samedi 29 août 2009

l'école

Une petite playlist qui exprime assez bien mon état d'esprit.

L'autre jour, allongée seule dans l'herbe sèche et jaunie par la chaleur de cette fin d'été, contemplant les nuages, je me disais que finalement toute ma vie sera rythmée par les vacances et la rentrée. Que je passerai ma vie à l'école, sauf qu'au lieu de m'élever chaque année, c'est moi qui resterai. Des générations défileront devant moi. Chaque année je prendrai un an mais eux auront toujours le même âge. Des milliers d'ados en crise...

Tandis que je couvre mes nouveaux manuels flambant neufs achetés sur internet (oui je précise ACHETES, pas qu'on pense que nous autres profs ont ait nos manuels GRATUITEMENT faut pas pousser non plus !) j'ai une foutue boule au ventre. La rentrée j'ai toujours détesté ça, les jours qui raccourcissent, les promos sur les paquets de 500 copies format A4 petits carreaux et sur le lot de trois cahiers A4 96 pages grands carreaux avec spirale, les affaires à rassembler, la trousse à préparer, et pouf ça y est on est en septembre et paf c'est la rentrée et tu te prends en pleine tronche 11 classes, soit environ 260 personnalités différentes à gérer et dresser et autant de prénoms à retenir.

J'veux pas y aller, mamaaaaan !!!

lundi 24 août 2009

Flashes

F. quitte M tandis que ma sœur se mariera l'été prochain. Je vis seule depuis une semaine et déjà je commence à faire le ménage moins souvent. Les balades à pieds en ville ou dans les parcs départementaux me font du bien. Ma montre avance soit de 2mn soit retarde de 2mn, pas de demi-mesure. Elle a apparemment décidé de ne jamais être à l'heure. Ma mère a des éclairs dans son œil gauche mais n'a pas le courage de consulter un ophtalmologue. Elle n'en n'a pas parlé à mon père, et je suis la seule au courant car "je suis loin" et je ne peux pas l'obliger à agir. Les gens n'arrêtent pas de me dire "je te téléphone" et rien ne se passe. Hier j'ai vu des poneys.
Décidément, ces hautes herbes bien sèches dans le parc, ça ferait un bien beau feu.

samedi 15 août 2009

Au revoir Bonjour

Bon alors voilà je déménage et laisse temporairement le blog en plan car je n'aurai pas internet le temps que je reçoive ma freebox. Réception qui, soit dit en passant, va être difficile vu que mon interphone est pété.
Comme une jeune conne je pourrais dire que "Strasbourg c'est plus comme avant", que j'ai assisté à la fermeture de quelques cinés et salles de concert et à la délocalisation de quelques personnes importantes pour la vie culturelle du coin. Je pourrais aussi dire que Strasbourg est une ville magnifique, paisible et verte et que j'adore flâner dans les rues pavées, le long des quais en admirant les belles maisons à colombages ou contempler les vitrines des petites boutiques qui changent tout le temps Grand Rue.
Je pense que Strasbourg est une ville que j'aimerais retrouver un jour, que peut-être je me dénicherai un vieil appartement en centre-ville avec des hauts plafonds et des moulures un peu partout. Un ancien immeuble avec les escaliers en bois et "Gaz in allen Etagen" placardé sur la façade.
En attendant je fais étape en banlieue parisienne et vais me chercher un bon vieux guide touristique. Coucou c'est moi !

jeudi 6 août 2009

Des routes et des ponts

Dans une semaine j'emménagerai "définitivement" dans mon studio. Une semaine durant laquelle le "ici" se différencie du "chez moi", ce dernier correspondant pour l'instant encore au "là-bas". Mais bientôt "ici" sera devenu "là-bas"; mes amis quant à eux seront de toute façon dispersés un peu partout en France.
C'est étonnant comme en vieillissant les frontières s'agrandissent, comme la carte de notre territoire se dévoile au fur et à mesure comme dans un jeu vidéo de stratégie. On apprend à repérer le territoire de nos ennemis, on commence aussi à bâtir des murs de défense autour du nôtre pour le rendre inaccessible. Un des premiers souvenirs traumatisants de mon enfance date du jour où, outrepassant les frontières de mon jardin, je me suis aventurée dans la rue jusqu'à en passer le coin. Après quelques mètres de marche, ma maison hors de vue, je me suis aperçue que j'étais égarée. Prise de panique, j'ai cherché ma maison dans toutes les rues, au bord des larmes, oubliant que je n'avais fait que prendre la première à droite. En primaire, chevauchant mon vélo, j'ai dépassé la limite du quartier, poussant jusqu'aux villages voisins au collège. Au lycée, j'enchaînais avec la régularité des horaires de bus les allers-retours me conduisant à la grande ville qui, arrivée en fac, n'avait presque plus aucun secret pour moi ; ma petite fierté étant de pouvoir indiquer avec une précision honnête le chemin d'une bonne vingtaine de bars aux touristes égarés.
Au fur et à mesure, l'espace-temps s'est déformé, les distances se sont réduites avec le train. Une heure de train et on est déjà loin. C'est à cette même période les amis commencèrent à partir faire des études ailleurs. Pour moi cela signifiait quasiment couper les ponts.

