ce qu'une gosse pouvait bien trouver à Brassens "On met la casseeeeeeetteuhh !") qui m'a permis de découvrir dès dix ans des expressions telles que "la Camarde" "Monte-en-l'air" ainsi que des mots dont je ne suis toujours pas sûre de la signification comme "codicille", "tabellion" et j'en passe...

Je ne sais pas si je suis masochiste ou quoi, mais bien souvent je me mets toute seule dans la "merde". Phénomène étrange qui consiste à partir hyper en retard, à moitié consciente du truc. Ainsi mercredi soir, après avoir passé ma journée entre le commissariat et le garagiste, j'avais rencard avec un type que je connais depuis moult années sur le net mais que je n'avais jamais rencontré. Je devais le rejoindre lui et ses potes chez lui pour ensuite bouger sur Paris. Eh bien je me suis inconsciemment débrouillée pour avoir presque une heure de retard. J'ai inconsciemment raté le bus puis me suis perdue puis ai marché 30mn en suivant la ligne de bus... Mais après j'ai compris. J'ai compris que ma manière à moi d'éviter le stress de la rencontre c'était de le camoufler sous l'angoisse d'être en retard. Un clou chasse l'autre comme on dit. Le clou de semaine merdique qui avait à peine commencé a été remplacé dans mon esprit par le clou tout bête de celui de trouver mon chemin. Bien souvent je me suis perdue exprès, par ennui, par défi, par désoeuvrement... Peut-être parce que quand je suis perdue je chasse de mon esprit toutes les préoccupations graves pour ne songer qu'à des petits soucis immédiats et instinctifs : trouver mon chemin, être à l'heure.
Du coup évidemment quand enfin je suis arrivée à destination, j'étais tellement bouleversée et désolée que je ne pensais même plus à autre chose, je m'en foutais de le voir, c'était un pote comme un autre que j'avais fait poireauter. "Salut, ça va ? Désolée pour le retard. Ohlala j'ai eu une semaine de merde je te raconte pas : je me suis fait péter une vitre de la voiture blablabla..."

vendredi 25 septembre 2009

burn out

Démarrer en moins de deux secondes au feu vert, coller au cul des voitures, dépasser les limites de vitesse et zigzaguer entre les voies, jamais sur celle de droite car réservée aux voitures garées à l'arrache en double-file, jamais non plus sur celle de gauche, réservée aux gens pressés qui dépassent encore plus les limites de vitesse : je commence à maîtriser la conduite en région parisienne. Chaque matin je dégringole la N7, plongée en apnée dans les tours au loin, virage à droite, klaxonnée car freine pour tourner (bordel). Chaque matin j'ai envie de continuer tout droit, de grimper sur le périph, de m'enfoncer dans les tours pour mieux les fuir. En continuant tout droit tout droit, peut-être que je finirai par rencontrer la mer.
Mais c'est quoi ce pays où t'as l'impression qu'il y a une contre-soirée dans le métro quand tu rentres à minuit un samedi soir et où même les trentenaires salariés qui ne sont plus étudiants depuis longtemps habitent dans un studio de 23 m² ?
Les mêmes bottines à talons bizarres claquent dans les escaliers, ça me donne envie d'en acheter mais bon... Trop de choses à voir, trop d'endroits où aller du coup je ne bouge pas. Je vais passer une annonce "nana ayant pour objectif principal d'oublier son taf obsédant et frustrant en se noyant éventuellement dans l'alcool cherche compagnie". Me revient l'image d'une camarade de classe traçant de son doigt des lettres inversées dans la buée qui se formait sur la vitre du bus en hiver de façon à ce que les mots "cherche ami" soient lisibles depuis l'extérieur. J'oublie l'idée : dans le métro il n'y a pas de buée et qui me lirait à part les rats...
Il faut que je me lance dans quelque chose, faut que je trouve quelque chose, n'importe quoi, un hobby (autre que celui consistant à buter des méchants avec un M16 dans un jeu vidéo), un club de sport, une amicale, une association, des maquettes, du tricot, du crochet, de la peinture sur coquille d'oeuf... un mec, chais pas, n'importe quoi ! Une collègue, critiquant une autre collègue militante syndicaliste et qui s'investit à fond dans son boulot disait d'elle qu'elle devait faire tout ça car "sa vie est vide". Eh bien moi j'assume : eh oui ma vie est vide, aussi vide que le vide entre le noyau de l'atome et les électrons tournant autour. Rahhh et voilà, c'est reparti : putain de boulot de merde !!!
Bon enfin vous l'aurez compris, j'ai besoin de me changer les idées là...



lundi 7 septembre 2009

Dans la jungle, terrible jungle, une biche est morte ce soir

Nouvelle humeur, nouvelle playlist.