Ces dernières semaines j'ai fait pas mal d'allers-retours en voiture, 500 km toute seule, des heures à voir le paysage défiler, à compter les vaches, à compter les barrières, à laisser les lignes blanches se brouiller, à ne plus voir le bout de la N4. De la campagne, des petites villes dont on est bien content de ne faire que les traverser, de la campagne, rien à des kilomètres à la ronde. La pause pipi à mi-parcours au Mac Do de Vitry-le-François est devenue le meilleur moment de la journée. Les vibrations de la voitures que l'on ressent encore dans son lit, et surtout l'odeur de la voiture sur les vêtements et dans les cheveux...
Entre deux aller-retours, voir des gens, des amis, un ex, avant de repartir. Toujours ses lunettes de soleil sur son visage blème, ses traits tirés, ses mains qui tremblent en saisissant sa tasse de café à 16h30. Pas de chance, je tombe encore un lendemain de beuverie : un malencontrueux hasard qui, pour un hasard, s'est répété bien souvent (je connais la musique). Malgré cela on s'entend toujours aussi bien, on plaisante, les répliques ironiques fusent de part et d'autre comme avant, enfin quelqu'un qui a du répondant. Mais c'est trop tard, dans ses yeux bleus je ne vois plus que la cirrhose et le cancer du poumon. Seulement voilà, on a passé un super moment à une terrasse, comme au bon vieux temps où toute notre relation ne reposait que sur des bons moments en terrasse, rien d'autre.
Après tout pourquoi se prendre la tête, pourquoi vouloir toujours faire table rase du passé, couper les ponts, oublier, laisser de côté ? Il n'existe pas de contrat stipulant que pour rester "ami" avec quelqu'un il faut le voir au moins quatre fois dans le mois... Ce n'est pas parce qu'on va vivre à quelques centaines de kilomètres qu'on devient seul au monde. Ca me paraît tellement évident maintenant que je me demande pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt. C'est donc ça, "communiquer"...

dimanche 19 juillet 2009

Mon amie Sciences-po

Me voilà encore en train de conduire vers la ville pour retrouver mon amie "Sciences-po" celle des scandales, celle qui m'appelle à la dernière minute pour aller boire un verre, celle qui a 559 amis sur facebook...
Sauf que cette fois-ci, mon amie a changé. Déjà elle est à l'heure, ce qui tient du miracle, ensuite elle ne parle pas tout de suite de ses supposées conquêtes avant d'avoir fini son premier verre. Mais je m'en fous car j'ai déjà décroché.
Un peu plus tard on décide de prendre un troisième verre ailleurs. Je la suis. Là elle m'emmène dans un bar un peu classe, connu pour regorger de parlementaires ou de working-men bossant au
conseil de l'Europe. J'ai l'impression d'être plongée dans l'univers de Brett Easton Ellis, entourée de types en costume, chemise blanche froissée par la journée au bureau. Impressionnée par la page entière consacrée aux Whiskys de la carte, je commande néanmoins un verre de vin blanc à 5€. Je souris car je reconnais bien là les fantasmes de mon amie Sciences-po, et bien que non totalement indifférente au charme du costume cravate, je préfère garder mes distances.
Au bout de cinq minutes, ma comparse s'est déjà fait aborder par un type passablement bourré au gin tonic (?) dont je ne comprends rien aux propos, sa diction étant altérée par l'alcool et la musique résonnant dans mes oreilles. Au bout de quelques instants, le lourdingue tapote déjà amicalement la cuisse de mon amie. Tel un chien de garde, je lance un regard appuyé au type hilare. Celui-ci ne tarde pas à se moquer de moi, disant que
je "me fais chier", que je ne souris pas assez, qu'il faut que je me décoince ou je ne sais quoi encore, ce qui a le don de m'énerver au plus haut point, d'autant que c'est souvent qu'on me fait la remarque. Eh ouais, je suis rigide, je suis autoritaire, en particulier avec ce genre de connards. Ironique, je prends alors part à leur conversation, je lui parle en quelques mots de mon métier, ce qui, comme d'habitude, engage la polémique sur les collèges de banlieue. Je me prends en pleine gueule que de toute façon ces gosses sont perdus, que ce que je ferai ne servira à rien blablabla, ce qui, il faut le dire, m'énerve encore plus. Non mais de quoi il se mêle celui-là ? Comme beaucoup de gens, ce monsieur a une théorie sur l'éducation et de nombreux conseils à me donner, conseils que j'écoute en disant "oui-oui" de temps en temps. Plus il boit et bavarde et plus je bouts intérieurement.
S'ensuit une tentative d'avances pitoyable basée sur une comparaison entre nous et les signes + et - des charges électriques (ben oui, je suis prof de physique donc forcément je suis obsédée par les sciences), image que je fais semblant de ne pas saisir, jouant la naïveté jusqu'au bout "mais enfin, la matière est électriquement neutre, c'est impossible qu
e tu sois chargé négativement et moi positivement enfin, je ne comprends pas...".
Je commence à me lasser de cette situation, d'autant que j'ai fini mon verre depuis un moment déjà. Alors je me retourne progressivement vers mon amie Sciences-po, présentant ma nuque à mon interlocuteur et invitant ma complice à faire semblant d'avoir avec moi une conversation animée et passionnante. Celle-ci joue le jeu, me demandant toutefois "tu as envie de partir ?", ce à quoi je ne sais pas encore quoi répondre. Je pèse le pour et le contre, jusqu'à ce que je sente le visage ébahi du boulet se poser sur mon épaule
gauche, ledit visage éructant mon prénom suivi de "elle se fait chiiiieeeer !" Je ne peux apparemment réprimer une grimace de dégout, face à quoi mon amie affirme "là tu as envie de partir !" Je secoue mon épaule et me retourne vers le parasite, lui expliquant qu'on va s'en aller. Il rigole grassement, se moquant de nous en nous demandant quelle permission on a pour l'heure... Avec spiritualité, mon amie lui rétorque qu'on n'a pas eu la permission de sortir, et qu'on a fait le mur. Sur ce il se marre littéralement, donnant un coup de coude à son voisin "Hey, elles disent qu'elles font le muuuuur !" Excédée mais prise d'un doute sur sa compréhension de cette expression, je lui lance : "Faire le mur ça veut pas dire faire le trottoir Ducon !!!" me maîtrisant pour ne pas être plus violente, et je me dirige vers la sortie, furieuse.
Je suis furieuse car c'est la première fois que je sens la violence monter en moi, voyant bien que j'étais à deux doigts de repousser violemment ce connard, furieuse car une fois de plus je ne peux pas dire que je suis prof sans que cela entraîne des débats interminables, furieuse car chambrée à cause de ma "mauvaise humeur".
Dans ces bars, les femmes servent de faire-valoir, elles sont là pour subir, roucouler et fermer leur gueule. Je trouve ces endroits où des hommes font la cour à des jeunes filles qui ont l'âge de leurs
enfants beaucoup plus glauques que les endroits sordides où j'ai pu mettre les pieds. J'ai beaucoup plus peur d'un homme qui croit avoir du pouvoir que d'un dealer croisé dans une ruelle sombre, même si le premier est bien mieux sappé. Ou alors je n'aurais pas du relire American psycho...

mardi 14 juillet 2009

Des cartons

Pour le déménagement, j'ai acheté des cartons. Dépliés dans ma chambre, les cartons sentent le vomi. Pour couvrir cette désagréable odeur, j'exhume un bâton d'encens du tiroir de ma table de nuit pour le bruler. Règne maintenant, en plus du vomi, une puissante odeur de cramé. Les yeux irrités par la fumée du bâton que je ne tarde pas à écraser dans un reste de bougie, j'évalue la quantité de bordel qui s'est accumulé depuis des années rien que dans ma table de nuit. Décidée, j'ouvre le tiroir et commence à trier : une paire de chaussettes rayées, un livre, une bougie encore neuve, des cahiers dans lesquels figurent dessins, croquis, barbouillages, et des mots que je n'ai plus le courage de relire, en partie par honte mais aussi parce qu'à l'époque ma vie était plus mouvementée et que justement tout cela me manque.
Je continue à gratter, mettant à nu les différentes strates, différentes périodes de ma vie, éparpillant mon intimité dans toute la pièce afin d'y mettre un peu d'ordre. Un reste de tabac à rouler, du papier à cigarettes, et bien planqué au fond d'un minuscule sachet en plastique, quelques feuilles d'herbe. Et des médicaments périmés (?) de toutes sortes. Poubelle. Mon agenda quand j'étais en terminale. Je l'ouvre, le parcours, tous les contrôles sont signalés par des têtes de mort, des photos de mes héros de l'époque sont collées sur les jours fériés. Garder ou jeter ? Allez, c'est pas si terrible que ça, je décide de faire ma star, et visant la corbeille, balance d'un geste théâtral l'agenda qui s'écrase à côté. Je soupire.
De toute façon le lycée c'est loin, comme ces gens que j'y ai croisés, oubliés, puis brièvement revus figés dans une pose sur facebook. C'est con mais à l'époque pour avoir des nouvelles des gens il fallait leur parler, maintenant il suffit de jeter un œil sur leur putain de "mur".