Bon alors cette fois ça y est, la prof de physique est dans la place. Une journée plutôt "facile" avec seulement deux classes pénibles sur quatre. Demain ça va être pire avec les deux pires classes de cinquième qui sont "gratinées". Ils ont déjà réussi à faire pleurer ma collègue de SVT, nouvelle comme moi et que j'ai récupérée complètement démotivée, dégoûtée, frustrée et en larmes dans sa salle. Il faut dire qu'ils lui ont bousillé ses insectes et, par vengeance d'une punition, répandu du liquide vaisselle sur ses affaires posées sur son bureau. Charmants bambins dont je ferai la connaissance demain.
Aujourd'hui je n'ai fait que montrer crocs et griffes, fusillé du regard et agressé tout individu qui ouvrait la bouche sans demander la parole, mais je pense que j'aurais pu être plus efficace. Ainsi en tout je n'ai distribué que trois punitions et rempli cinq ou six carnets de correspondance. D'abord j'engueule, après je discute.

En mettant ma tenue de combat, toute de noire vêtue afin de décourager ceux qui voudraient salir mes vêtements en y jetant de l'encre, je ne pensais qu'à une chose "je vais les bouffer, je vais les bouffer, je vais les bouffer". L'enjeu est capital pour moi qui vais rester coincée ici un paquet d'années : si je n'arrive pas à instaurer le respect tout de suite c'est mort pendant longtemps. Aujourd'hui je n'ai pas encore commencé "le cours", je n'ai fait que les remettre gentiment dans le bain, et présenter les règles du "jeu". Aujourd'hui j'étais en forme, prête à me battre, prête à les interpeler dans le couloir, prête à hausser le ton, prête à crier. Aujourd'hui ça n'a pas dégénéré, mais aujourd'hui je n'avais pas les pires classes.
C'est une corde raide, tout peut basculer en un quart de seconde, le bordel n'est jamais bien loin : un imprévu, mon attention qui est relâchée une seconde et tout est foutu, la demi-heure passée à instaurer le calme fond comme neige au soleil et les élèves reprennent bien vite le dessus.
Ma salle de classe c'est mon territoire et il faut que je pisse dans les quatre coins pour le marquer. Et c'est épuisant.
Ici on ne fait pas du cours, on fait avant tout du dressage. Oups, j'entends d'ici les récriminations des bien-pensants (bouhhh elle compare les élèves à des animaux, bouhhhh !) et oui je l'assume : ce sont des animaux instinctifs, pour certains sans éducation et il faut arrêter de se voiler la face. Le politiquement correct je lui pisse à la raie (ça fait deux fois que je pisse dans ce blog, ça va finir par sentir mauvais). Oui il y a des gamins qui ont un contexte social très chargé, oui il y a des gamins qui n'ont pas de papiers et qui en fin de troisième ne trouvent pas d'apprentissage car aucun patron ne veut les prendre, oui il y a des gamins qui sont là uniquement pour foutre le bronx et qui, sortis du collège à seize ans, iront traîner dans la rue comme leurs grands frères l'ont fait avant eux, qui n'ont pas de cahier, qui perdent leur manuel au bout de deux jours, qui n'ont pas de feuille de papier, ni de règle, de colle, de stylo vert, et j'en passe.
A eux il faut juste leur faire croire qu'on a une plus grande capacité de nuisance qu'eux, qu'on est davantage susceptibles de leur pourir la vie qu'eux ne le pourront jamais.
Ma collègue, telle une biche blessée dans la savane risque de se faire dévorer en moins de deux si elle ne réagit pas tout de suite. Mon avantage par rapport à elle, pour l'instant, c'est que ma priorité n'est pas de faire mon petit cours sur l'intensité du courant dans un circuit avec dérivations, ma priorité c'est qu'ils la bouclent et que ça ne dégénère pas. Le plus dur c'est d'être assez impresionnant pour qu'ils n'aient pas envie d'essayer. Car s'ils essayent je suis foutue je ne saurai pas quoi faire. Mais ça ils ne doivent pas le sentir. Non non non. Je ne suis pas une biche je suis un rhinocéros, ma carapace est tellement épaisse que tout ce que tu peux faire ne m'atteint pas. Par contre, moi si je te file un coup de corne tu vas la sentir passer.
D'abord tu obéis, après on discute.