Les cartons sentent toujours le vomi et mon chantier n'avance guère. J'ouvre la fenêtre et éparpille encore plus mon bordel : j'ai besoin d'aérer pour y voir plus clair. J'ai l'impression d'étouffer, j'ai envie d'être enfin chez Moi. Garder des souvenirs dans ma chambre ou vider les lieux ? Je n'ai pas la prétention de transformer la maison de mes parents en musée, mais je me vois mal emporter mes vieux dessins, témoins de rares impulsions créatives. Je les range donc dans un tiroir, préférant laisser tout ça en suspens. Arrêt sur image.
Par correction, j'efface tout de même mes traces, mes tags à la craie ou à la peinture sur les poutres apparentes de la chambre, commence par le "I've lost control again" qui trône au-dessus de mon lit. Celui-ci s'efface aisément, mais l'empreinte de ma main à la peinture noire part plus difficilement. Adolescente égoïste que j'étais, il ne m'est pas venu à l'esprit qu'un jour cette chambre ne serait plus la mienne et qu'en plus le bois est un matériau fragile qui absorbe tout et ne supporte pas l'eau, ce qui rend son entretien difficile...

La nuit tombe tandis que je me bats avec le scotch qui colle que dalle, fermant des cartons dans lesquels je n'ai mis que des affaires neutres, de celles qui ne représentent rien sentimentalement parlant, préférant finalement laisser les souvenirs sur place. Ils seront mieux gardés ainsi. Dans la rue des gens défilent avec des torches. Quelle sorcière va-t-on brûler ce soir ?
C'est le 13 juillet et tandis qu'avec des miettes de tabac à rouler je fume une cigarette accoudée au rebord de ma fenêtre comme je l'ai souvent fait en cachette, apparaissent dans le ciel des étincelles, des lumières de toutes les couleurs. Songeuse, je me rappelle tous les moments que j'ai passés ici : des crises de nerfs, des siestes, des pleurs, des séances désespérées d'abdos, des heures de travail, d'autres à écouter des la musique, beaucoup d'ennui mais surtout des heures à rêvasser et à élaborer des histoires afin de rendre ma vie moins minable.
Arrive le final, des gens applaudissent, je fais une révérence et rejoins mon lit. Rideau.

jeudi 9 juillet 2009

News

Ça y est, j'ai trouvé un appart !
Il ne me reste plus qu'à mettre la main sur des meubles... et des gens pour les porter et les monter.
En ce moment je suis très (pré)occupée donc je n'ai plus vraiment le temps de geindre sur mon blog.
Mais bientôt de nouvelles aventures : Monday Morning et le videur du Monoprix, Monday Morning et le livreur de pizza, Monday Morning casse une assiette chez Fly, Monday Morning embauche des jeunes en survet pour l'aider à monter ses meubles...

samedi 27 juin 2009

Filip_bis

La boucle est bouclée. L'année scolaire se termine par la journée portes ouvertes au collège. Je me balade un peu partout, assistant aux sketchs de théâtre qu'une partie de mes élèves de 5ème a préparé, admirant leurs travaux accrochés aux murs, tenant compagnie aux profs dont l'atelier n'attire personne. Jusqu'au clou du spectacle : la chorale. Entendre ces dizaines d'élèves que je ne reverrai jamais chanter en chœur ça me donne des frissons. "Uneeuh chauve-souriiis, elle met un parapluiiie..."
De plus, j'ai toujours eu un faible pour le piano. Alors voir le collègue de musique, stagiaire comme moi, pianoter et encourager ces enfants modèles à la voix haut-perchée c'en est trop, je sens les larmes me monter aux yeux. Je me dis que c'est la dernière fois avant (très) longtemps que j'enseignerai à des gamins aussi faciles, aussi polis, aussi charmants, des enfants qui à la fin de l'année ont tagué mon tableau de "Bonnes vacances madame, on espère vous avoir l'année prochaine !" "toute la classe vous aimes"
Je prends une part de gâteau et je me dirige vers la sortie, sans me retourner, très émue, pour prendre le train. Aller simple cette fois.
Avant d'atteindre le parking du collège, j'entends "... madame". Je me tourne, je dis "bonjour !" l'élève me répond "au revoir madame !". Je plisse les paupières, soleil dans les yeux, pour identifier le larron. C'est Filip. LE Filip.
Il s'avance vers moi d'une démarche chaloupée, bouteille de Coca à la main, sourire ravageur et insolent, le Filip des grands jours, le Filip ironique et provocateur qui, malgré des heures de colle, des exclusions, des dizaines de punitions et de passages par le bureau du principal adjoint, n'a jamais changé.
-"Alors vous partez, vous allez me manquer madame ! (je leur avais effectivement dit que je ne serai pas là l'an prochain)
-Oui, j'imagine Filip...
-Madame je rêvais de vous toutes les nuits !
-Mais je n'en doute pas, Filip... -sourire-
-Vous partez où ?
-En région parisienne, à Villejuif.
-Ouhla... C'est différent d'ici, madame !
-Je sais, Filip, je sais...
-Y a que des racailles et des délinquants là-bas !
-Hm.
-Villejuif c'est la merde madame ! Je sais, j'ai un cousin qui habite pas loin.
-Mouais, on verra. Merci pour tes encouragements Filip... Et sinon comment il faut faire pour survivre là-bas ?
-Pour survivre ? Hmm Aux élèves il faut leur montrer le droit chemin, mais il faut rester cool !
-Bon... On verra... Allez, j'y vais ! Bonne continuation Filip !
-Merci, à vous aussi madame."

Cette année Filip aura eu le premier et le dernier mot. C'est le premier prénom que j'ai retenu, le premier élève que j'ai puni, et c'est lui que je vois en dernier.
C'est le comble... A bientôt quinze ans mais déjà une sacrée dose de culot et de confiance en lui, Filip est le seul à avoir été sincère avec moi. La merde des quartiers, la violence, il la connait et sait de quoi il parle. Finalement je préfère son "c'est la merde" à tous les euphémismes et paraphrases qu'on me sort pour ne pas me faire peur ni me plomber le moral. Filip est un petit emmerdeur mais c'est un débrouillard et un beau parleur. Il n'est pas fragile comme tous ces mignons p'tits gosses de la campagne. Il s'en sortira, de façon plus ou moins honnête, mais je ne m'en fais pas pour lui.
A mon tour de m'endurcir.

samedi 20 juin 2009

fatiguée

Quand je le regarde, l'autre avec sa gueule éclatée, sourire béat jusqu'aux oreilles, paupières à mi-closes, il est déjà ailleurs et quelque part je l'envie.
Je crois que ça me manque tout ça, les soirées à trente dans un grand appart, la musique à fond que tu entends déjà moins au bout du deuxième verre de vin, les gens déjà bien défoncés qui te décrochent un sourire complice quand tu les frôles dans le couloir pour aller du salon à la cuisine, la queue devant les chiottes : tiens-moi mon verre pendant que je vais pisser, t'es sympa ! Les gens qui vivent au-dessus de leurs moyens et qui te payent une coupe de champagne juste parce que t'as accepté de les accompagner claquer la bise à leur pote dj dans un club pour bobos. "Jolie môme" qu'ils t'appelaient.
Une môme que j'étais, effectivement. A peine si j'avais encore le "A" collé au cul de la voiture de mes parents. Je pouvais boire comme un trou sans jamais avoir la gueule de bois. Mon estomac tout neuf pouvais tout subir, mes reins pouvaient tout filtrer. On m'enviait un peu pour ça, ma capacité à récupérer après un café, à concilier études et week-ends de débauche.
J'avais enfin l'impression de vivre, d'être active, même si je voyais tout à travers un épais brouillard. Enfin je ressentais des émotions, je me sentais attirée vers les autres, j'arrivais à me "lâcher".

En ce moment je suis fatiguée.

mercredi 17 juin 2009

La Grande Ville

"Arghh ! La vache !"
Monday Morning découvre le montant des loyers à Paris.

"Comment ça mon loyer ne doit pas dépasser le tiers de mes revenus ?! Mais vous plaisantez, avec ce que je gagne je ne pourrais même pas me payer un 15m² !"
Monday Morning découvre les exigences des agences immobilères de Paris.

"
Lalala-lalalaaaaaaaaaaaaaaa Lala Lalala-lalalaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa"
A force de téléphoner à Century21, Monday Morning connaît maintenant par coeur les Quatre saisons de Vivaldi.

"Je peux vous laisser mes coordonnées ? Oui, je sais que vous recevez des centaines d'appels par jour, mais.... Bon tant pis, au revoir"
Monday Morning comprend que pour chercher un appartement il faut être réactif.

"A visiter cet après-midi ? Non mais là je suis à 500km alors ça va être dur... Ah... Au revoir alors."
Monday Morning comprend que pour chercher un appartement il faut être sur place.

"Ah, finalement tu ne peux pas m'héberger sur Paris avant le 15 juillet ? Bon...."
Monday Morning est dans la merde.

lundi 1 juin 2009

Plus ou moins seule

Trimballée dans un bus toute une matinée pour arriver en Belgique, y manger du chocolat puis y boire des bières. Là j'y ai aussi découvert que la nana que je considérais comme chiante est vraiment très chiante, et que je ne peux m'empêcher de mépriser un peu les filles maquillées à mort dès 5h du matin même si elles vont passer l'essentiel de leur temps à roupiller contre une vitre. Entrer en K-way et jean/T-shirt fatigués dans un restaurant gastronomique avec serveurs efféminés et dont la marque du slip dépasse du jean me met toujours mal à l'aise, mais déjà un peu saoule je m'assieds parmi mes camarades. Des filles parlent mariage. Une fois de plus je suis la seule célibataire dans le tas, et pourtant je ne suis pas la plus moche ni la plus chiante, ni la plus conne. "T'es pas assez réceptive" comme l'analysait ma mère, ce qui sous-entend qu'il n'y a pas marqué "open bar" sur ma tronche mais "attention je monte la garde".
Me marier me semble tellement étranger, au point qu'à la limite je me vois mieux élever un enfant seule que trouver le grand amour. Perdue dans mes pensées je saisis ma bière. Comme je n'ai pas fait attention en la versant dans mon verre, j'ai généré un champignon atomique de mousse. Huit centimètres de dioxyde de carbone emprisonné dans de l'eau surmonte mon verre, ce qui fait bien marrer mes voisins.