A propos du "tu", aujourd'hui j'ai beaucoup hésité, entre le vouvoyement et le tutoiement je n'ai pas été très claire, j'ai donné dans les deux bizarrement alors que l'an dernier je tutoyais tout le monde. Mais quand je m'adresse à eux je me sens plus à l'aise en les vouvoyant, ça déstabilise et crée une certaine distance. En revanche, par habitude lorsque j'engueule j'ai tendance à tutoyer. C'est plus rapide de dire "donne-moi ton carnet" mais plus commode de dire "mademoiselle, au fond, vous avez une remarque à faire ?". Entre les deux mon coeur balance. J'aimerais bien tenter de les vouvoyer, ça peut être marrant. "Donnez-moi votre carnet de correspondance Mehdi" "Bon, Grady, pour la prochaine fois vous me recopierez cette feuille - Non, pas vous et votre voisin, juste vous... Rahhh mais t'es bouché ou quoi, bordel, tu m'recopies c'te feuille quoi ! (eh meeerde j'l'ai tutoyé) "

J'espère aussi qu'ils ne traîneront pas trop par chez moi et qu'il ne sauront jamais où j'habite "Wesh les mecs, regardez y a les p'tites culottes de la prof de physique qui sèchent sur son balcon, truc de ouf !". En tous cas, gamins ingérables ou pas, demain la guerre est déclarée, l'adrénaline va couler dans mes veines parce qu'il ne faut pas oublier que ces monstres de cinquièmes je vais me les taper entre trois loooooongues années (pitié ne les faites pas redoubler) et que si je ne suis pas assez aggressive je vais amèrement le regretter. Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir continuer à ce rythme-là. Demain, huit heures de combat c'est long.

En tous cas même si j'ai à subir un tsunami comme ma collègue, je crois que je ne pleurerai pas, car ils n'attendent que ça, mais que ça fera pousser mes griffes plus vite.

samedi 29 août 2009

l'école

Une petite playlist qui exprime assez bien mon état d'esprit.

L'autre jour, allongée seule dans l'herbe sèche et jaunie par la chaleur de cette fin d'été, contemplant les nuages, je me disais que finalement toute ma vie sera rythmée par les vacances et la rentrée. Que je passerai ma vie à l'école, sauf qu'au lieu de m'élever chaque année, c'est moi qui resterai. Des générations défileront devant moi. Chaque année je prendrai un an mais eux auront toujours le même âge. Des milliers d'ados en crise...

Tandis que je couvre mes nouveaux manuels flambant neufs achetés sur internet (oui je précise ACHETES, pas qu'on pense que nous autres profs ont ait nos manuels GRATUITEMENT faut pas pousser non plus !) j'ai une foutue boule au ventre. La rentrée j'ai toujours détesté ça, les jours qui raccourcissent, les promos sur les paquets de 500 copies format A4 petits carreaux et sur le lot de trois cahiers A4 96 pages grands carreaux avec spirale, les affaires à rassembler, la trousse à préparer, et pouf ça y est on est en septembre et paf c'est la rentrée et tu te prends en pleine tronche 11 classes, soit environ 260 personnalités différentes à gérer et dresser et autant de prénoms à retenir.

J'veux pas y aller, mamaaaaan !!!

lundi 24 août 2009

Flashes

F. quitte M tandis que ma sœur se mariera l'été prochain. Je vis seule depuis une semaine et déjà je commence à faire le ménage moins souvent. Les balades à pieds en ville ou dans les parcs départementaux me font du bien. Ma montre avance soit de 2mn soit retarde de 2mn, pas de demi-mesure. Elle a apparemment décidé de ne jamais être à l'heure. Ma mère a des éclairs dans son œil gauche mais n'a pas le courage de consulter un ophtalmologue. Elle n'en n'a pas parlé à mon père, et je suis la seule au courant car "je suis loin" et je ne peux pas l'obliger à agir. Les gens n'arrêtent pas de me dire "je te téléphone" et rien ne se passe. Hier j'ai vu des poneys.
Décidément, ces hautes herbes bien sèches dans le parc, ça ferait un bien beau feu.

samedi 15 août 2009

Au revoir Bonjour

Bon alors voilà je déménage et laisse temporairement le blog en plan car je n'aurai pas internet le temps que je reçoive ma freebox. Réception qui, soit dit en passant, va être difficile vu que mon interphone est pété.
Comme une jeune conne je pourrais dire que "Strasbourg c'est plus comme avant", que j'ai assisté à la fermeture de quelques cinés et salles de concert et à la délocalisation de quelques personnes importantes pour la vie culturelle du coin. Je pourrais aussi dire que Strasbourg est une ville magnifique, paisible et verte et que j'adore flâner dans les rues pavées, le long des quais en admirant les belles maisons à colombages ou contempler les vitrines des petites boutiques qui changent tout le temps Grand Rue.
Je pense que Strasbourg est une ville que j'aimerais retrouver un jour, que peut-être je me dénicherai un vieil appartement en centre-ville avec des hauts plafonds et des moulures un peu partout. Un ancien immeuble avec les escaliers en bois et "Gaz in allen Etagen" placardé sur la façade.
En attendant je fais étape en banlieue parisienne et vais me chercher un bon vieux guide touristique. Coucou c'est moi !