Le lendemain, dans le bus, après trois cafés et deux bières, je me laisse bercer par le bruit du moteur : les grandes gueules qui faisaient les fanfarons le sont beaucoup moins après une nuit très courte. Déjà on néglige de boucler nos ceintures, certains naviguent à vue dans l'allée centrale pour aller rendre visite aux voisins de derrière qui aimeraient pourtant somnoler tranquillement. Le ventre quasiment vide, je n'ai pas très faim, j'attends juste d'être rentrée. Mais une fois arrivée à Strasbourg, j'apprends que le chauffeur ne peut finalement pas me conduire à Mulhouse, car il ne m'avait pas comptée parmi les passagers (étant partie de Strasbourg à l'aller). Le chauffeur me jette donc du bus, m'abandonnant sur un parking à 21h30. J'ai quelques minutes pour nous rendre, moi et mes gros sacs, à la gare afin de prendre le train. La fatigue a cet avantage qu'elle rend les épreuves moins pénibles, car presque irréelles, vues à travers la brume du sommeil.
A la gare, j'appelle mon beau-frère à l'aide, le suppliant de venir me chercher à la gare de Mulhouse à 22h45. Dans le train, les vêtements et la mine chiffonnés après une journée dans un bus, toujours le ventre vide et les idées peu claires, je titube jusqu'aux "toilettes" pour me brosser machinalement les dents avant de rejoindre une place et m'affaler sur une banquette, mes sacs me servant d'oreiller. Seule, sans défense, je m'abandonne pourtant à la rêverie tout en gardant un œil ouvert au cas où.
Là je découvre enfin ce que c'est de voyager seule, de se débrouiller seule avec ses bagages, bref aperçu de ce qui m'attend prochainement. Cela n'est finalement pas si agréable que ça. Cette fois, quelqu'un m'attend encore sur le quai, mais je sens que c'est une des dernières fois. Alors je lui fais un grand sourire.

mardi 19 mai 2009

préoccupations

Hier j'ai raté mon arrêt de train.
En rentrant du boulot, remontant l'Alsace en train, j'ai quatre arrêts et je descends à Strasbourg. Mais pas hier. Hier j'ai juste vu passer l'arrêt Mulhouse, et après, plus rien. Le néant. Et pourtant je suis sûre que je n'ai pas dormi. J'étais juste déconnectée du réel. Lorsque je me suis à nouveau préoccupée de ce qui m'entourait, il était trop tard. J'ai juste réalisé que le train s'arrêtait à nouveau, et en regardant par la fenêtre j'ai vu marqué "Saverne". Le temps que je me rende compte que Saverne est au nord de Strasbourg, j'ai à peine eu le temps de rassembler mes affaires et de sauter du train.

Entre Mulhouse et Saverne je n'avais même pas remarqué que le train s'était arrêté, que des gens étaient montés ou descendus. J'ai essayé de me souvenir de quelque chose, d'une voix annonçant l'arrêt à Strasbourg, mais c'est le trou noir.
Alors j'ai dû prendre le train dans l'autre sens pour rentrer. Je sais que je suis du genre distraite et tête en l'air, mais d'ici à perdre conscience du monde qui m'entoure pendant une heure sans avoir souvenance de rien, ça ne m'était encore jamais arrivé.

Dans le train redescendant un bout de l'Alsace pour me ramener à bon port, j'ai cherché ce qui a pu me distraire à ce point. Fatigue, énervement, stress, et surtout la découverte toute à l'heure d'un mot d'insultes anonyme et bourré de fautes (même mon nom était mal orthographié...) de la part d'un cinquième qui apparemment me déteste. Sur le coup, j'ai ressenti une honte qui a fait que je n'ai pas parlé de ce mot à la prof principale de cette classe bien qu'elle m'ait ramenée à la gare en voiture à la fin des cours. Partagée entre mon devoir et la gêne, je n'ai rien dit et évidemment je le regrette maintenant. Il aurait fallu réagir tout de suite.

Je sais que ça fait partie des risques du métier, et inévitablement certains élèves nous haïssent, car quelque part c'est dans notre rôle d'être durs et exigeants avec eux. Quelqu'un me disait à juste titre "C'est un métier qui rend très dur. Car si tu n'es pas dur tu te fais bouffer".
Cependant, ces insultes ne m'ont pas fait de peine, car je ne suis pas idéaliste, et ça m'est bien égal d'être haïe ou aimée à partir du moment où j'ai ma conscience pour moi, et que je considère que j'ai à peu près fait mon boulot, c'est-à-dire leur enfoncer quelques maigres connaissances de base dans le crâne.
De toute façon, un prof qui dit que pour lui tout va bien et qu'il n'a jamais d'emmerdes ni de bruit dans sa classe est un menteur. L'autre jour devant le CDI j'ai été témoin d'une scène cruelle : le documentaliste, bonne pâte de service qui se faisait chahuter par des petits qui le traitaient comme un chien et se foutaient ouvertement de sa gueule sans qu'il ne s'en rende compte, ce qui les amusaient beaucoup. Ils ne lui montraient aucun respect. Et le documentaliste y allait de ses "chuuut chuuut allez ça suffit", me souriant avec un air gêné lorsque je passai devant lui et le troupeau d'élèves. Ce même documentaliste me confiait la veille "les gamins m'adorent !" Maintenant je sais qu'il essayait juste de s'en persuader.

Dans ce métier, il y a toujours un prof qui essaye de cacher ses problèmes, mais un jour tout finit par déborder : les hurlements venant de sa salle débordent jusque dans le couloir, les avions en papier et les emballages de bonbons débordent de sa poubelle...
Personne n'en parle mais tout le monde le sait, et regarde la victime en coin avec un air désolé, mais aussi avec une pointe d'orgueil car nous on s'en sort et pas lui. On est bien content de ne pas être le prof chahuté de service qui se traîne sa réputation sur plusieurs générations d'élèves. Alors on ne fait rien pour sortir le collègue de là, on préfère l'envoyer lâchement en pâture aux élèves. Un jour il bloquera les toilettes de la salle des profs où il se sera enfermé pour pleurer pendant la récréation.

J'espère de tout cœur que ça ne sera pas moi. En attendant je visite l'Alsace en train....

mardi 5 mai 2009

se servir de cobaye

Je suis arrivée devant le bar avec 40mn de retard. Je savais que ça allait finir comme ça à la minute où je suis entrée dans ma salle de bain pour me changer. J'étais alors comme engourdie. J'avais passé une bonne partie de la journée devant un écran, à conduire des voitures et à tirer sur des gens. Je n'avais pas vu le temps filer. Aucune idée de rien, ni de la température dehors, ni du temps, ni de la façon avec laquelle je voulais m'habiller. C'est avec une sorte de désespoir que j'ai saisi un pull rayé à capuche dans l'armoire, que je l'ai enfilé sur un autre pull noir, puis finalement sur un T-shirt blanc, puis finalement encore sur un autre pull noir, et enfin sur un T-shirt noir. J'étais alors presque à bout de nerfs. Mes cheveux n'étaient pas très propres mais il était trop tard pour y remédier. Et les minutes passaient et j'étais presque paralysée. Mes mouvements étaient inutiles, comme dans un cauchemar. On aurait dit que je faisais tout pour arriver en retard. Sur le chemin, j'ai voulu faire la maligne et je me suis égarée en voiture, j'ai tourné presque quinze minutes avant de trouver une place à plus de dix minutes à pieds du bar.
Presque au bord des larmes, je me suis dépêchée, j'ai marché le plus vite que mes jambes maladroites me le permettaient. Et bien sûr j'ai battu le record absolu de la nana en retard. J'étais tout à fait déconnectée du monde réel. Je ne me reconnaissais plus, j'avais l'impression de vivre ailleurs. Un sentiment de culpabilité m'a envahie. J'avais envie de pleurer.
Mais je crois inconsciemment j'avais envie que cela arrive. J'avais sûrement envie que quelqu'un m'attende, oui ça devait être ça. Comme je l'ai fait remarqué alors au cours de la conversation, j'ai l'impression d'être nulle part, de flotter entre deux eaux. Dans ma tête j'anticipe mon déménagement, ma modeste nouvelle vie, à tel point que je commence à me détacher de mon ancien mode de vie pour tendre vers celui que j'imagine avoir d'ici quelques mois. Et sur quoi est basé ce nouveau mode de vie me demanderez-vous ? Sur de la merde. Je crois que je rassemble tous les clichés que je connais sur les gens un peu décalés qui vivent seuls et que je les adopte les uns après les autres. Alors je me suis mise aux jeux vidéos, je traîne dans les rayons alcools des supermarchés pour regarder ce que je pourrais m'acheter, et je me complais dans un bordel ambiant. Parce que j'imagine que je vivrai ainsi. Peut-être car c'est le modèle que j'ai rapidement eu sous les yeux lorsque j'ai commencé à fréquenter des gens qui vivaient seuls. Je ne vais pas pouvoir m'empêcher de me détruire un peu. C'est sûr. Je vais sûrement me remettre à fumer pour de bon, acheter essentiellement des soupes et de la salade et manger des céréales bio. Mais comment puis-je savoir tout cela ? Est-ce ce que j'ai vraiment envie de devenir ? Comment est-ce possible de se demander comment on réagira, de ne pas se connaître à ce point ? Pourquoi est-ce que je passe tant de temps à me servir de cobaye ? Je crois que c'est trop tard pour être une gentille fille parfaite, comme mes sœurs, mais pourquoi forcément aller dans l'excès inverse ? Chercher la merde tout le temps, friser la catastrophe de justesse...
Toujours sur une corde raide, je peux tomber d'un côté comme de l'autre, entre les deux mon cœur balance. Et forcément avec le temps que je mets à me décider, je ne peux qu'arriver en retard.


mardi 28 avril 2009

Un disque RW

J'ai la neuvième symphonie de Beethoven qui me trotte dans la tête. Cet air m'obsède et j'ai envie de passer à autre chose. Alors je joue un morceau très fort sur ma chaîne hifi pour chasser Ludwig van de ma tête. Une autre chanson prend la place de la première. Et c'est toujours ainsi. J'empile les couches de musique dans ma tête. Je réinscris. Mon cerveau est un disque RW.

Il en est de même pour les situations gênantes. Je rejoue tellement le sénario dans ma tête que j'en arrive à ne plus distinguer le vrai de l'imaginaire. Ai-je vraiment vomi dans les narcisses ou est-ce encore un fantasme ? Est-ce que je connais réellement ces gens, ou est-ce à force d'élaborer des centaines de conversations avec eux que j'en suis arrivée à cette familiarité ? Je ne suis pas "folle" tu sais, peut-être un peu, euh, frustrée... Je n'ai
simplement pas évolué depuis le temps où j'avais des amis imaginaires en cinquième. En fait non, pas imaginaire, bien réels mais à qui je ne parlais pas. Toujours fascinée par la "cool attitude" tel un papillon de nuit attiré par la lumière artificielle d'un spot jusqu'à s'y cramer le bout des antennes. J'écris et réécris mon histoire jusqu'à en avoir une version potable.
Heureusement que mon cerveau est réinscriptible ! J'espère juste qu'il conserve mes brouillons quelque part...

jeudi 9 avril 2009

Des amis et une planche de bois

Mais arrêtez d'essayer de me consoler ! Ne me dites pas ce que je veux entendre. D'ailleurs je ne veux rien entendre. Il n'y a rien à dire. J'allais bien finir par partir. Ce qui me réconforte, c'est que mes amis ne sont pas faux-culs : avec eux pas de "on s'appellera" ni "on se fera des week-ends à Paris". Ils n'y font pas allusion, et profitent du fait que je sois encore dans le coin pour me voir. Ils sont contents, et se contenteront des fois où je serai dans le coin.
En voulant rattraper son billet de 20 € balayé de la table par une bourrasque, F. m'asperge d'une bonne partie de sa bière rouge et poisseuse parfumée à la cerise. Le liquide collant coule le long de la table pour s'engouffrer dans mon sac à main et imbiber mon porte-monnaie mais je ne m'en rendrai compte qu'en rentrant chez moi. Pour l'instant je profite du soleil et je suis sereine car heureuse de voir mon amie. Je puerai la bière dans tout le cinéma mais j'ai déjà vécu pire.


J'ai connu une fille que je n'oublierai jamais car c'était mon modèle absolu de la cool-attitude (indépendante, sensuelle, naturelle, fort caractère, inaccessible etc...) Cette fille n'avait pas de point d'attache, elle pouvait déménager presque du jour au lendemain selon son envie et les boulots qu'elle dénichait ici ou là. Lorsque je l'ai rencontrée pour la première fois, sûrement déjà un peu pétée, cette fille m'a garanti que je ressemblais terriblement à sa cousine, et nous avons donc commencé à nous appeler mutuellement "cousine". Je passe sur le fait que cette fille me fascinait, et que j'enviais sa spontanéité, son aura naturelle blablabla moi qui suis si terne blablablabla. Bref, cette fille trimballait dans ses affaires une planche de bois, à peu près 1m sur 50 cm, sur laquelle figuraient des petits mots des différents amis ou relations qu'elle s'est faits à travers ses voyages.
Moi-même, le cerveau complètement chamboulé par les différents produits que j'avais bus, fumés et surtout snifés chez elle une nuit d'hiver, j'y ai apposé ma signature précédée d'une déclaration d'amour.
C'est ainsi que j'ai, pour la première fois de ma vie, osé exprimer mes sentiments. Et il a fallu que ce soit sous la forme d'un pâté ressemblant à un "Je t'aime, cousine !" sur une planche en bois, et sous l'effet d'un taux anormalement élevé de sérotonine et de dopamine dans le corps. J'ai dû écrire ces mots vers 4h du matin. A midi, la honte m'avait déjà envahie. Heureusement, la fille idéale n'y a jamais fait allusion par la suite. D'ailleurs elle n'a pas tardé à se barrer de la ville, presque sans prévenir, emportant certainement la fameuse planche dans ses affaires.

Cette idée de planche m'est restée, et bien que je n'aie l'intention de ne m'installer que 500 km plus à l'ouest, j'ai bien envie de faire de même, demander à mes amis et connaissances de signer sur un bout de bois... Je la poserai dans un coin de mon minuscule appart, les gens qui passeront chez moi la regarderont, et peut-être qu'un jour l'un d'entre eux sera assez désinhibé pour y graver une déclaration d'amour dont il aura honte quelques heures après. Et je serais heureuse.